Madagascar Nantes

Adele et chloe partent enseigner le francais au college de mahazaza

27 avril 2007

Samedi 20 avril 2007

 

  Je vous retrouve enfin après trois semaines d’absence, vacances d’avril et venue de Pélagie obligent. Ce fut l’occasion de visiter encore un bout du pays que nous ne connaissions pas : le grand est.

 La devise du voyage : « C’est l’aventure ! ». Et pour cause, tous nos déplacements se feront en taxi brousse, Chloé et moi n’avons prévu que vaguement le périple et nous partons la bouche en cœur, sans avoir effectué aucune réservation. La débrouille totale ! Mais c’est aussi le moyen de se retrouver au plus près de la population, ce que nous recherchons. Finalement, la chance nous sourit pendant ses deux semaines, nous trouvons toujours des solutions à nos péripéties, et en plus le soleil est de la partie.

 

 Pélagie commence la découverte du pays par un passage obligé à Mahazaza, où elle fait la connaissance de tout notre entourage : Mme Volona et Martial, Clarinette, M. Désiré, M. Bonheur, … Ses premières heures sur le sol malgache lui réservent un dépaysement complet, riche en découvertes et rencontres chaleureuses. Elle commence également dès maintenant à goûter aux spécialités culinaires malgaches, ravitoto, beignets, manioc, pois chiches, kaki. Pélagie, si tu dois avoir la diarrhée, ce sera maintenant ! Nous ne pouvons malheureusement pas nous éterniser, nous voulons découvrir le pays !

 

 Première étape : Tamatave. Et contentes d’arriver enfin car la route sinueuse au fond du taxi brousse nous donne la nausée. On continue dans les transports folkloriques avec un tour de pousse pousse dans la nuit et sous la pluie, à travers la ville. Premiers ennuis avec les chauffeurs qui tentent de nous rouler, c’est récurent dans cette ville. Le lendemain, nous effectuons une magnifique ballade sur le canal des Pangalanes, même la pluie n’altère pas notre bonne humeur. Couleurs magnifiques dans les tons de rouges, végétation atypique et visite d’un village de pêcheurs où tous les habitants sont bourrés (ils ont faits la fête la veille, jour férié en raison du référendum). Pélagie tombe sous le charme de notre ravissant guide, Gugus.

 

 Deuxième étape : Mahambo. Nous faisons escale dans un orphelinat géré par l’association Amadea, qui nous ouvre gentiment ses portes en nous offrant le gîte et le couvert. Notre arrivée est un peu chaotique, en pleine nuit et ne trouvant pas le centre, perdu dans la campagne. Zu, le responsable de la structure, n’a pas été mis au courant de notre arrivée et est un peu étonné de voir débarquer trois vazettes. Le lendemain, nous prenons en charge les enfants toute la journée, à notre plus grand plaisir. Les neuf pensionnaires, de un mois et demi à neuf ans, sont adorables, on aurait envie de les emmener tous avec nous. Nous passons la matinée à jouer avec eux dans le jardin. Les enfants sont vraiment en quête d’affection et recherchent beaucoup le contact physique. Moi qui ai toujours besoin d’un temps d’adaptation pour me sentir à l’aise, ils m’aident en « m’adoptant » très vite. Après midi plage avec les marmots, que du bonheur. Ce séjour à l’orphelinat est finalement trop court, nous aurions envie de rester avec les enfants, ils nous apportent tellement de chaleur. Il faut ajouter à cela que nous sommes admirablement bien accueillies grâce à la générosité de Zu, Claudie et Angèle, tous trois employés par l’association, ainsi que Maryvonne, une bénévole française.

 

 Troisième étape : Sainte Marie. Nous passons la journée à emprunter tout un tas de transports divers et variés, et à attendre beaucoup, dimanche de Pâques oblige. Camionnette bâchée avec les pots d’échappement dans le nez, taxi brousse qui tombe en panne et bateau pour enfin atteindre l’île. Et quel bateau ! Nous ratons les navettes rapides sécurisées et devons nous rabattre sur un rafiot de marchandises qui emmène aussi quelques passagers. A la vue de l’épave pleine à craquer, Pélagie est en panique : nous allons couler ! Heureusement qu’il fait beau et que la mer est calme, sinon ce serait du suicide ! A Sainte Marie, tous les habitants sont renversés lorsqu’on leur raconte que nous sommes arrivée avec le Rozina, jamais ils n’ont vu de vazaha sur ce tacot.

 Journée sur l’île aux Nattes : paysages paradisiaques et cadre idyllique, avec ses cocotiers et son eau transparente.

 Journée à Ambotifotatra, la ville principale de Sainte Marie. Visite du cimetière aux pirates, marché populaire et bonne ballade à pied. Nous avons un nouvel ami, Charlin le patron d’un mini restaurant jouxtant notre hôtel. Il est adorable et nous fait plaisir jusqu’à monter au cocotier avec sa machette pour cueillir des noix de coco et nous permettre de déguster du lait on ne peut plus frais. Le soir, nous tombons sur un chauffeur de taxi hors du commun au joli sobriquet de Beau-Gosse, complètement défoncé par le pêtard et roulant à une lenteur impressionnante. Mais nous n’avons pas le temps de nous ennuyer en l’écoutant déblatérer ses divagations.

 Nous constatons pendant ces deux jours que les Sainte-Mariens ont vraiment le sang chaud ! Tous les hommes que nous rencontrons sont des célibataires en quête d’amour, et de préférence une vazaha car ils adorent les enfants métisses. C’est marrant ils ont tous le même discours. Mais oui, c’est ça les gars, comme par hasard ! Ce ne serait pas aussi pour le porte monnaie que vous aimez les vazaha ?...

 

 Quatrième étape : Andasibe, où nous faisons une petite randonnée dans le parc national : la Réserve Spéciale Indri Indri. L’indri est une espèce de lémuriens, le plus grand, au cri impressionnant. Et nous avons la chance d’assister à un concert live !

 

 Cinquième et dernière étape : Tananarive. Notre fief ! Nous faisons découvrir la ville à Pélagie avec le parcours classique : palais de la Reine (nous avons prévenu Pélagie que la pente est rude, mais elle n’avait pas mesuré à quel point !), escaliers d’Analakely et avenue de l’Indépendance. Le lendemain, passage obligé au marché de la Digue pour les achats souvenirs. C’est déjà le jour du départ pour Pélagie ; ces vacances sont passées à une vitesse folle ! Mais nous sommes toutes les trois ravies, nous en aurons profité pleinement en faisant des choses extrêmement variées. Nous profitons des dernières heures avec notre grande copine et réalisons que ce périple nous a beaucoup rapproché de Pélagie ; nous partageons maintenant cette expérience unique. Et puis nous sommes fières d’elle car elle s’est adaptée avec une grande facilité, même si elle a eu des moments difficiles en devant faire face à la misère et au dénuement quotidiens.

 

 

Dimanche 15 avril 2007

 

 

 Nous nous levons plus tôt que prévu et préférons flâner à la terrasse du Sakamanga après le petit déjeuner. Nous faisons la connaissance d’une toulousaine d’une quarantaine d’années en voyage professionnel. La pauvre, seule un dimanche à Tana, elle semble avoir besoin de compagnie. Nous passons donc une bonne partie de la matinée.

 

 Nous avons ensuite rendez-vous à 12 heures 30 avec la couturière qui nous confectionne des vêtements, pour une séance d’essayages. C’est vraiment du sur-mesure !

 Il nous faut ensuite rentrer sur Mahazaza. Et oui, les vacances sont finies, mais l’aventure continue ! A Mahitsy, comme tous les dimanches, il n’y a plus de taxi brousse en partance pour notre petit village et nous devons nous rabattre sur un taxi privé. Le chauffeur est dur en affaires, il ne comprend pas que depuis six mois, nous connaissons les tarifs et nous ne lâcherons donc pas le morceau. Il finit tout de même par céder, et nous réussissons à négocier un bon prix car il prend avec nous deux autres passagères.

 La 4L se lance tant bien que mal sur la mauvaise route. Je constate que je vais devoir tenir ma porte durant tout le trajet car elle ne daigne pas fermer. Puis c’est au tour du coffre de s’ouvrir en pleine côte, laissant sur le bitume le sac de Chloé ! Va-t-on réussir à partir ? Je ne crois pas si bien dire car les ennuis ne font que commencer ! Nous avons à peine roulé quatre kilomètres que la voiture tombe en panne. Les deux chauffeurs tentent à plusieurs reprises de réparer l’incident, mais à chaque fois, au lieu de grimper la pente la voiture ne fait que reculer ! Si ça continue, nous allons nous retrouver au point de départ à Mahitsy. Au bout d’un moment, Chloé et moi comprenons qu’il n’y a plus rien à tirer de ce tacot ; si déjà on n’avance pas sur la portion goudronnée, comment allons-nous réussir à progresser sur la piste ? Excédées par la mauvaise foi de nos chauffeurs, nous récupérons nos gros sacs et réclamons notre argent. Bien sûr les deux hommes ne veulent pas nous rembourser et Chloé n’hésite pas à hausser le ton. Peine perdue, nous ne récupérons que 5000 ariary sur les 8000 que nous leur avons payé, c’est déjà plus honnête.

 Nous endossons nos sacs à dos qui paraissent peser une tonne. J’ai eu la bonne idée d’acheter quatre THB à Tana, histoire de rajouter un peu de lest ! Nous laissons les deux chauffeurs en pleine dispute et partons pour une bonne randonnée de deux heures, en tong pour faciliter la tâche, sans nourriture et sans eau. Nous espérons bien croiser une voiture qui aura la gentillesse de nous déposer à Mahazaza, mais en vain. Heureusement nous trouvons une épicerie en chemin pour pouvoir acheter de quoi nous désaltérer. Les malgaches ne comprennent pas bien ce que nous faisons là, à marcher chargées comme des mules, et nous regardent tous d’un air amusé. Non non, ce n’est pas un défi, et nous ne sommes pas non plus tombées sur la tête. Finalement, et à notre grande surprise, nous ne voyons pas le temps passer, malgré les sacs qui pèsent sur nos épaules. Rien de tel que du papotage pour se changer les idées. Nous l’avons fait ! Plus de six kilomètres, nous sommes fières de nous, mais tout de même pas fâchées de retrouver notre chez-nous à la nuit tombante.

 

 Mais la journée n’est pas finie, il faut penser à reprendre le travail demain matin. Après avoir vidé nos valises et rangé l’appartement, nous nous attelons à la préparation de nos cours. Je sais déjà sur quoi je vais faire travailler les enfants et mes idées sont organisées donc cela ne me prend que peu de temps, pour une fois !

 Je prends soin de Chloé ce soir, elle se sent toute malade. Maman Adèle prend les choses en main : état grippal, Ibuprofène sans plus attendre, et surtout une bonne nuit de sommeil.

 

Lundi 16 avril 2007

 

 

 L’hiver commence à se faire sentir sur les Hauts Plateaux malgaches. Le froid s’installe petit à petit et le soleil a du mal à percer à travers les nuages. La pluie s’est même mise à tomber depuis quelques minutes, la saison des pluies ne finira donc jamais…

 

 Après trois semaines de séparation en raison des vacances pascales, je retrouve ce matin mes deux classes de 6°, toujours aussi agréables. Quoique les 6°II sont un peu mous du genou, je les sens encore endormis.

 Je commence par le traditionnel exercice de grammaire. Je reprends une lettre rédigée par un groupe de correspondance en 6°II, à l’attention des collégiens français. Il s’agit pour les élèves de repérer les fautes d’orthographe et de les corriger. Je considère que c’est un bon exercice car les enfants se retrouvent confrontés à leurs propres erreurs et cela leur permet d’opérer un rétrocontrôle concret sur leur travail.

 Aujourd’hui j’entame le thème de la Bande Dessinée avec mes deux classes. J’ai récupéré une trentaine de magasines « Toutalire » que je distribue pour que les élèves puissent les consulter par deux. Ils sont ravis d’utiliser un nouveau support et d’avoir un livre entre les mains. Je reste fidèle à ma conception d’un apprentissage ludique et diversifié. Je fais travailler les enfants sur une BD simple de deux pages, qui ne contient que peu de dialogue, mais dont les dessins sont très parlants, justement ! Après un bref récapitulatif sur la définition d’une Bande Dessinée et sa méthode de lecture, je laisse les enfants s’imprégner des dessins pour tenter de comprendre l’histoire. Après deux petites questions de compréhension, nous essayons collectivement de verbaliser ce que racontent les illustrations. Le travail marche très bien et les élèves sont très réceptifs. Dommage, la cloche nous coupe dans notre élan. Nous continuerons la semaine prochaine sur un point de cours abordant le vocabulaire de la Bande Dessinée, puis chacun devra créer sa propre mini-BD à partir d’un petit texte que je vais leur fournir. Je suis assez contente, ce travail devrait être très enrichissant pour les enfants, en les ouvrant sur les différents modes de littérature et de communication ; et ils vont être d’autant plus performants à la tâche que je vais leur demander une création illustrée.

 

 La journée est également rythmée par les trois permanences de la bibliothèque, qui a rouvert ses portes avec toujours autant de succès. Chloé et moi nous inquiétons maintenant de son avenir après notre départ. Si personne ne reprend le flambeau, nous aurons fait tout ça pour rien, alors que nous constatons que les élèves sont dans la demande de ce genre d’initiative. Peut être pourrons-nous compter sur Sylvie, une nouvelle bénévole qui arrive cette semaine et qui va prendre notre suite au CEG. Mais après ? Chloé a eu l’idée d’afficher une annonce toute en humour mais néanmoins pertinente à l’attention des professeurs, pour tenter d’éveiller chez eux l’envie de s’investir pour le bien-être et le développement des enfants. Le message va-t-il passer ?

 

 

Mardi 17 avril 2007

 

 

 Nous sommes réveillées par M. Bonheur qui vient frapper à la porte de notre appartement. Oui, on sait, nous avons rendez-vous, mais là il est un peu trop tôt et pas question de se lever alors il faudra repasser plus tard. Il revient à la charge alors que nous sommes en plein petit déjeuner, ça nous fait de la compagnie.

 Ce matin nous allons tous les trois rendre visite à Mme Saholy, l’heureuse bénéficiaire de la deuxième vache léguée grâce à l’Opération Zébu ? Cette femme vit vraiment dans la pauvreté. Son mari a pris la poudre d’escampette il y a quelques années et elle doit assurer seule la survie de son foyer. Elle et son unique fille logent dans une petite maison au confort plus que sommaire, et la pauvre femme a du mal à joindre les deux bouts pour nourrir sa petite famille (pourtant modeste en comparaison de la moyenne malgache). La vache qu’elle a reçue en don va lui permettre de vendre du lait et dans quelques mois, elle pourra même augmenter son revenu grâce à la vente du futur veau qui va naître. Ces rentrées d’argent vont permettre à la famille d’avoir une vie meilleure, mais surtout elles devront bénéficier à la fille de Mme Saholy, Célestine, qui est actuellement en 5°, pour financer ses études. C’est l’accord qui a été passé entre elle et M. Bonheur.

 Mme Saholy, accompagnée de sa mère, nous accueille, nous accueille chez elle, dans la chambre-pièce de vie de sa minuscule maison ne comportant que deux pièces. Nous discutons un peu avec l’aide de M. Bonheur qui jour le rôle de traducteur, puis rejoignons le zébu dans la cours pour une séance de photos, qui serviront d’appui au projet en France.

 Chloé et moi profitons de notre passage à Antanetibe pour faire le plein de fruits et légumes pour la semaine avant d’entamer la marche de retour, toujours accompagnées de M. Bonheur.

 

 Durant les cours de l’après midi, nous commençons à préparer l’exposition photos avec les classes de 5°I et 5°II. Nous avons acheté tout le matériel nécessaire pour la fabrication de cadres qui accueilleront les clichés des petits photographes : Canson, feutres, papier crépon, ciseaux, colle, … Alors tous à la création, et que l’imagination soit folle ! Durant deux heures, les enfants coupent, collent et colorient pour préparer de jolis cadres personnalisés, qu’ils exposeront ensuite dans leur classe.

 Il nous reste un appareil photo jetable en plus, qui va permettre aux élèves n’ayant pas pu s’essayer à la photographie à cause des abus de leurs camarades, d’avoir eux aussi leur moment de gloire. Malheureusement, ils ne disposent que d’une seule pose chacun avec l’appareil. Mais c’est somme toute mieux que rien.

 

 Chloé et moi nous chargeons de préparer les affichent invitant les parents d’élèves ainsi que les habitants de Mahazaza, Antanetibe et Merikanjaka à venir admirer l’exposition photos au collège. Elles seront placardées, -en malgache et en français-, au CEG, à la mairie et dans les épiceries. Nous prévoyons ces portes ouvertes pour notre dernière semaine au collège, lors des pauses de midi et durant tout l’après midi du 1er mai. Ici aussi on célèbre la fête du travail donc nous espérons que les gens profiteront de ce mardi férié pour se déplacer. Ce jour-là, nous envisageons également deux séances de projection du film « Mahazaza », réalisé par Michelle et Jean-Luc Jarrousseau.

 Cet évènement se prépare petit à petit et nous espérons sincèrement qu’il se traduira par un succès car c’est une initiative assez novatrice et hors du commun dans la vie du village et du collège. Elle a pour but, en plus de développer la création des élèves et la découverte d’un art, d’inciter les parents à s’intéresser aux activités de leurs enfants.

 

 Demain, deuxième et dernier épisode de la sortie cinéma à Tana, cette fois-ci avec les 4°II et uniquement des professeurs accompagnateurs de la gente masculine, et pas des moindres, la journée risque d’être haute en couleurs !

 C’est aussi le jour de l’arrivée d’une nouvelle bénévole, Sylvie BESSAUD, qui arrive pour une mission de trois mois. Elle va sûrement reprendre notre suite au CEG, et notre collaboration durant trois semaines va lui permettre de se familiariser en douceur avec le fonctionnement du collège et des cours. Elle logera chez M. Bonheur au moins jusqu’à notre départ. M. Désiré étant en déplacement toute la semaine, c’est à nous deux de l’accueillir de notre mieux demain, mais c’est pour nous un grand plaisir.

 

 

 

Mercredi 18 avril 2007

 

 

 Décidément nous ne pouvons pas prendre un petit déjeuner tranquillement depuis deux jours ! Après M. Bonheur, ce matin c’est un oiseau qui s’invite dans notre appartement ! Je ne sais pas comment il a fait pour s’introduire par la petite lucarne, mais le voilà maintenant en panique à chercher une issue dans la cuisine. Il en fait un bazar ! Heureusement, nous avons à peine le temps d’ouvrir en grand les portes qu’il trouve la sortie.

 

 A 7 heures bien passées, il est temps de prendre place dans les deux taxis brousse pour prendre la direction de Tana avec la classe de 4°II. Comme prévu, Chloé et moi ne sommes entourées que d’accompagnateurs hommes : Michel, M. Neny, M. Dedy, M. Narcisse, M. Gilbert et M. julien. Comme il faut bien commencer la journée avec un peu de piment : crevaison de notre véhicule ! Arrêt précipité sur le bord de la route pour changer la roue, et le convoi peut se remettre en marche. Mais les ennuis ne s’arrêtent pas là ! Quelques minutes plus tard, le même taxi brousse tombe en panne ! Le moteur chauffe, ça fuit par le dessous, ça fume à l’intérieur, rien de bon qui vaille. Va-t-on réussir à terminer ce fichu trajet ? Les hommes poussent l’engin quelques centaines de mètres plus loin et c’est parti pour les réparations. Ces malgaches sont vraiment les rois de la mécanique, c’est épatant. Même à l’agonie, un véhicule fonctionne encore !

 

 Nous arrivons enfin à Tana en milieu de matinée. Comme lors de la sortie précédente, nous commençons par une visite de la ville, avec le même itinéraire : la gare, l’avenue de l’Indépendance, les escaliers d’Analakely et le Palais du Rova (je commence à le connaître par cœur !). M. Julien joue les guides, attirant l’attention des enfants sur une statue ou une église. Après un pique-nique au jardin d’Ambohijatovo, nous avons le temps de faire une petite sieste avant de nous rendre au CCAC pour la projection cinématographique.

 Là-bas, nous avons également rendez-vous avec Sylvie, la nouvelle bénévole de l’association Le Lémurien, arrivée sur Tana lundi dernier. Elle reste en notre compagnie durant le film et profitera du taxi brousse spécial pour rentrer avec nous sur Mahazaza. Elle arrive tout juste en terre inconnue et n’a pas encore eu le temps de prendre ses marques et de s’acclimater. Notre présence a l’air de la rassurer. Et M. Dedy bourrée la met tout de suite dans l’ambiance !

 En effet, au fil de la journée Chloé et moi constatons que trois des professeurs nous accompagnent à Tana avec l’idée de se rincer au rhum dans les hotely sur notre passage, plutôt que de s’occuper des enfants. Régulièrement nous les perdons, ils se sont évaporés. Finalement, ce n’est pas sur les élèves qu’il faudrait avoir l’œil, c’est sur les adultes ! Forcément M. Dedy est très vite attaqué par l’alcool et recommence son cinéma, à raconter n’importe quoi. Durant toute la durée du film, il y va de ses commentaires à haute voix ; il n’arrête pas de parler et de rigoler, les deux vazaha sont même obligées de le rappeler à l’ordre. En plus, il doit être aux anges car il y a maintenant une troisième jeune fille à taquiner. La pauvre doit supporter ses élucubrations sur le trajet du retour ! Nous lui faisons un point sur M. Dedy, au moins elle aura tout de suite découvert l’énergumène !

 

 Toute l’équipe, petits et grands, se quitte dans la cours du collège plongée dans l’obscurité. Chloé et moi accompagnons Sylvie chez M. Bonheur, chez qui elle loge. Maintenant la soirée est bien avancée, le vent chatouille les tôles de notre toit et nous frigorifie. Une bonne assiette de légumes pour réchauffer tout ça, avec la musique dans les oreilles et la main au crayon. Sans oublier les chocolats blancs qui ne sont pas loin…

Vendredi 27 avril 2007

            C'est sûrement la dernière fois que je vous écrit sur le blog avant de rentrer en France. En effet, plus qu'une petite semaine et nous décollons! Je n'ai même pas le temps de vous faire part par écrit de ces derniers jours à Mahazaza, pourtant hauts en couleurs! C'est d'autant plus le cas de le dire que nous avons entamé la peinture du portail et d'un mur extérieur du collège avec les 6°, et je ne vous raconte pas le chantier! Vous aurez donc droit aux dernières péripéties de vive voix et en direct live. En tout cas, nos dernières semaines sont très occupées, entre la finalisation des projets de fin d'année et les invitations à droite et à gauche.

            Le retour... Chloé et moi en parlons de plus en plus, c'est normal. Ces valises qui se remplissent, -un peu trop-, nous préoccupent! Et puis nous avons besoin de partager ces sentiments contradictoires que nous ressentons toutes les deux. Nous sommes prises entre l'euphorie du retour et la joie de retrouver tous nos proches, et la tristesse mélancolique de quitter ce pays que nous avons fait nôtre durant six mois...
            Nos yeux s'imprègnent maintenant de tout ce qui nous entoure en se disant que ce sont les dernières fois que nous verrons ces images. Notre regard change, prend du recul et tente d'imprimer le plus de choses possible dans la case souvenir de notre petite tête.
            Il y a ce qu'on voit, mais aussi ce que nous échangeons. Nous ne retrouverons jamais en France la richesse de ces gens et leur chaleur, propre à ce peuple. J'espère de tout coeur que , quelle que soit l'évolution que prendra leur pays, ils garderont éternellement ce sourire, cette générosité et la foi en des rapports humains et relationnels comme principe de vie (et non l'argent, l'individualisme et la loi du plus fort). Il y a des valeurs primordiales que nos sociétés occidentales ont perdues; nous les avons redécouvertes ici. C'est aussi ça l'échange interculturel: venir apporter modestement une petite contribution aux populations qui en ont le plus besoin, mais apprendre tellement plus, sur soi-même, sur les rapports humains, sur les choses essentielles de l'existence...

           Pour tirer un bilan très très bref, je ne vous dirais qu'une chose: voyagez, ouvrez-vous l'esprit. Les autres, où qu'ils soient (à vos côtés ou à des milliers de kilomètres), ont tellement à vous apprendre. Les malgaches m'ont apporté tellement que je ne trouve pas les mots. Et puis je n'oublie surtout pas non plus Chloé, qui m'a supportée, soutenue, et beaucoup, beaucoup appris aussi.

            Je remercie de tout coeur toutes les personnes qui m'ont suivie pendant mon périple, d'avoir eu le courage de lire régulièrement toutes mes tartines littéraires. Et puis cela m'a permis de rester connectée avec l'hémisphère nord, et surtout de constater que beaucoup de gens ne sont pas indifférents à ce genre de démarche, ça rend optimiste pour l'avenir de notre petite planète.

Merci à tous, je vous aime fort.
Veloma!

Adèle

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29 mars 2007

Dimanche 25 mars 2007

Ce dimanche, pas de grave matinée car… nous allons à la messe ! Et oui, cela paraît incroyable, la ferveur chrétienne nous a contaminé. Non, plus sérieusement, ce n’est pas n’importe quelle messe. Nous souhaitons absolument assister à un office du Père Pedro, qui paraît-il est spectaculaire.

A 7 heures 30 nous animons difficilement nos corps engourdis par la soirée arrosée d’hier soir. Une fois sur le pied de guerre, nous nous préparons « mora mora », les vapeurs d’alcool nous ralentissent un peu. Ce n’est pas un état très catholique pour aller à la messe !

Nous nous passons volontiers du petit déjeuner et sautons dans un taxi qui nous conduit jusqu’au quartier du Père Pedro.

Le Prère Pedro, un religieux italien, a fondé à Tananarive l’association Akamasoa en 1989 pour venir en aide aux plus démunis, et vit toujours dans ces quartiers à dévouer sa vie au service des pauvres. Il a pris en charge les quat’mi, ces familles miséreuses, sans logement et sans rien, vivant dans le plus grand dénuement. Il leur a fait construire leurs propres logements et les a responsabilisé par le travail et la scolarisation, leur rendant ainsi une vie sociale et leur dignité.

Nous arrivons aux abords du gymnase reconvertit en église et constatons que le lieu est peuplé de malgaches suivant l’office à l’extérieur Je n’ose même pas imaginer le monde à l’intérieur ! Dès que nous sortons du taxi, nous sommes prises en charge par deux jeunes filles chargées de recenser les étrangers-visiteurs, puis elles nous guident dans les derrières du gymnase pour nous trouver une place assise. Lorsque nous pénétrons dans le bâtiment, nous prenons une belle claque, l’atmosphère particulière nous saute à la figure. Dès les premières minutes nous sommes submergées par l’émotion. J’ai du mal à retenir mes larmes et je vais garder cette boule dans la gorge durant toute la durée de la messe. Je crois qu’il faut le vivre pour comprendre. Je ne suis pourtant pas croyante pour un sou, mais c’est cette ferveur, cette ambiance, cette joie de vivre qui me transportent littéralement dans un état de béatitude.

Le grand gymnase est plein à craquer, des centaines de mains s’agitent sur les quatre côtés, au milieu, partout. Un nombre impressionnant d’enfants participe joyeusement à la fête. Oui, car plus qu’une messe, c’est une grande fête que ces gens célèbrent chaque dimanche. Les prières et les interventions du Père Pedro sont ponctuées par des chants à tue tête et les danses des enfants.

Vient le moment où le Père Pedro annonce solennellement (en français) : « Nous sommes tous de la même famille ! » Avant que j’ai pu réagir, tout le monde se met debout et le petit garçon à mes côtés me prend spontanément la main en me souriant jusqu’aux oreilles. Son attitude me surprend de la part d’un enfant vis-à-vis d’un vazaha, et m’émeut beaucoup. C’est sa manière à lui de me montrer que « nous sommes tous de la même famille », et peu importe qui se trouve près de lui. Ce gamin est touchant et son geste très beau. Dans l’immense salle, absolument tous les gens se lient les uns aux autres à travers une grande chaîne de mains serrées et un chant à l’unisson dans la joie générale.

Et puis le Père Pedro est un homme tellement simple, généreux et plein d’humour. Il dégage une grande sérénité et son éternel sourire donne l’impression qu’il est constamment en émerveillement sur tout ce qui l’entoure, comme s’il assistait pour la première fois à cette cérémonie époustouflante. Il est adoré de tous les malgaches mais a gardé cette modestie incroyable qui fait qu’il remercie sans cesse les autres mais refuse de penser à lui. C’est un grand homme. Je me suis d’ailleurs faite cette réflexion : aujourd’hui et comme chaque semaine, ce n’est pas Jésus que les quat’mi viennent célébrer, c’est le Père Pedro, leur Dieu à eux.

A la fin de la cérémonie, nous remettons aux deux jeunes filles deux lourds fardeaux, qui ici vont se transformer en joyaux. En effet, nous faisons don d’un grand nombre de vêtements pour bébés et enfants, qui nous l’espérons seront redistribués à bon escient Mais nous supposons que le Père Pedro a aussi su lutter contre la corruption. Nous repartons toutes revigorées et transportées par la magie de la fête (plus que de la cérémonie religieuse, dont nous ne savons d’ailleurs rien puisqu’elle se fait en malgache). Nous avons reçu une bemlle leçon de générosité, de solidarité et de joie de vivre, là encore de la part de personnes les plus démunies qui soit. Beaucoup d’humanité quoi…

De retour en ville, nous souhaitons profiter pleinement du temps magnifique qui illumine le capitale. Nous mettons donc à contribution notre entrain retrouvé en grimpant à pied jusqu’au Palais de la Reine, où nous attend un bon repas salutaire au restaurant « Le grill du Rova ». Nous entamons la montée vers la Ville Haute, qui porte d’ailleurs bien son nom car nous devons faire face à des pentes très abruptes. Les dernière fois que j’ai fait cette ballade, c’était sous la pluie avec mes parents. Décidément je ne choisi pas la facilité : aujourd’hui c’est une chaleur de plomb qui pèse sur nos épaules. Plus nous gagnons en hauteur, plus le paysage nous révèle un magnifique panorama sur la ville. Une foule de messieurs se presse aux balustrades pour observer le match de football qui se joue en contrebas, dans le grand stade de Mahamasina.

La providence s’offre à nous lorsque nous atteignons le sommet de la colline. Mais nous nous cassons bel et bien le nez devant la grille close du restaurant : c’est exceptionnellement fermé ce midi ! La faute à pas-de-chance, comme d’habitude. Nous n’avons plus qu’à rebrousser chemin et tout reprendre en descente. Nous ne sommes tout de même pas déçues car cette ballade nous a fait beaucoup de bien. C’est agréable d’errer dans les rues excentrées de Tana le dimanche, il y a très peu de voitures et de monde, ça change de l’effervescence du samedi.

Mais cette marche nous a mises en appétit et c’était quand même le but de cette virée ! Nous nous installons à la terrasse du Sakamanga, au calme dans la cour intérieure de l’hôtel. Nous déjeunons puis restons attablées quelques heures dans cet endroit ressourçant, à lire et écrire.

De retour à l’hôtel, c’est le grand moment pour Adèle. C’est maintenant qu’on enlève mes tresses ! Bientôt il n’y aura plus de jolie rasta ! Si le tressage est très long, ôter les nattes prend aussi beaucoup de temps, malgré notre travail à quatre mains. Je vous expose la scène : moi allongée sur le lit à me faire tripoter les cheveux, et quelques olives vertes pour nous donner du cœur à l’ouvrage. En définitive, je finis avec une belle coupe afro ! IL est presque minuit lorsque j’entame le shampoing, pour retrouver ma tête pleine de frisettes. Mais horreur et damnation ! Je perds tous mes cheveux ! Je les enlève par poignées et me demande quand cela va s’arrêter. Je stresse de plus en plus au fur et à mesure que la douche se remplie de cheveux : il ne va plus rien me rester sur le ciboulot ! J’hallucine tant et si bien que j’arrive à en faire pisser Chloé dans sa culotte tellement je la fais rire ! Moi ça ne m’amuse pas du tout ! La chute finie tout de même par s’arrêter, mais je ne retrouve pas l’épaisseur de ma chevelure d’antan. Moi qui avait une grosse tignasse, quel choc psychologique ! Il me reste quand même assez de cheveux pour rester présentable, je peux m’endormir à peu près sereinement, non sans m’être faite une grosse frayeur !

Lundi 26 mars 2007

Cette journée n’aura servi à rien. Sauf peut être à dépenser de l’argent et de l’énergie, ce dont nous nous serions bien passé. Nous avons encore une fois usé notre temps dans les administrations de Tana, à nous faire ballotter d’un service à un autre, d’un lieu à un autre. C’est un lundi de vacances que nous aurions préféré passer à travailler en compagnie des enfants plutôt que de nous prendre une fois de plus la tête avec nos histoires de Visas.

Le début de nos congés n’aura pas été de tout repos et encore une fois nous nous levons très tôt. Puis c’est parti pour les festivités.

1. Test du petit déjeuner au Sakamanga, très fameux, et il nous faut bien ça pour nous préparer à la course d’endurance.

2. Banque : cette fois-ci je peux enfin retirer de l’argent.

3. Ministère de l’Intérieur : nos Visas sont prêts, il ne nous manque plus que la lettre de notification et le ministre pourra apposer sa signature. La dame de l’accueil nous envoie chez la responsable pour accélérer les démarches.

4. Direction le bureau numéro 5. LA responsable nous remplie les papiers. Nous devons maintenant payer les droits de Visa (36000 ariary) et la carte de résident… 90 euros ! Cette carte est-elle vraiment indispensable ? Ca nous embête de payer une telle sommes sachant qu’il ne nous reste plus qu’un mois dans le pays. Mais apparemment nous n’avons pas le choix… C’est tout de même aberrant.

5. Retour en ville pour effectuer les paiements. Trésors Publics : le premier service n’est pas le bon. On nous envoie au deuxième étage, mais nous ne sommes toujours pas au bon endroit. Le troisième tentative est la bonne : la payerie générale. Nous obtenons nos papiers justificatifs moyennant 36000 ariary chacune de droit de Visa. Et pour la carte de résident ? On ne paye pas ici mais à la banque.

6. Retour à la case départ BOA. On patiente… avant qu’un monsieur nous reçoive. Problème : nous n’avons pas de compte en banque donc nous ne pouvons pas payer les 90 euros. L’agacement commence à se faire sentir chez les vazaha… Quelle solution s’offre à nous ? Ouvrir un compte en banque, il en est hors de question, ou utiliser le compte d’une personne que nous connaissons, mais nous ne savons pas qui en possède un. Nous repartons donc bredouilles, en colère et bien embêtées.

7. Passage à la Banque Centrale de Madagascar, on ne sait jamais, peut être que quelqu’un pourra nous aider. Que nenni.

8. Aux Trésors publics alors ? Non plus, ils ne s’occupent pas de ce genre de paiement.

Avec tout ça il est midi, toutes les administrations ferment, nous sommes donc bloquées jusqu’à 14 heures pour continuer notre parcours du combattant. La journée n’est pas finie, nous n’avons pas avancé d’un iota !

Petite pause bien méritée, donc. Nous rendons visite à la fabricante de vêtements en crochet pour lui commander deux autres pulls, puis déjeunons au « Petit Verdot ». Une formule du midi bon marché avec en plus un verre de vin, c’est tout à fait ce dont nous avons besoin pour nous requinquer ! Nous ne rêvons que d’une chose : une sieste ! Mais pas le temps de chômer.

9. A 14 heures pétantes, nous revoilà sur le pied de guerre au Ministère de l’Intérieur. Re-bureau numéro 5 et re-responsable. Peut-elle nous aider pour que nous sachions où et comment payer ces foutues cartes de résident ? On nous répond que nous n’avons aucune autre solution que celles adressées par le banquier. Nous ne pouvons pas régler le problème dès aujourd’hui et, fait d’une grande rareté, cette femme est très compréhensive. Elle expose la situation à son chef, qui accepte de nous délivrer un second récépissé. Nous sommes donc en règle jusqu’au 28 avril. Tout ça pour ça ! Tous nos déplacements n’auront en définitive servi à rien, nous aurions pu obtenir le papier dès notre première visite.

D’ici là, nous dit la dame, vous avez le temps de régler cette histoire de compte. Mais nous n’en avons nullement l’intention. Nous quittons Madagascar le 7 mai et nous ne comptons pas payer 90 euros chacune pour une semaine. C’est ridicule ! Chloé tente la carte de l’émotion : nous sommes bénévoles, nous n’avons pas d’argent, n’y aurait-il pas moyen de trouver un arrangement pour que nous sortions du pays sans Visa, seulement avec un troisième récépissé ? La pauvre dame ne peut plus grand-chose pour nous. Il nous faut revenir le 28 avril et tenter le tout pour le tout auprès du chef de service. Il va falloir y aller au culot !

Ouf ! Quoi qu’il en soit, pour l’instant nous sommes en règle encore pour un mois. Ca n’a pas été une mince affaire, comme à chaque fois ! Tous ces allers-retours nous ont épuisées, et nous aurons dépensé beaucoup d’ariary dans les trajets en taxi. Nous ne sommes pas fâchées de quitter enfin Tana pour retrouver le calme et la sérénité de Mahazaza. Mais il nous faut à nouveau prendre notre mal en patience, le trajet est très long, nous attendons encore beaucoup.

Pour terminer dans les épisodes agaçants, -nous avons eu notre lot aujourd’hui-, la bouteille de gaz trouve le moyen de se vider en pleine cuisson des haricots verts. Ce sera donc légumes croquants au menu de ce soir. Demain, nous avons l’intention de ne rien faire ! Comme de vraies vacances, nous allons buller, enfin.

Mercredi 28 mars 2007

                 Premier épisode des projets de fin d'année: la fameuse sortie avec les 4°. Nous ne pouvons pas emmener les deux classe en même temps à Tana car la salle dans laquelle nous allons visionner le film, au CCAC, ne dispose pas d'assez de place. Nous commençons donc la première sortie avec les 4°I, c'est dans l'ordre des choses. Les professeurs ont répondu présents à l'appel et profitent même de l'occasion pour faire une virée en famille! M. Désiré, M. Michel, Mme Lylie, Mme Bacouly et son bébé, Mme Volona et son mari, Melle Alliance et son fiancé, Mme Noëline et ses deux filles.

                  Les deux taxi brousse que nous avons réservés pour la journée embarquent la joyeuse troupe dans la cours du collège; tous les enfants enchantés se pressent dans les véhicules. Ils se sont mis sur leur trente et un pour l'occasion! Je prends place au beau millieu des élèves, que l'excitation rend bien bavards. Mais plus nous approchons de la capitale, moins on entend de bruit; tous les regards sont rivés sur les fenêtres pour observer la grande ville qui s'offre à eux, avec toutes ces nouveautés et ce fourmillement de vie.

                 Nos deux chauffeurs nous déposent à la gare de taxi brousse pour Mahitsy, à 67 Hectares, car ils n'ont pas le droit de circuler en centre ville. Nous ferons donc le reste à pied. La séance de cinéma n'est prévue qu'à 13 heures 30, ainsi nous consacrons la matinée à une ballade jusqu'au Palais de la Reine. Même grimpette que dimanche dernier avec Chloé et même chaleur de plomb.                              

                Voilà donc les cinquante campagnards à travers la ville. L'encadrement laisse à désirer, les élèves n'ont qu'à se débrouiller pour suivre. Au début, cette situation nous stresse un peu Chloé et moi, nous avons l'habitude en France de veiller attentivement à la sécurité des enfants lors de sorties. Mais ici, les malgaches savent se prendre en charge de manière responsable, même les plus jeunes, et nous n'avons aucun souci à nous faire. Nous jouons néanmoins à la police de la circulation pour faire traverser le troupeaux dans les rues engorgées de véhicules. A travers la foule grouillante de la capitale, c'est tout de même une chance que nous n'ayons perdu personne! Ce matin, c'est Mme Volne qui fait le guide: nous traversons un marché, passons devant la gare, puis remontons toute l'avenue de l'Indépendance avant d'entamer l'interminable montée jusqu'au Rova (Palais de la Reine). Là haut, nous faisons une halte bien méritée au belvéfère qui devance le palais. D'ici, nous avons le plus beau panorama sur la ville; tout le monde admire les environs et Mme Lylie a même prévu les jumelles!

               Nous redescendons doucement en direction du jardin d'Ambohijatovo où nous allons pique niquer. Petit arrêt en chemin dans une épicerie pour que les enfants fassent quelques achats de nourriture. Je les attends sur le bord de la route, perdue dans mes pensées. J'ai à peine le temps d'entendre un élève crier "Adèle!", que je sens un énorme poids rouler sur mon pied. Un taxi be vient littéralement de me passer sur le pied gauche! Une grande douleur envahit ma jambe et bientôt je ne sens plus mes orteils. Je prends sur moi pour ne pas crier (la professeur veut garder sa dignité...) et l'épicier me donne aussitôt de la glace pour me soulager et éviter le gonflement. Je saigne un peu mais rien de grave; après quelques minutes je peux reprendre la route en claudiquant. Je vais m'en sortir avec un bel hématome!  Nous sommes constamment en train de dire aux enfants de prendre garde à la circulation et c'est la professeur Melle Adèle, cette vraie tête en l'air, qui s'accidente! Chloé venait justement de me dire que nous avons oublié de prévoir un trousse de secours, mais ce n'est pas pour les enfants qu'elle aurait été le plus utile! De toute façon aujourd'hui mes pieds ne sont pas en forme (tout comme l'humeur d'ailleurs), je trébuche à plusieurs reprises en manquant à chaque fois de tomber. Moralité de l'histoire: "Quand tu es à Tana, ouvre les oreilles sur les klaxons et garde l'oeil sur tes pieds si tu ne veux pas te faire tailler un short".

                     Après ces péripéties, nous rejoignons le reste du groupe au musée du Palais de la Reine pour une visite express car il est temps d'aller manger. Nous terminons la descente, ce sont maintenant les enfants qui veillent sur moi! Le monde à l'envers! Nous nous installons enfin paisiblement dans le parc pour pique niquer, assis dans l'herbe et à l'ombre d'un arbre, au frais. Comme à chaque fois, les malgaches ont transporté toute leur cuisine! Plats, assiettes, couverts, et à manger pour tout un bataillon! Essentiellement du riz bien sûr. Chloé et moi devons faire pitié acvec notre avocat et notre sandwich de vache-qui-rie. Un élève nous offre généreusement une assiette de pâtes aux sardines, pour chacun veut nous faire goputer un peu de son repas: sandwich à la mortadelle (non merci!), pâtes aux légumes, oranges, pommes... N'en jetez plus, nous ne pourrons pas tout manger! Nous avons à peine le temps de nous prélasser pour digérer qu'il est déjà l'heure de se rendre à la représentation cinématographique. C'est dommage car ce parc est bien agréable, un peu de calme et d'air pur en pleine ville ça fait beaucoup de bien.

                   Nous sommes un peu en retard au CCAC mais ça n'a pas d'importance car nous avons droit à une projection privée, spécialement pour nous s'il vous plaît! Dans la salle de conférence, tout a été préparé, il ne nous reste plus qu'à appuyer sur "play" lorsque nous sommes prêts. Nous offrons aux enfants le visionnage du film "L'avion" de Cédric KAHN (avec Isabelle Carré et Vincent Lindon). Nous suivons les pérégrinations d'un petit graçon et son planeur en jouet, offert par son père décédé, qui prend soudainement vie pour l'emmener dans une aventure pleine d'humour et d'émotion. L'action est simple et facile à comprendre, ce qui permet aux enfants de bien accrocher à l'histoire et de rester attentifs jusqu'à la fin. Apparemment le film leur a plu donc nous sommes satisfaites.

                Après cette séance de cinéma, nous offrons le goûter à tout le monde, -même les professeurs ont droit à leur casse croûte!-, puis nous reprenons la marche en direction de la gare de taxi brousse. Petit arrêt au marché pour que Mme Bacouly achète des petites culottes pour sa fille. Mais voilà que Martial est jaloux, il souhaite lui aussi se faire offrir des slips! Décidément il nous fera toujours bien rigoler. "Est ce qu'on a le droit aux essayages?" dixit Mme Bacouly.

                  Sur le chemin du retour, je m'installe à l'avant du taxi brousse en compagnie de Chloé et c'est parti pour un somme. Même avec les enfants nous en pouvonspas nous en empêcher! La fin du trajet est nettement plus joyeuse lorsque les enfants entonnent des chansons à tue tête. Moi qui n'avait pas la pêche, ça me redonne le sourire. Tout le monde se quitte en remerciant les vazaha pour cette sympathique journée, eux comme nous sommes ravis. Du très beau temps, un programme réjouissant et une bonne ambiance, tous les ingrédients étaient réunis pour en garder un excellent souvenir.

Jeudi 29 mars 2007

               Nous revoilà sur Tana et j'en profite pour vous écrire avant de partir réellement en vacances pour trois semaines. Je sais, mes papiers vont vous manquer, mais j'ai tout de même droit à un peu de répit, mince à la fin.

                Je vous expose rapidement le programme des festivités: demaindès l'aube, je pars à Majunga avec Chloé. Nous passons la journée dans le taxi brousse (12 heures de trajet...), restons deux jours sur place puis reprenons la route lundi pour une autre journée dans les transports. Mardi, c'est le grand jour: l'arrivée de notre super copine Pélagie! A l'heure qu'il est elle doit être dans un état d'excitaion au point culminant! Nous aussi d'ailleurs nous sommes impatientes de l'accueillir sur le sol malgache. Nous passons la journée de mardi à Mahazaza pour lui faire découvrir notre univers, mais pas le temps de flâner, nous avons encore tout un périple qui nous attend! Dès le lendemein nous partons en direction de l'est du pays pour remonter doucement. Après quelques arrêts, nous échouerons sur la belle île de Sainte Marie. Rien que d'y penser, ça fait rêver!

               Alors je vous laisse tous salivants que vous êtes, envieux de notre programme alléchant...

Bise à tous!

Adèle

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24 mars 2007

Lundi 19 mars 2007 Cela n’a servi à rien que je prépare mes cours pendant deux heures hier soir, j’ai changé complètement de programme au dernier moment ! Je commence mon cours par une mise en jambes avec un exercice de conjugaison, avant de passer à un travail en groupe. Je profite de la correspondance avec le collège du Doubs pour faire rédiger aux élèves une lettre en français. Ils ont rarement la possibilité de s’essayer à la production écrite donc c’est une excellente occasion pour eux de s’entraîner. Et le faite d’écrire à l’attention des petits français devrait les motiver pleinement. « Racontes une journée au CEG Mahazaza, en faisant des phrases. » Collectivement, chaque groupe s’atèle à la rédaction d’un petit texte. Enfin, cela vaut uniquement pour la classe de 6°II, beaucoup plus réceptive comme à l’accoutumée, mais en revanche je n’arrive pas à mes fins avec les 6°I. Je suis de plus en plus effarée par la différence de niveau entre les deux classes. Les premiers réussissent sans aucun mal le travail demandé et y prennent même beaucoup de plaisir, alors que tous les enfants de 6°I, même les plus doués, sont incapables de produire une seule phrase. J’avoue qu’ils me désespèrent un peu, voire m’exaspèrent ! Une des explications les plus flagrantes réside dans le fait que dans cette classe, les élèves sont beaucoup plus distraits et se dissipent très vite, n’écoutant pas les consignes. Evidemment à long terme, cela a un impact négatif sur leurs acquisitions. C’est dommage car que ce soit avec l’une ou l’autre des deux classes, l’ambiance générale et les contacts sont très agréables ; le seul problème est que nous cheminons beaucoup plus lentement avec les 6°I. En revanche, et ce qui est paradoxal, les élèves de cette classe sont beaucoup plus spontanés à l’oral et aiment discuter avec moi de façon informelle, pour plaisanter ou parler de tout et n’importe quoi. Je ne comprends alors pas pourquoi cela ne les encourage pas et ne les aide pas à progresser. Lors de notre déjeuner, aux alentours de 13 heures, quelques fillettes viennent frapper à notre porte. Elles préparent une chorégraphie sur une chanson malgache pour la journée de la francophonie ; nous sommes ravies de cette initiative spontanée ! Elles souhaitent brancher le poste de musique pour pouvoir s’entraîner dehors. C’est parti pour la musique à fond les ballons et les corps qui se déhanchent. Plus l’heure de la reprise des cours approche, plus la cours se remplie d’élèves observant avec curiosité les danseuses qui ont investi le balcon des vazaha. C’est amusant de remarquer que les garçons restent en retrait, comme intimidés par le spectacle des jeunes filles. Mais au fur et à mesure que la cours se peuple d’enfants, notre balcon est lui aussi pris d’assaut. Tout le monde veut monter chez Adèle et Chloé pour participer à la fête ; même les garçons se dévergondent ! Je termine la récréation par une séance de chatouilles avec des filles de 5°III qui aiment bien me titiller. Ces épisodes de détente improvisés se terminant toujours par un bain de foule nous ravissent au plus haut point. Tout est dans la simplicité des échanges et par là même, nous nous rapprochons de plus en plus fortement des enfants. Chloé et moi parlons d’ailleurs régulièrement à ce sujet car nous réalisons au fil des jours que cela va réellement être douloureux de quitter tous ces marmots auxquels nous sommes extrêmement attachées. Beaucoup de larmes en perspective ! M. Nestor siffle la fin de l’amusement et tout le monde nous abandonne pour retourner bien sérieusement en cours. L’appartement est bien vide tout à coup… Dans l’après midi, M. Désiré passe à l’appartement accompagné du chauffeur de taxi brousse, pour mettre au point avec lui la sortie des 4° à Tana et discuter des tarifs. Le goujat ne veut même pas nous accorder une réduction ! Nous avons besoin de deux véhicules pour conduire toute une classe, qui feront exceptionnellement le trajet aller-retour jusqu’à la capitale. Puis nous finalisons avec le directeur la préparation de la journée de la francophonie. Soit dit en passant, seulement quatre professeurs sur les quinze que compte le collège se sont inscrits pour la tenue des stands récréatifs. Nous sommes sidérées par l’absence de motivation générale et pesante qui règne au sein de l’équipe enseignante. Cela ne nous encourage pas pour la mise en marche et le bon déroulement de cette journée… Chloé et moi nous sentons bien seules et nous demandons comment nous allons réussir à gérer cet évènement. En revanche, et fort heureusement, l’enthousiasme des élèves nous redonne du beaume au cœur. Pendant que les adultes cultivent l’adage du « moins on en fait, mieux on se porte », les enfants au contraire multiplient les initiatives spontanées ; certains tentent de s’impliquer pleinement et de se responsabiliser par eux-mêmes Quelques petits groupes ont donc prévu de nous présenter des mini spectacles : danse en musique pour les unes,  concert accompagné d’un synthétiseur pour les autres, … Attention on nous prépare des prestations de qualité ! Sans compter les chants que nous avons appris à certaines classes et à qui nous avons demandé  de les présenter à l’ensemble du collège. Encore une fois grâce aux enfants cette journée s’annonce festive et pleine de bonne humeur. Espérons maintenant que la météo sera notre alliée pour que tout le monde puisse s’amuser sans aucune perturbation (surtout que la plupart des jeux se passent dehors !). Et tant pis si les autres professeurs ne veulent pas se joindre au vent de folie qui se lèvera sur le CEG. Pour terminer cette journée de lundi, un violent orage éclate en fin d’après midi et compromet toute tentative de sortie à l’épicerie. Ca tonne vraiment très fort et nous ne sommes pas tellement rassurées ; puis lorsque les grondements entament une accalmie, c’est au tour de la pluie torrentielle de prendre le relais. Nous sommes condamnées à rester enfermées dans notre appartement, privé encore une fois d’électricité. Et ne comptons pas sur un retour du courant pour aujourd’hui. Dans cette ambiance précaire, nous n’avons rien de mieux à faire que de nous offrir un apéritif de qualité, en attendant que nos haricots blancs finissent de cuire. Rien ne manque : un excellent pinot noir des Charentes accompagné de quelques olives, -nous sommes toujours équipées des choses essentielles-, et du papotage à volonté. Une petite perle piochée au hasard dans les lettres des 6°, retranscrite telle qu’elle, juste pour le plaisir… «  groupe 2, 6°II Journée de CEG MAhazaza 19-20-21 février Le garcons laboure la terre Le fille ramasse les  ordures Le garçons et les filles cultive les arbres. Propreté le table Enfface la classe Je efface le tableau Enfface le cours Les filles prend le poubelle et ramasse les ordures. Monsieur Nestor souffle le sifflet Les élèves vont à l’école le matin Les élèves ne vont pas à l’école l’après midi Le mercredi les élèves vont à Tokotany Tsara plante les arbres Les élèves prépare le repas. Vous mangez le riz Les élèves rentre à la maison. » (petite précision : ici les enfants racontent la journée des écoles ; je vous rassure ils ne sont pas tous les jours en train de planter, nettoyer et sortir les ordures !) Mardi 20 mars 2007 L’évènement tant attendu : la journée de la francophonie. Je suis dans l’ensemble très satisfaite du déroulement des opérations, même si cet après midi la pluie a compromis la fin des festivités. C’est vraiment dommage car la matinée a très bien commencé, un soleil empli de chaleur accompagnant les activités. Les choses ont été lentes à se mettre en place ce matin. Les collégiens sont attendus à 7 heures 30 alors que rien n’est prêt : nous devons encore dispatcher les professeurs dans chaque jeu et installer les stands. Et le manque de motivation de leur part n’accélère pas les choses… Comme un lundi, les élèves se rassemblent bien en rang pour le traditionnel levé de drapeau et entonner l’hymne national malgache. Mais aujourd’hui, célébration de la francophonie oblige, les blouses bleues ont droit en prime à la mise en berne du drapeau français et nous chantent même « La Marseillaise » ! (que seuls les 4° et 3° connaissent, nous n’avons pas souhaiter apprendre ce chant sanguinaire aux plus jeunes) Nous constituons les équipes, -14 au total-, au sein desquelles chaque niveau est réparti de manière égale. Un groupe une trentaine d’élèves, mais tous ne participeront pas à chaque activité : ils devront sélectionner quatre compétiteurs pour certains stands. Avec un total d’environ 450 collégiens, c’est encore un sacré casse tête de calculs ! Enfin, chaque équipe se voit remettre une fiche de comptage de points et doit s’approprier une chanson ou un poème, ainsi qu’un symbole. Lorsque toute l’organisation est mise en place, -et ce n’est pas une mince affaire-, c’est parti pour la compétition ! Les enfants doivent passer dans chaque stand, deux équipes s’affrontant à chaque fois. Chloé et moi sommes chargées de visiter chaque activité afin de superviser le bon déroulement des opérations, et bien sûr d’immortaliser les festivités par les photos. Je retrouve d’abord Mme Mélanie et Mme Claudine au stand « Baccalauréat » et les aide à mettre en place le jeu. J’ai dû déjà expliquer cinq fois la règle à Mme Mélanie, qu’à moitié réceptive, et cette cruche n’a toujours pas compris le fonctionnement ! Chloé prête main forte à Messieurs Dedy, Gilbert et Narcisse au jeu de l’épervier. A ma grande surprise, seul M. Dedy accomplie sérieusement son rôle. Les deux autres restent tranquillement toute la matinée assis dans l’herbe à discuter. Ca va les gars, on ne vous dérange pas à nous activer ? Les autres professeurs se prennent en main pour gérer eux-mêmes leurs taches, c’est à peine croyable ! Mme Volona et M. Nainny au « Chamboule tout » (pyramide de boîtes de conserve) ; Melle Alliance et Mme Bacouly au « Kim goût », Mme Lylie au « Relais locomotive » ; Mme Noëline et M. Michel au stand « Course à la cuillère ». Tous les professeurs (ou presque) gèrent leur poste avec un grand sérieux, nous sommes épatées. Comme quoi, et contrairement à ce que M. Julien peut penser, les professeurs s’investissent lorsqu’ils se sentent impliqués, ils ont simplement besoin pour cela d’un petit coup de pied aux fesses ! La compétition se termine aux alentours de midi, le verdict aura lieu cet après midi. En deuxième partie de journée, il est programmé que quelques élèves présentent des prestations qu’ils ont eux-mêmes réalisées, puis des chants que Chloé et moi leur avons appris. Enfin, chaque équipe doit produire la chanson ou le poème qu’elle a choisi, avant de passer au moment tant attendu de la remise des récompenses pour l’équipe lauréate. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu… Un groupe de jeunes filles entament leur chorégraphie tant répétée ; les autres collégiens forment un immense cercle autour des danseuses, curieux et avides de cette ambiance festive. Mais voilà que l’orage éclate et l’électricité coupe : sans musique, impossible de continuer ! De toute façon la pluie suit de près et les enfants courent dans tous les sens pour se mettre à l’abri. Nous devons belle et bien abandonner la suite du programme car le mauvais temps n’a pas l’intention de s’arrêter. Avant que la pluie ne devienne trop forte, nous procédons à la hâte à la remise des prix. C’est l’équipe des « Papillons » qui remporte la compétition de la journée, et chacun des trente enfants se voit attribuer un petit cadeau de la part des vazaha : stylos, crayons, carnets, jeux de cartes, livres, tee-shirts, bijoux… Tout le monde repart avec son petit trophée. Le reste des élèves aura droit à un lot de consolation : un bonbon. Mais c’est là que les choses se gâtent. Tous les enfants sont à l’abris dans les salles et l’équipe enseignante a visiblement capitulé, plus personne n’est là pour nous épauler. Chloé entre dans une classe pour commencer la distribution des bonbons. Erreur fatale ! C’est la totale ruée vers l’or ! Tout le collège arrive, se bouscule, s’agglutine autour de la table. Je tente bien de les obliger à se ranger correctement en ligne mais cela ne dure pas plus de quelques minutes, ils sont totalement indisciplinés. Et comment dans cette cohue reconnaître les enfants qui ont été servis de ceux qui n’ont pas encore eu leur dû ? La situation devient vraiment trop explosive et nous sommes contraintes d’interrompre la distribution. Mme Lylie se rend compte qu’il y a un problème et vient nous prêter main forte. Il fait changer de stratégie. Chaque élève doit alors rejoindre sa salle de classe, on fait sortir tous ceux qui ont été servis en bonbons et on termine le partage dans le calme. Tout est bine qui finit bien ! Tous les élèves rentrent chez eux sous la pluie mais un grand sourire aux lèvres et les yeux qui pétillent. Les vazaha aussi sont enchantées ; nous avons passé une excellente journée entourées d’enfants toujours aussi agréables, dynamiques et rieurs. Nous regrettons simplement de ne pas avoir pu nous amuser jusqu’au bout avec les représentations des élèves, mais à charge de revanche, nous les attendons pour le jour de notre fête de départ ! Nous n’allons pas terminer si vite une journée bine commencée et bien remplie : nous avons des convives pour le dîner de ce soir. Adeline et Erwan quittent Mahazaza dans deux jours et nous trouvons enfin le temps de les inviter ; il était moins une ! Mais au fil des heures, Chloé et moi pensons que la soirée est compromise et que le couple ne se déplacera pas. En effet, l’orage et la pluie tourmentent plus que jamais le village, et avec en plus la pluie qui tombe, il faudrait vraiment avoir une âme d’aventurier pour se risquer à mettre le nez dehors. Tant pis, nous passerons une soirée en tête à tête, à déprimer en songeant au bon moment que nous ratons… Mais à 19 heures 30, ô surprise ! Deux vazaha encapuchonnés dans leurs ponchos et tous ruisselants font irruptions dans l’encadrement de la porte ! Ils ont eu le courage de venir ! Nous ne l’aurions jamais cru donc quel immense plaisir de les voir chez nous ! Pas de temps à perdre, fêtons cette soirée d’adieux (encore une fois on nous abandonne dans la brousse…) Nous avons réservé au couple un repas très franco-français, avec plein de bonnes choses du terroir : saucisson, pâté, mousse de sardines, camembert, ananas (pour faire couler). Très diététique tout ça ! Et du côté boisson, nous ne sommes pas en reste, nous avons tout ce qu’il faut pour nous rincer joyeusement, et avec de la qualité en plus ! Pinot fait maison, épine faite maison et THB au cas où nous aurions encore soif. Nous nous remplissons le gosier, le foie et la tête, en discutant à tout rompre toute la soirée. Je ne me rends pas bien compte mais cela va me faire tout drôle de ne plus voir Adeline et Erwan, après trois mois de voisinage à Mahazaza et Tana. Nous allons nous sentir bien seules ce week end. Et je me suis attachée à ce petit couple très sympathique, toujours volontaire et plein de bonnes initiatives. (non non je vous jure, c’est sincère, je ne fais pas la lèche cul !) Hasta luego les amis ! jeudi 22 mars 2007 Nous continuons notre semaine au rythme effréné, rien ne peut plus nous arrêter ! Alors ce matin pas de cours mais pas question de buller. Après le repiquage du riz en décembre, il faut maintenant s’essayer à la récolte. Francia, une élève de 3°, nous a proposé de découvrir cette activité en aidant sa famille à l’ouvrage. Cela nous fait toujours un immense plaisir de découvrir et nous immerger au plus près du quotidien des malgaches. Et le quotidien des malgaches, ça commence par un réveil aux aurores. Avant de partir au collège, Francia vient nous chercher à 6 heures 30 pour nous conduire chez elle. Elle nous laisse en compagnie de sa mère. Une autre de ses filles nous rejoint et nous nous mettons en route pour la rizière. Chloé commence par chuter dans la boue, histoire de se salir une bonne fois pour toute. La récolte du riz consiste à faire des fagots avec les gerbes de riz qu’un homme taille à la serpe. A l’aide de brins de raphia et les pieds dans la boues (les jambes, même, pour moi), nous apprenons à nouer les fagotins pour tenir les épis bien serrés. Ensuite, il faut remonter les fagots sur la colline, qu’une charrette tirée par des zébus viendra récupérer, celle-ci ne pouvant pas accéder aux rizières. Et c’est là un travail bien fatigant ! On rassemble plusieurs fagots entre eux et hissons la lourde charge sur notre tête pour remonter le chemin à pied. Tout est une question d’équilibre : avec quelques kilos perchés sur notre crâne, il s’agit de progresser sur les monticules de terre séparant les rizières, mais qui ne dépassent pas en largeur une trentaine de centimètres ! Alors attention où nous mettons les pieds ! Au premier voyage, je trouve évidemment le moyen de glisser et tombe dans la boue la tête en avant. Quelle poilade, Chloé est à la limite de pisser dans sa culotte ! Mais je ne me laisse pas abattre et me remet bien vite sur pieds. Nous terminons la matinée par de nombreux allers-retours, heureusement il n’est pas interdit de faire quelques petites pauses. Pour nous remercier de notre aide, la mère de Francia nous offre un délicieux pique nique à travers les rizières, à base de condiments exclusivement malgaches : manioc, riz et haricots blancs. Ca fait du bien de reprendre des forces après ces quelques heures de travaux agricoles ! Nous terminons par une sieste dans l’herbe, pendant que les malgaches retournent courageusement au travail. Cette famille est vraiment très agréable et pleine de générosité ; Chloé et moi nous sentons bien en leur compagnie et dans la paisible nature que rien ne vient déranger. Mais l’heure avance, il est 13 heures lorsque nous nous décidons enfin à nous ranimer. Nous avons cours dans une demie heure et nous sommes dans un état de saleté incommensurable. Marrons de boue ! Ce n’est pas une tenue pour se présenter devant les élèves. Alors vite vite, à la douche, car M. Nestor va encore nous surprendre avec son sifflet pour nous rappeler à notre tâche. C’est notre dernier cours avant les vacances d’avril. Et oui, déjà les vacances ! Nous sommes un peu fatiguées du travail physique de ce matin, ça va être dur de nous motiver pleinement. Avant de retrouver les 5°III, nous devons d’abord passer dans les deux autres classes de 5° pour distribuer les appareils photos jetables aux derniers groupes. Nous sommes vraiment fâchées. Certains élèves n’ont pas respecté la consigne de trois photos par personne et par leur faute, leurs camarades se retrouvent totalement pénalisés : les derniers ne pourront pas prendre de photos car les appareils sont déjà terminés. C’est injuste mais nous n’y pouvons rien… Nous avons beau leur faire la morale, le mal est fait. Mais nous aimerions que ces enfants profiteurs prennent conscience du prix que coûte un appareil photo jetable, pour bien comprendre que nous leur donnons l’opportunité de découvrir cet art, mais que c’est très grave d’en abuser. Après cette mise au point musclée, nous pouvons retrouver les 5°III qui commencent à s’impatienter. Là encore : distribution des appareils photos et réprimandes. Nous sommes outrées : Paul a pris douze photos au lieu des trois réglementaires, tandis que que Pascal bat tous les records avec dix-huit photos à son actif. Il a quasiment utilisé un appareil photo à lui tout seul ! Et en plus ça le fait rire ! Bon, passons, nous souhaitons tout de même faire plaisir à la classe avant le départ en vacances. Nous leur avons réservé une projection privée du film « Mahazaza », réalisé par un membre de l’association Le Lémurien. Nous nous plongeons dans l’obscurité et nous collons au petit écran de l’ordinateur de Chloé. Les élèves sont enchantés de voir leur école et leur camarades, et parfois eux-mêmes aussi, dans le film. Tout le monde éclate de rire au passage de M. Nestor et son coup de sifflet ! Pour terminer le cours et travailler quand même un peu, nous demandons aux élèves de se mettre en binôme et de rédiger un résumé du film avec ce qu’ils ont vu, ce qu’il s’y passe, ce qu’ils ont aimé ou pas aimé. Ils mettent du temps à attaquer la rédaction mais finalement font ça avec beaucoup de plaisir et d’humour. « Le vazaha Ronan est magnifique », dixit certaines fillettes ! Fin des cours mais pas de la journée. Nous sommes attendues chez Clarinette (Mme Line l’épicière) qui nous a préparé un goûté des plus luxuriants, où foisonnent quantités de mets tous aussi délicieux les uns que les autres : beignets de légumes, beignets de crevettes, beignets et galettes de manioc, beignets de melons, jus naturels au coco et grenadelle. N’en jetez plus ! La pauvre nous apprend qu’elle cuisine pour nous depuis ce matin ! Notre visite est un  grand évènement, et elle a demandé à son fils photographe d’être présent pour immortaliser l’instant. Clarinette est une femme adorable, avec laquelle nous pouvons discuter de tous et n’importe quoi et rigoler comme de vieilles amies. Lorsqu’elle parle de nous, elle nous appelle « ses filles », et de sa bouche, on sent une réelle sincérité. Elle nous avoue qu’elle va pleurer à notre départ, mais nous aussi ! Quelques gouttes commencent à tomber donc nous préférons quitter Clarinette avant que l’averse nous surprenne. Mais c’est trop tard ; en quelques secondes il tombe des cordes et nous courons comme des dératées pour rentrer chez nous. Les collégiens, bien à l’abri dans leurs salles de classe, rigolent bien en nous voyant traverser la cours à toute allure. Comme à chaque fois depuis quelques jours, il a fait un temps magnifique toute la journée (heureusement d’ailleurs car la récolte du riz sous la pluie n’aurait pas été aussi agréable), mais dès que le jours commence à tomber, aux alentours de 17 heures, c’est l’orage qui entre en scène et déverse des quantités impressionnantes d’eau. Un peu de répit pour la fin de notre séjour, ce serait sympa… En tout cas, ce soir nous sommes à la diète, on nous a gavé toute la journée et nous ne pouvons plus rien avaler. En plus il paraît que nous avons grossi…


Vendredi 23 mars 2007

      
        L'humeur est morose ce matin; nous nous levons à 5 heures et c'est trop tôt pour que nous puissions sourire, ni même parler. Se lever si tôt pour passer son temps à attendre dans le taxi brousse! C'est dur la vie des fois... D'autant plus que ce matin le trajet est particulièrement lent, entre les arrêts interminables et les embouteillages. Rien de mieux à faire donc que de terminer ma nuit. Il ne faudrait pas non plus que ça s'éternise car j'ai un rendez-vous moi, voyez-vous, on m'attend à 9 heures à l'arrêt de taxi brousse.

              En effet, c'est le grand jour pour Marchel: il va choisir ses nouvelles lunettes! Il est venu avec son tuteur, qui a pour la deuxième fois   accepté prendre du temps pour faire le voyage jusqu'à la capitale sans aucun rechignement; il est au contraire tellement enthousiaste qu'on fasse quelque chose pour aider cet enfant! Mme Lylie est également présente au rendez-vous mais ne peut pas nous accompagner chez l'opticien, il va donc falloir que je me débrouille toute seule pour communiquer...
                J'emmène mes deux invités en taxi jusqu'au magasin pour effectuer les essayages. Nous optons pour une monture en plastique, ça supporte mieux les verres épais, dans les tons de bleu. C'est Marchel qui décide, et c'est un très bon choix. Il va être tout beau! En sortant de l'opticien, j'arrive à faire décrocher un sourire à mon petit protégé, il a l'air content. Après encore mille remerciements de la part de son tuteur, je les raccompagne au bus et leur paye les frais de voyage jusqu'à Mahazaza. Il ne me reste plus qu'à récupérer les lunettes équipées des verres providentiels. J'ai hâte de voir Marchel chausser ses nouvelles montures, et je me demande surtout quelle réaction il va avoir lorsqu'il va découvrir ce nouveau monde qui s'offre à lui.
                Ca me fait un plaisir immense de pouvoir aider ce gamin. Une paire de lunettes en France, c'est somme toute banal, mais quelle richesse cela représente ici! Et au fur de mes échanges avec Marchel, je tente de combattre sa timidité et de l'ouvrir; rien qu'un sourire de sa part signifie beaucoup de choses.

               Avant de retrouver Chloé, je réalise que je dois retirer de l'argent avant de partir en vacances et faire exploser le porte monnaie. Arrêt à la BOA donc, mais la banque a des problèmes de connexion depuis quelques jours, ce qui les empêche de pouvoir délivrer de l'argent aux étrangers. Je retire de l'argent à peine tous les deux mois et il faut qu'il y ait des problèmes le jour où j'en ai besoin. Forcément! La pouasse quoi...

                Chloé et moi sommes encore dans une phase habillage. Nous faisons d'abord le marché au tissu pour choisir les étoffes puis nous faisons appel à une tailleuse professionnelle qu'Adeline nous a conseillé. Cette fois-ci, je n'ai pas le courage, ni le temps, de coudre moi-même mes vêtements. Et des habits sur mesures à des prix dérisoires, profitons-en, nous ne trouverons jamais cela en France!

                A midi: salade au "Sud". Décidément nous commençons à être connues dans tous les restaurants de Tana! Après avoir fait ami-ami avec le patron du "Tany-A", c'est au tour de celui-ci de nous reconnaître et discuter le bout de gras. Nous allons bientôt accéder au statut de VIP!

                Cet après midi, Chloé-la-coquette a un rendez vous chez la coiffeuse. Elle veut toujours être au top de l'élégance! Pendant ce temps Adèle-la-jemenfoutiste décide d'aller faire des courses au supermarché. Beaucoup moins excitant! Mais il se met à pleuvoir à grosses gouttes et ma motivation tombe à l'eau (!). Je préfère rester bien au sec dans la chambre d'hôtel à attendre Chloé qui arrive toute ruisselante. On ne dirait pas qu'elle sort du coiffeur, son brushing est complètement détruit!

            Ce soir nous reprenon les sorties culturelles au CCAC, ça faisait longtemps dis-donc! Nous ne voulons pas manquer ce spectacle de danse contemporaine présenté par la compagnie Pascal Montrouge. Superbe représentation, vraiment très beau spectacle. Les danseurs sont d'une endurance exceptionnelle et posent la question: jusqu'où peut-on pousser les limites physiques de son propre corp? C'est aussi un spectacle sur les thèmes de l'amour et la violence masculines, tout en légèreté et en montée en puissance des corps. Bref, d'une très belle expression artistique.

            Pour terminer cette journée en beauté, nous testons un nouveau restaurant: "Arirang". Cuisine coréenne. Epicé mais délicieux. Par contre nous capitulons après une guerre effrénée  avec les baguettes, nous sommes dans l'obligation de réclamer un couteau et une fourchette...
            A 22 heures nous sommes de retour à l'hôtel. De vraies mémés! Il faut dire que ça fait deux matins que nous nous levons à 5 heures du matin et ça commence à nous tirer sur les pattes. Et puis nous nous retrouvons un peu seules à Tana ce week end. Tous les vazaha que nous connaissions ont pris le large, -ou plutôt les airs-, vers la France, en particulier notre couple préféré: Adeline et Erwan. Bouh!

Samedi 24 mars 2007


               
En vrac:
-Petit déjeuner au Colbert
-Courses au Shoprite, cette fois-ci il ne pleut pas! Il fait plutôt un tant digne d'un été rayonnant.
-Petit saut à l'orphelinat pour faire un don de vêtements et de jeux. Trois poches pleines, nous allons faire des heureux!
-Grossiste en peinture pour terminer les achats en vue de l'atelier peinture de fresque avec les 6°. La première réaction du vendeur en nous voyant entrer: "Voilà l'immeuble! Ca y est vous avez terminé de le peindre?" Ben non gros bêta, nous venons justement acheter les pinceaux!!
-Marché de la Digue pour continuer les achats et les cadeaux. Nos proches vont être gâtés! Espérons seulement que tout tiendra dans les valises! Nous avons négocié un taxi pour la courses aller-retour. Mais après quelques centaines de mètres, stop! Chloé a oublié des choses à troquer à l'hôtel. Je la contamine, elle devient tête en l'air... Au retour, même topo! Après quelques centaines de mètres, stop! Elle se rend compte que la paire de chaussures qu'elle a acheté contient une sandale en 41 et l'autre en 44! C'est problématique tout de même. Alors demi-tour et échange express. En tout cas elle fait bien rire le chauffeur, qui doit nous prendre pour des délurées. Ce que nous sommes!!!

Voilà le début de nos vacances. Nous restons encore sur Tana demain dimanche car nous devons encore régler quelques détails de visa lundi matin. Après deux jours à Mahazaza, nous repartirons en vadrouille dans le nord du pays. Cap sur Majunga!

D'ici à notre retour je ne sais pas si j'aurai l'occasion de continuer mon journal inter-cyberal alors souhaitez moi bonne vacances. Et à la prochaine pour la suite des aventures! Et ne manquez surtout pas les nouvelles photos que je viens de publier.
Bonne vacances pour tous les petits veinards de mon espèce!

Mandra piona!
adèle

            

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16 mars 2007

 Et bien cela fait un bout de temps que je ne vous ai pas raconté ma vie ! Vous n’étiez pas trop inquiets j’espère ? Pas de panique, j’étais simplement partie en vacances, on peut se faire plaisir de temps en temps. Je ne vais pas pouvoir vous raconter en détails ses quinze jours de détente, et puis ce n’est pas trop en rapport avec le projet. Nous en profitons pour concilier travail et voyage, c’est pratique.

 Nous sommes donc parti à huit en direction du Sud de Madagascar, bien callés dans le minibus Mazda blanc et guidés par un excellent et adorable chauffeur du nom de Prosper, ce qui ne gâche rien. « Prosper, youpla boum, c’est le roi du macadam ! » Le pauvre a eu droit à cette rengaine durant deux semaines !

            Nous avons fait à peu près le même périple que lors de mon voyage avec mes parents, en longeant la RN7.

Tana-Antsirabe, avec un baptême de pousse pousse à travers la ville, sensations fortes assurées!

Antsirabe-Ranohira: randonnée dans le parc nationale d'Isalo et deuxième nuit dans l'un des plus beaux hôtels de Madagascar, "Le jardin du Roy". C'est le luxe total: des chambres immensément grandes, une piscine, tout cela dans un décor magnifique digne d'un western au farewest.

Ranohira-Tuléar

Tuléar-Anakao: plage paradiasiaque, nous nous baignons dans une eau agréablement chaude et clair ; de toute façon nous sommes mieux dans l'eau car il fait trop chaud. Et gare aux coups de soleil! Ballade en pirogue à voile jusqu'à la petite île déserte de Nocy Ve. Nos pirogiers partent à la pêche munis d'un masque et d'un harpon et nous préparent un délicieux pique nique aux poissons grillés accompagnés de riz.

Anakao-Ranomafana: randonnée dans le parc national de Ranomafana. Après cela, nous ne pouvons malheureusement pas nous prélasser aux thermes avec des massages et une séance baignade dans la piscine d'eau chaude car c'est la fermeture hebdomadaire. Nous nous contentons d'un petit tour dans le village: ambiance paisible et rencontre de la population.

Ranomafana-Fianarantsoa:le moment tant attendu du séjour: le trajet en train jusqu'à Manakara. Mais le projet tombe à l'eau en raison de problèmes sur la voie de chemin de fer. Nous sommes vraiment très déçus! Nous restons à Fianarantsoa pour en visiter les alentours: plantations de thé Sahambavy; visite de l'ONG Bel Avenir en compagnie de Jean-Claude, un bénévoles, qui nous fait découvrir une ferme pédagogique exceptionnelle; Arrêt dans un village pour participer à la petite fête forraine, avec tour de manège à la clé pour certains. Manège très typique: tout en bois et tout à la main, ce sont les hommes qui poussent pour faire tourner la machine. Le hic: Dominique, le papa de Chloé, est très malade. Il nous fait une crise d'urticaire carabinée; il a des boutons rouges sur tout le corps et gonfle, c'est pas joli à voir. Le médecin est tout de même obligé de lui faire des piqûres de cortisone! Il évite de peu l'hospitalisation, ouf!

Fianarantsoa-Antsirabe-Tana: La capitale, dernière étape du périple. C'est notre fief avec Chloé! Passage obligé par le marché de la Digue pour que tout le monde fasse pleins d'achats de souvenirs. Comme toujours, ça marchande dur! Puis visite du quartier du père Pedro. Ce religieux italien oeuvre depuis des années auprès des plus démunis, et a notamment fait beaucoup pour les familles vivant dans la rue. Il leur a fait construire leurs propres logements et les a inséré dans le monde du travail, notamment avec l'artisanat. Ces gens vivent désormais paisiblement dans ces quartiers bien tenus. Ca donne de l'espoir pour le pays tout ça!

 

Lundi 12 mars 2007

 

 

 C’est le grand départ pour la famille de Chloé et leurs amis. Chloé et moi allons nous trouver tout d’un coup bien seules après quinze jours entourées de six personnes ! Ca va tout de même faire un vide…

 Nous levons comme les poules, -et même avant elles !-, et parton pour l’aéroport aux alentours de 4 heures 30. Le réveil est très dur ! A Ivato, une fois l’enregistrement des bagages effectués, tout le monde se retrouve pour les derniers moments passés ensembles. Mais très vite la jolie voix de l’hôtesse nous ramène à la réalité en appelant les passagers à se rendre en salle d’embarquement. Les adieux sont difficiles, avec beaucoup de larmes ; Chloé, Claudie, moi et Dominique (ne te caches pas on t’a vu !) pleurons comme des baleines !

 Prosper ramène gentiment les deux âmes en peine en ville. Nous exorcisons notre cafard en discutant beaucoup toutes les deux dans le minibus.

 

 Comme la chambre d’hôtel est payée jusqu’à midi, nous retournons nous coucher trois petites heures pour ne nous relever qu’à 11 heures 30, toujours aussi nazes…

 La faim commence à se faire sentir donc direction le buffet du Sakamanga : rien de tel pour se refaire une santé ! Nous y faisons la rencontre de Myriam, une infirmière en vacances qui part rejoindre des amis dans le nord du pays. Nous déjeunons ensembles toutes les trois en nous quittons en espérant la revoir à la fin de son séjour à Madagascar.

 C’est parti pour deux heures sur internet pour lire les nombreuses nouvelles que les gens m’ont laissées pendant mon absence. J’ai reçu plein de message, ça me réchauffe le cœur.

 Aujourd’hui, j’ai un peu la tête en France entre le départ des six vazaha et les nouvelles de tous les amis…

 

 C’est donc dur de rentrer sur Mahazaza, dans notre petit appartement. Comme à chaque fois que les français nous quittent, nous n’avons pas envie de reprendre le rythme quotidien.

 Mais demain je suis sûre que ça ira mieux ; ce sera reparti comme en l’an 40 lorsqie nous retrouverons nos élèves chéris.

 

 

Mardi 13 mars 2007

 

 

 Nous avons pas mal de sommeil en retard et comme nous n’avons pas de cours ce matin, nous en profitons pour faire une grosse grasse matinée jusqu’à 8 heures 30. Ca faisait longtemps qu’on ne s’était pas levé si tard ! C’est dur de se motiver à reprendre le travail après avoir été totalement déconnectées pendant deux semaines.

 

 Nous attendons la sonnerie de 13 heures 30 annonçant la reprise des cours mais celle-ci n’arrive jamais. Ce n’est pas comme ça que nous allons nous remotiver ! Comme nous n’avons pas très envie de travailler, cela nous arrange un peu et nous ne cherchons pas à en savoir plus ; nous attendons tranquillement à l’appartement. A 15 heures, le sifflet nous rappelle en fin à l’ordre, il est temps de descendre retrouver les 5°I pour une petite demie heure de cours.

 L’explication de ce retard nous est donnée : réunion avec un inspecteur de l’éducation nationale. Nous n’avons pas été conviée et cela ne nous vexe pas, bien au contraire, nous ne comprenons toujours pas les palabres interminables en malgache. Comme d’habitude ce sont les élèves qui en pâtissent, ça ne changera donc jamais.

 Avec les 5°I, nous avons juste le temps de distribuer les appareils jetables au deuxième groupe de photographes en herbe. Nous demandons aux élèves du groupe précédant ce qu’ils ont pris en photo histoire de les faire parler un peu à l’oral avant que la récréation ne sonne.

 Il est ensuite temps de rejoindre les 5°II avec lesquels, après avoir également distribué les appareils photos, nous entamons un exercice de conjugaison. Puis nous avons l’idée de leur apprendre une chanson pour la journée de la francophonie ; nous laissons donc tomber le sérieux pour entonner « La petite mandarine ». Les élèves adorent le « choubidoubidouha », et c’est parti pour un brouhaha en chanson.

 

 Une journée de travail bien vite passée et pas très productive je dois l’avouer… Nous apportons notre linge sale à Mme Volona, qui le confiera à notre nouvelle laveuse, puis passons une fin de journée paisible à l’appartement. M. Julien et Mme Lylie viennent nous rendre visite mais entament un sujet qui fâche : la mise en place d’un projet photo avec le club CArtES, une copie conforme du travail que nous effectuons avec les 5°. Je ne vais pas m’étaler sur le sujet car je risquerais de me mettre très en colère, mais nous sommes un peu vexées que cette initiative soit reprise à notre insu et trouvons ridicules de monter deux projets identiques en même temps. Je me demande même si l’idée n’a pas été pêchée sur mon blog… Ce serait petit… Puis nous abordons le départ en France de M. Julien. Il est invité par l’association Dona Kelly de Saint Jean de Monts et devrai s’envoler dans quinze jours, tous frais payés. Je sens qu’il angoisse un peu de ce voyage, une grande première pour lui, et sa préparation occupe ses journées entières. A tel point qu’il en oublie ses cours !

 

 

Mercredi 14 mars 2007 Bonne fête petite soeurette !

 

 

 Je m’en doutais ! Je l’avais même dit à Clémence. J’avais à ma disposition de vrais sanitaires tout confort durant quinze jours et j’ai trouvé le moyen d’être constipée. Et j’étais sûre que de retour à Mahazaza, c’est-à-dire n’ayant pour seuls toilettes qu’un trou de fortune, la diarrhée referait surface. A peine deux jours que je suis ici et voilà qui est fait ! Chiasse un jour, chiasse toujours, notre slogan reste d’actualité. Ce sont donc mes problèmes de transit qui me tirent du lit ce matin, ce n’est pas le meilleur réveil que je connaisse…

 De toute façon il est 7 heures 45 et il est temps de se remettre dans le bain de la vie active. Lorsque la récréation de 9 heures sonne, je me rends à la bibliothèque pour assurer seule la permanence ; Chloé flémarde aujourd’hui. Mais à ma grande surprise, je n’ai pas une seule visite d’enfants souhaitant emprunter un livre ! Nous avons pourtant été habituées à une razzia chaque semaine. Les collégiens n’ont pas encore percuté que nous sommes rentrées de vacances et que le cours normal des choses a repris… Je remonte donc bredouille à l’appartement.

 

 A la permanence de 11 heures, même scénario. Décidément ! Nous allons devoir faire une annonce publicitaire lundi matin pour retrouver une fréquentation normale de la bibliothèque. Chloé et moi nous mettons à discuter des projets de fin d’année car nous réalisons que le calendrier est serré : il ne nous reste plus beaucoup de semaines de cours. Nous allons devoir mettre les bouchées doubles si nous ne voulons pas nous faire rattraper par le temps. Mais nous sommes des filles organisées et tout ce que nous avons entrepris va se traduire par un succès, j’en suis certaine.

 Aujourd’hui nous boycottons le club CArtES, c’est notre manière à nous de protester contre le projet photo qui nous a été volé, sans pour autant semer la zizanie.

 

 A 13 heures 30, nous demandons à M. Désiré de convoquer les professeurs pour une réunion ; nous avons beaucoup de choses à aborder avec l’ensemble de nos collègues, et nous savons que nous ne pourrons jamais les réunir en dehors des heures de cours. Et tant pis pour le cours d’anglais avec les 6°I, je n’ai qu’à moitié envie de l’assurer et de toute façon je n’ai encore rien prévu.

 Tout d’abord nous discutons de la journée de la francophonie. Il serait peut être temps d’organiser quelque chose, nous ne sommes plus qu’à une petite semaine de l’évènement ! (c’est mardi 20 mars) Chloé et moi présentons les sept stands que nous souhaitons mettre en place : jeu des douaniers et contrebandiers, course aux pommes de terre, p’ti bac, kim goût, maquillage et relai locomotive. Ca ne vous parle peut être pas tellement tous ces nom de jeux, mais en gros nous avons prévu des activités variant entre le sport, l’adresse, la réflexion, la rapidité, la création et bien sûr la pratique du français. Il nous reste maintenant à dispatcher deux professeurs par stand qui en auront l’entière gérance, constituer l’organisation des équipes, des récompenses et du déroulement de la journée. Le problème est que les professeurs doivent s’impliquer pleinement dans ce projet, et ce n’est pas gagné du tout. Nous ne ressentons aucune motivation de leur part, ils sont plutôt amorphes et passifs. Nous ne pouvons pourtant pas assumer seules le bon déroulement de cette journée ! Je tente un ultime regain d’intérêt : si vous avez des idées, des propositions ou des suggestions, n’hésitez pas, nous sommes preneuses ! Aucune réaction, je fais un flope total…

 En revanche, lorsque nous abordons la sortie à la capitale avec les classes de 4°, nous avons affaire à des oreilles beaucoup plus attentives. Nous sommes à la recherche d’accompagnateurs pour les deux mercredis mobilisés et évidemment, lorsqu’il s’agit de faire un voyage à la ville tous frais payés, tout le monde est preneur. Je suis peut être mauvaise langue mais je crains que cela ne soit la triste réalité… Absolument tous les professeurs sont volontaires ! Nous n’avons jamais été habituées à ça ! Mais réjouissons nous, ce n’est pas tous les jours que les professeurs font preuve d’un tel enthousiasme. Il va maintenant falloir assurer l’encadrement les cocos !

 

 Après la récréation, je me décide enfin à me mettre au travail, -il serait peut être temps !-, et entame le cours d’anglais avec les 6°II. Je ne sais pas pourquoi je n’avais pas envie de rejoindre les enfants tout à l’heure car dès les premières minutes dans la classe en leur compagnie, je retrouve ma bonne humeur et mon énergie. C’est parti : ready to work ! C’est toujours comme ça, je suis bête en plus je le sais, la simple vision de toutes ces bouilles me remotive pour la journée. J’aurai été mieux avec les 6°I qu’en réunion avec des gens mous du genou. Le cours d’anglais se passe donc, ce qui n’a pas toujours été le cas. La leçon est simple et je peux aisément leur faire effectuer des exercices sans m’épuiser à chercher un moyen de me faire comprendre.

 

 Grâce aux élèves, je termine donc la journée d’une humeur radieuse et m’atèle à mon écriture, interrompue à deux reprises par le dîner aux concombres-carottes et la visite prolongée de M. Julien et Mme Lylie.

 

 Aujourd’hui Chloé et moi plaisantons sur les différentes casquettes que les malgaches nous font porter, quoique cela devienne de plus en plus agaçant. Après avois joué les pharmaciennes, nous refusons désormais de délivrer des médicaments, nous ne sommes pas du tout qualifiées pour cela. Mais maintenant nous jouons aux banquières en prêtant de l’argent pour la deuxième fois à Michel, et au Secours Populaire, carrément ! Voilà t’y pas que Mme Volona nous réclame des vêtements pour son mari Martial. Il commmence à y avoir de l’abus dans l’air ! Et vu la corpulence du bonhomme, avec sa bedaine bine rebondie, je doute fort que nous ayons de quoi l’habiller ! Je ne sais pas comment la professeur a su que les parents de Chloé ont rapporté un bon barda d’habits à donner, mais il faut qu’elle comprenne que ça ne leur est pas du tout destiné, je pense que les orphelinats et autres structures sociales en ont beaucoup plus besoin.

 

 J’en reviens toujours à l’éternelle interrogation sur le don : faut-il donner gratuitement et sans réfléchir ? La question se pose réellement, et pour ma part je n’en suis pas si sûre. Il est vrai que face à toute cette misère, nous occidentaux sommes amenés à nous dire que donner ne nous coûte rien. Mais par cette attitude, nous alimentons également la mendicité et ce n’est pas avec de telles pratiques que nous aiderons les populations à s’en sortir par elles-mêmes. Au contraire, nous les enfermons dans une sorte d’attente vis-à-vis des plus riches, qui annihile leur capacité à agir. Cet exemple tout simple illustre bien ce problème, présent à différentes échelles : lorsqu’un vazaha est invité dans une famille malgache, il se doit d’apporter un petit cadeau pour chacun de ses membres. Au-delà du fait de vouloir faire plaisir, c’est aussi parce que les gens ont pris l’habitude de recevoir quelque chose et sont donc dans l’attente.

 Je ne dis pas que je ne donne jamais de manière désintéressée, je suis humaine tout de même, et ma sensibilité face à la misère me rattrape souvent, mais je tente de faire la part des choses. Je ne donne pas délibérément et, dans la mesure du possible, j’en fais un acte réfléchi (par exemple je donnerai plus facilement à une structure telle qu’un orphelinat) ou un échange (contre un service rendu par exemple).

 Et puis des fois, je me demande si ces dons ne cachent pas très profond un aussi de se déculpabiliser de notre situation privilégiée face à toute cette pauvreté. C’est pourquoi je ne donne pas systématiquement et préfère œuvrer différemment en offrant mon temps et mes connaissances, les conséquences en étant beaucoup plus bénéfiques sur bien des points.

vendredi 16 mars 2007

Droit de réponse au commentaire d'Olivier au sujet du prix du taxi:

        Le prix d'une course de taxi est fixé à l'avance et je considère que ce n'est pas de ma responsabilité si le chauffeur ne connait pas Tana pour nous emmener au bon endroit. Je ne suis pas sensée mieux connaitre la ville que lui, bien au contraire!

        De plus, je ne suis pas du tout pour la pratique d'effectuer des prix malgaches et des prix vazaha. Je réside à Madagascar pendant six mois, donc je ne vois pas pourquoi je paierai tout plus cher. Ajoutez à cela que je travaille ici en tant que bénévole, c'est-à-dire sans aucun salaire. J'ai choisi de participer au développement de Madagascar à mon échelle, et par un autre moyen qu'en distribuant de l'argent. Je préfère offrir mon temps et mes connaissances (beaucoup plus importants que mes ressources financières!) dans un domaine qui me touche et dans un but de pérennisation à long terme.

       Enfin, je ne suis pas sûre, -même si je ne suis pas assez calée dans le domaine pour l'affirmer-, que ce genre de pratique soit bénéfique pour l'économie du pays. A long terme, cela ne pourrait-il pas entrainer des conséquences néfastes pour les malgaches eux-mêmes, en terme d'augmentation générale du coût de la vie?

        Quoiqu'il en soit, il est vrai qu'il n'est pas toujours facile de faire la part des choses lorsqu'on est un occidental issu d'un pays riche dans ce genre de contrée. C'est parfois très difficile de faire face à toute cette misère qui nous saute en pleine figure. Mais soyons réalistes, nous ne pouvons pas porter toute la misère du monde sur notre dos. C'est un questionnement difficile. Il est sûr que si je pouvais éradiquer toute la pauvreté sur terre je le ferai, comme vous tous, mais ce n'est pas le cas. Donc réfléchissons à des moyens intelligents de contribuer à un monde meilleur. Alors je me demande simplement cela: qu'est ce que j'aurai apporté de réellement concret à ce chauffeur de taxi en lui donnant 1000 ariary de plus (en sachant que j'ai payé le prix normal d'une course)? Bien sûr je lui aurait apporté un petit plus, mais pour que cela ait un sens, il aurait fallu que tous les clients donnent plus, tous les jours, et à tout le monde.

        Je terminerai par un avis à tous les lecteurs: n'oubliez pas de lire mes petits papiers avec toujours une pointe d'humour!


 

 

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27 février 2007

Samedi 24 Février 2007

 

 Nous commençons la journée par un peu de shopping, histoire de se faire plaisir et de dépenser quelques ariary. Je souhaite faire les fripes du marché aux tissus et demande à Chloé de m’accompagner pour jouer la conseillère en habillement.

Le taxi nous conduisant jusqu’à 67 Hectares ne sait pas où se trouve le marché aux tissus (qui est pourtant immense) et ce sont les vazaha qui le guident dans sa propre ville. C’est le monde à l’envers ! Après quelques détours et demi tours, nous arrivons enfin à destination. Le chauffeur de taxi se plaint d’avoir utilisé du carburant pour rien, mais je lui cloue rapidement le bec en renchérissant que c’est son métier de nous conduire et non l’inverse ; et il ne va pas chipoter pour quelques centaines de mètres supplémentaires ! Il ne doit pas comprendre la moitié de ce que je déblatère mais ça a tout de même son petit effet et nous ne l’entendons plus ronchonner.

Nous sommes au marché pour qu’Adèle fasse des emplettes et c’est finalement Chloé qui en sort les bras chargés de deux robes kitch à souhait. La chasse n’a pas été bonne pour moi. Puis Chloé cherche un tissu pour se tailler un débardeur, mais impossible de retrouver le lieu qui nous intéresse. Ce marché est un tel labyrinthe que nous sommes à chaque fois complètement perdue, bien que ce ne soit pas la première fois que nous y mettons les pieds. Et le samedi, c’est un vrai calvaire de se déplacer dans les minuscules allées jonchées de boue et de flaques d’eau, à travers cette foule impressionnante. Chloé perd peu à peu patiente : « Azafady !! » (« pardon ! ») répète-t-elle sèchement devant chaque obstacle humain.

 

Une fois sorties de ce bourbier, nous rejoignons Adeline et Erwan : nous sommes tous les quatre invités à déjeuner chez Lala et Jacques, la sœur d’Henry et son mari. Ils vivent trois mois de l’année à Madagascar, dans un petit appartement coquet du quartier d’Isotry, jouxtant celui d’Henry. Du troisième étage, nous avons une vue magnifique sue les marchés environnants, et par ce beau temps, j’en profite pour faire quelques photos.

Nous nous éternisons après ce repas trop copieux, -comme d’habitude-, et discutons quelques heures pour occuper la digestion. Lala est vraiment une femme extraordinaire ; sous ses airs de bourgeoise tirée à quatre épingles, elle cache une âme d’éternelle baroudeuse qui n’a pas froid aux yeux. Elle nous fait beaucoup rigoler en nous narrant ses aventures et épisodes d’audace aux quatre coins du monde.

 

A force de palabres, l’après midi est déjà bien avancé et Chloé rate son rendez vous massage chez Homéopharma. Tant pis pour le petit plaisir ! Je vais passer quelques heures sur internet pendant que Chloé, épuisée par la soirée bien arrosée de la veille, rentre se reposer à l’hôtel. Les deux kinés et moi ne la sortons de sa torpeur qu’à 21h30, pour continuer à nous remplir le ventre avec un délicieux dîner au Kudeta. Comme à chaque fois, le repas s’éternise et tout le monde est ravi de retrouver son lit douillé.

 

 

 

Dimanche 25 février 2007

 

 Encore une nuit seule à Mahazaza. Chloé est restée à Tana attendre l’arrivée de ses parents prévue demain matin. Mais je viens d’apprendre que deux cyclones pointent le bout de leur nez sur les côtes est et ouest de Mada, ce qui a pour conséquence de retarder l’atterrissage de deux heures. Nous sommes cernés par les intempéries ! Et la malchance nous poursuit… L’impatience de Chloé de revoir sa famille va être mise à rude épreuve. Espérons seulement que ces deux cyclones, qui s’avèrent d’une violente intensité, ne perturbent pas notre voyage dans le sud du pays.

 

 Episode Visa également très peu concluant. Le maire de Mahazaza ne peut pas nous fournir de récépissé mais a simplement la possibilité de certifier les documents à fournir pour la demande de prolongation de Visa. Nous devons donc absolument constituer le dossier avec toutes les pièces justificatives demain pour pouvoir le déposer dès mardi au ministère de l’intérieur. Ce n’est qu’à la restitution de la demande que le récépissé peut nous être fourni et nous en avons impérativement besoin pour nous déplacer en toute légalité. Le compte à rebours est donc lancé !

 

 Chloé et moi nous rendons ce matin chez Mme Lylie pour une séance cuisine. Nous devons confectionner ensemble des gâteaux au chocolat pour l’anniversaire de la sœur de Chloé. Mais toute la petite famille est à la messe et nous devons e-attendre que le Seigneur nous la rende pour entamer la mission culinaire.

 Je reste chez les Julien car ils me ramènent à Mahazaza en voiture ; chouette, au moins un dimanche où je ne serai pas en galère de transport à Mahitsy ! Mais au lieu d’attendre le taxi brousse, je poireaute à Tana le temps que mes chauffeurs préparent leurs affaires. Lorsque la voiture est pleine à craquer, nous pouvons nous mettre en route et je profite de ces quelques heures de trajet pour piquer un gros somme.

 

 Il se met à pleuvoir lorsque nous arrivons à Mahazaza, c’est navrant après ces quelques jours de soleil radieux. Et ça tombe mal avant l’arrivée des vacanciers. Je mets au point une solution à notre problème de Visa avec M. Désiré puis chacun rentre chez soi. Je m’atèle à une petite lessive puis au remplissage des formulaires administratifs. Je retrouve avec plaisir un plat de pâtes à la vache qui rie et passe une soirée en solitaire à l’appartement. Quelques dernières heures de calme avant l’investissement des lieux par les six nouveaux arrivants !

Mardi 27 février 2007
14h00

          
Toute la troupe est arrivée hier après midi, tout le monde s'impatiente et tout est prêt pour les accueillir: le repas est sur la table, les ballons de baudruche sont gonflés pour l'anniversaire de Canelle. Les français trouvent le moyen d'arriver en plein milieu de la récréation; le taxi brousse entre dans la cours pour les déposer au plus près, mais ils peuvent à peine descendre du véhicule, innondé par une marée humaine! Les collégiens leur font un accueil triomphal pour les mettre dans l'ambiance sans plus attendre. Les deux adolescentes ont déjà des prétendants! Après un bain de foule, toute la troupe rentre au calme pour déjeuner (à 15 heures tout de même...) puis c'est le déballage des sacs. Ils en ont ramené des choses! Pour nous (petits cadeaux), pour les enfants, pour les grands. L'appartement est pris d'assaut, il y en a partout et nous ne savons plus où mettre les pieds!
    Cette première journée présage un voyage à huit dans la bonne humeur et la décadence!

        Bon, mais vous devez vous demander pourquoi je me trouve à Tana aujourd'hui, un mardi, en pleine semaine, alors qu'en plus Chloé et sa famille sont à Mahazaza. Petit indice: ça me met dans une humeur massacrante. Et je me rattrape sur une assiette de frite. Alors? Les visa bien sûr!! Il va falloir que cette histoire se règle au plus vite car je suis au bord de  la crise de nerfs...
        Donc je me lève à 5 heures du matin et pars pour Tana. Je finalise les derniers papiers et mets des photos  d'identité à développer. Je patiente... Le tirage des photos a échoué! Ca commence bien. Je n'ai pas le temps d'aller chez un autre photographe, je crains que le ministère de l'intéreur ne ferme. Je file donc déposer le dossier chez le responsable du service des visas mais ce monsieur refuse de prendre mon dossier incomplet. Et de toute façon, m'annonce-t-il aimablement, il faut un délai de 48 heures pour qu'on nous fournisse un récépissé. C'est impossible, nous partons en vacances demain matin!!
        Je sors totalement dépitée du bureau du ministère, et désemparée: que faire? Je tente le tout pour le tout, de toute façon je n'ai rien à perdre, et pars demander secours au chef de la police que j'ai rencontré la semaine dernière. Il me reconnaît tout de suite et accepte de m'aider. Il me suffit de ramener le dossier complet cet après midi et il se débrouillera pour que les récépissés soient faits demain matin. Quoique suffir est un bien grand mot: il me reste à rententer un développement de photos, rédiger une lettre de motivation au nom de Chloé et signer à sa place, sur les conseils, vous ne me croirez jamais, du boss des flics!!
        Je suis donc actuellement en train d'attendre les précieuses photos d'identité, puis retour à la case départ. Bureau de monsieur le policier, bureau de monsieur le responsable du ministère, et, j'espère, la providence. Sinon les amis, je suis obligée d'attendre les papiers à Tana pendant que les autres s'éclatent en vacances (quoique pas sûr que Chloé puisse partir), et c'est la dépression nerveuse assurée!
        Je suis épuisée... Et seule dans ce pétrain...

La suite des épisodes fastidieux dans deux semaines je l'espère.

Bise à tous. J'attends de vos nouvelles.

hasta luego!

Adèle

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24 février 2007

Vendredi 16 février 2007

 

 

 Je pars sur Tana avec une multitude de choses à faire en tête : banque, poste, chaussures, hôpital, internet, … Mais le temps de trajet en taxi brousse et la pluie, -infatigable, inébranlable, éternellement navrante-, nous retardent et nous ne sommes opérationnelles qu’en fin de matinée. Je pars directement à la BOA (Bank Of Africa) faire une demande de retrait au guichet car je sais que l’opération va nécessiter au moins trois heures d’attente. Chloé se rend à la poste et chez le photographe puis nous prenons notre courage à deux mains pour marcher sous les trombes d’eau jusqu’au marché couvert, où je dois récupérer mes chaussures en réparation. De toute façon nous sommes déjà bonnes à essorer donc il est trop tard pour nous restreindre dans nos mouvements. Chloé a beau avoir prévu l’imperméable, elle est aussi trempée que moi qui n’ai aucune protection !

 

 Le marché couvert porte très mal son nom les jours de pluie car nous n’y sommes absolument pas à l’abri. Les toits de fortune, faits de bâches ou de taules, sont totalement inutiles : ils laissent tomber d’énormes gouttières le long des allées. Il faut alors slalomer entre l’eau qui ruisselle abondamment, les mares d’eau sur le sol, et les gens. Un vrai parcours du combattant !

Plus les minutes passent, plus il pleut fort et plus nous commençons à nous dire que nous allons être bloquées dans notre programme. La pluie à Tana, c’est une calamité, en raison d’un système d’évacuation d’eau déplorable, voire inexistant. Ajoutez à cela une voirie défoncée, et on se retrouve vite les pieds dans l’eau.

 

En sortant du marché couvert, nous n’avons pas le courage de tout remonter à pied, nous prenons un taxi, direction Le Sakamanga (traduction : « le chat bleu » !). Avec ce temps, nous n’avons qu’une chose à faire : se réconforter autour d’un délicieux buffet froid à volonté. Nous arrivons tout de même tôt au restaurant et n’avons pas trop faim. Nous commençons par un ti-punch en guise d’apéritif ; de toute nous avons tout notre temps. Chloé et moi partons dans une grande discussion, on croirait qu’on ne s’est pas vu depuis six mois ! Nous jactons, nous jactons, nous prenons un deuxième ti-punch, nous jactons, nous buvons… Il faudrait peut être commencer à manger où nous allons finir complètement pompettes ! Cet apéritif nous a ouvert l’appétit et nous nous faisons éclater la panse avec plaisir.

 

 Mais l’heure tourne et je réagis un peu tard que j’avais rendez vous à 14 heures à la banque pour récupérer mon argent. Branle bat de combat, nous montons dans un taxi, qui doit d’abord déposer le premier client, donc petit détour. Ensuite le chauffeur se trompe de BOA. Demi tour, et plus une minute à perdre, l’agence ferme à 15 heures. Mais voilà que nous nous retrouvons dans les embouteillages ; « chauffeur, si t’es champion, appuie, appuie,… » (nous adorons chanter ça dans le taxi, ça fait toujours beaucoup rire les chauffeurs). Après cette course effrénée, j’arrive à 14 heures 55 précises à la banque, ouf !

 

Le taxi nous attend pour ensuite nous déposer à l’hôpital de Tana. Je me ballade avec une liasse de deux millions d’ariary dans mon sac, la prudence s’impose ! A l’hôpital Befelatanana, nous nous rendons dans ce qui fait office d’accueil pour nous renseigner. C’est un hôpital ça ? Finalement le service d’ophtalmologie se trouve à l’hôpital Saint Joseph, à quelques rues de là. Notre taxi est déjà parti, nous irons donc à pied. Nous découvrons un quartier de Tana que nous ne connaissions pas encore, et traversons le joli marché aux fleurs, qui regorge de couleurs et de plantes épatantes. Nous trouvons enfin l’hôpital et essayons de suivre les panneaux pour accéder au service que nous cherchons. Nous nous perdons dans les indications, ce qui nous amène à visiter une bonne partie des locaux.

C’est la première fois que nous mettons les pieds dans un hôpital malgache et réalisons très vite que nous n’avons pas intérêt à avoir besoin d’y séjourner. Ces couloirs glauques et insalubres nous retournent le cœur et nous ne nous sentons pas très bien. Nous déambulons à la recherche d’un ophtalmologue mais atterrissons dans le service de chirurgie-traumatologie. Il n’y a pas un personnel hospitalier à l’horizon pour nous guider. Quelques portes ouvertes nous laissent entrevoir des chambres précaires où s’entassent des malades, et des salles de soin totalement dépourvues d’hygiène et de matériel. A la vue de la porte close du bloc opératoire, je n’ose même pas imaginer ce qui se trouve derrière et nous préférons bien  vite rebrousser chemin, et sortir coûte que coûte de cet endroit.

Après un long périple dans ce dédale de couloirs à la quête de renseignements s’avérant plus flous les uns que les autres, nous trouvons enfin le service d’ophtalmologie, qui s’avère en fait se trouver au point de départ de nos recherches… Nous sommes montées au troisième étage (chirurgie), redescendues au rez-de-chaussée, pour nous entendre dire qu’il faut remonter, passées par les urgences, la pharmacie, avons longé la cafétéria, traversé un parking, et nous y sommes enfin ! Nous avons littéralement fait le tour du bâtiment !

Nous approchons de l’unique bureau qui meuble le grand hall pour expliquer à la femme (la secrétaire ?) que nous souhaitons prendre un rendez vous pour un petit garçon. Cette dernière nous réclame un carnet. Un carnet de santé ? Non, un simple petit carnet, que nous trouverons en vente à la cafétéria. Et c’est reparti, demi tour, marche ! Après toutes ces péripéties, nous finissons enfin par avoir un rendez vous avec l’ophtalmologue pour la semaine prochaine. La consultation est gratuite, nous aurons simplement à payer la fiche de suivie du médecin moyennant 100 ariary.

 

Nous ne sommes pas mécontentes de sortir de cet hôpital, où les conditions matérielles et sanitaires ainsi que l’ambiance sont tellement inimaginables qu’il est difficile de les décrire. Les peintures qui se décollent, les fils électriques qui pendent, les portes qui ne ferment plus, les lits déglingués, les couloirs déserts, le manque flagrant de personnel hospitalier, les malades totalement démunis, le temps qui semble arrêté …On ne peut pas ressortir indifférent d’un tel endroit et cette « visite » me marquera à jamais.

 

 Nous avons besoin de nous détendre et décidons de rentrer tranquillement. Le taxi nous dépose dans une rue commerçante et nous flânons dans les magasins d’artisanat, malgré la pluie toujours fidèle au poste. L’après midi est déjà bien avancé et nous n’avons que peu de temps pour faire un tour sur internet. Puis je discute en compagnie d’Adeline, Erwan et Noémie autour d’un apéritif. L’Outcool Café se remplie petit à petit, j’aime bien cette ambiance de début de soirée. Quand Chloé se décide à détacher ses yeux de l’ordinateur, nous pouvons partir au restaurant. Adeline et Erwan nous font découvrir le Tany-a, que je classerais en tête du palmarès rapport qualité-prix. La décoration est vraiment sympa, la cuisine excellente et pas chère, un mini orchestre nous ravie les oreilles toute la soirée, et le patron est adorable, -et malgache-, ce qui ne gâche rien.

Nous passons une agréable soirée jusqu’au moment où Chloé fond en armes après avoir eu son chéri au téléphone. Bon gros coup de cafard. Je sens qu’il est temps pour nous d’écourter les festivités et de rentrer nous coucher, Chloé a besoin de reprendre ses esprits au calme et de faire le point. J’essaie de la faire parler pour qu’elle extériorise tout ce mal être et nous passons une bonne partie de la nuit à discuter dans le lit. Cela nous fait beaucoup de bien à toutes les deux.

Chloé vit une situation difficile, loin de celui qu’elle aime pendant six mois, -ce n’est pas rien tout de même !-, et je l’admire beaucoup pour son courage. Elle a la force morale pour s’investir pleinement dans son projet, malgré ce manque ; il est normal et complètement humain qu’elle craque à un moment donné. Et puis en dépit des coups durs, elle a la lucidité d’avoir conscience que cette expérience difficile, tant par les conditions de vie que par l’éloignement de ses proches, n’aura en définitive que des conséquences extrêmement positives pour elle-même et pour la force de son couple.

 

 

 

Samedi 17 février 2007

 

 

 Nous ne sommes pas en avance ce matin. Après un petit déjeuner au Shalimar (cette semaine, pas d’hôtel Colbert, il faut varier un peu), Chloé et moi nous empressons de grimper dans le taxi brousse. Nous devons nous rendre à la bijouterie Ether qui se trouve à Talatamaty, à environ quarante minutes de Tana, afin de récupérer les bijoux que nous avons commandés. Face à la patronne, nous ne nous démontons pas et tentons de négocier les prix que nous trouvons un peu excessifs. Et puis avec tous les articles que nous lui achetons, elle peut faire un geste commercial tout de même ! A Mada, le marchandage est de mise dans toutes les situations et pour n’importe quel achat, même dans un magasin chic.

 

 De retour à Tana en fin de matinée, je me sépare de Chloé qui a rendez vous avec Mme Lylie pour finaliser l’organisation des repas pour l’arrivée de ses parents. En attendant de la rejoindre ainsi qu’Adeline et Erwan pour déjeuner, je passe au CCAC pour communiquer mon nouveau numéro de téléphone à l’animateur culturel avec qui je suis en contact. Puis je vais discuter sur MSN à l’Outcool Café, où nous nous retrouvons tous les quatre pour déjeuner aux alentours de 14 heures.

 

 Je pars ensuite pour Jumbo Score avec Erwan. C’est la première fois que je me retrouve au supermarché avec un mal voyant, et je dois apprendre à guider Erwan pour ses achats. C’est là que je me rends compte qu’il y a toujours une multitude de choix pour un même produit et cela doit être un casse tête pour lui lorsqu’il se retrouve seul face à un rayon ! Je lui énumère donc tout ce qu’il ne peut pas lire et il me suit à travers le magasin.

 

 Il est déjà tard lorsque nous sommes de retour au centre ville et il me reste encore plein de choses à écrire sur internet. Mais la ville est plongée dans une coupure d’électricité qui nous bloque littéralement dans nos projets. Nous rejoignons donc Adeline et Chloé à l’hôtel où nous passons un moment à flâner à la lueur de la bougie, en attendant que le courant revienne. Puis nous affrontons de nouveau la pluie pour s’installer devant les ordinateurs de l’Outcool. Il faut en profiter, il y a de l’électricité, mais pour combien de temps ? Je rame complètement sur internet, entre les bugs de l’ordinateur et les coupures, je suis prête à tout laisser tomber. Mais ma persévérance est récompensée : j’ai le plaisir de discuter sur MSN instantanément avec Aurore, Ann et Chloé pour une conversation à quatre totalement délurée. Les grandes copines se retrouvent toutes réunies ! Les deux cocktails que je sirote finissent de me mettre complètement en joie.

 

 Nous terminons la soirée autour d’un dîner au Sakamanga, où Henry nous rejoint pour une bonne partie de rigolade. Nous faisons la fermeture du restaurant ; nous sommes les derniers à quitter les lieux et les serveurs ne sont pas mécontents lorsque nous nous décidons enfin à les laisser tranquille.

 

 

Dimanche 17 février 2007

 

 

Nous n’avons pas eu une goutte de pluie durant toute la journée, incroyable ! Je ne sais pas depuis combien de temps ça n’est pas arrivé mais nous commencions à désespérer, d’autant plus que ces derniers jours la pluie a été particulièrement soutenue. Nous avons donc pu profiter d’un soleil radieux, avec un temps ni trop chaud, ni trop froid ; parfait quoi.

 

Ce matin donc, après un petit déjeuner au salon de thé Blanche Neige, Chloé et moi rentrons tranquillement à l’hôtel en faisant un gros détour pour pouvoir profiter au maximum du soleil revitalisant. Depuis que j’ai mes tresses, les mendiants m’ont baptisée « la rasta », c’est marrant. J’ai vraiment la cote avec eux, ils ne me lâchent plus, mais du coup me réclament aussi beaucoup plus et cela devient pesant. Les rastas auraient-ils la réputation d’être plus généreux que quiconque ?

Mais nous n’avons rien de prévu ce matin et le dimanche tout est fermé. Je ne veux pas rentrer sur Mahazaza dès maintenant car il n’y aura pas de taxi brousse à Mahitsy et je ne veux pas payer un taxi privé pour moi toute seule. En effet, Chloé reste sur Tana cette semaine pour effectuer un stage dans un orphelinat. Elle va loger chez M. Julien et Mme Lylie. Elle décide donc de partir directement chez eux tandis que je reste avec Adeline et Erwan, nous rentrerons ensembles à Mahazaza.

 

Le couple de kinés est invité à Tana dans la famille d’une de leurs collègues médecin, Mme Volonia. Ils doivent prodiguer des soins à plusieurs personnes. Je les accompagne, cela ne posant bien sûr aucun problème. Lorsque nous mettons les pieds dans la maison de M. Dieudonné, nous avons immédiatement l’impression des nous retrouver en France. Nous sommes chez des gens très aisés, il n’y a aucun doute. Voilà un côté de Madagascar que je n’avais pas encore l’occasion de découvrir : la vie de château. Je me demande comment les riches malgaches se positionnent face à toute cette misère qui les entoure, et face au fossé qui existe entre eux et une grande majorité de la population. En quelques jours, j’aurai côtoyé les deux extrêmes : l’hôpital de Tana et la vie de médecins aisés. Cela fait trois mois que je suis immergée dans la vie malgache et cela me fait tout drôle, il y a tellement longtemps que je n’ai pas vu de sol carrelé et parqué, de cuisine à l’occidentale avec tous les appareils électroménagers. Je m’arrête même sur les interrupteurs électriques dernier cri !

Comme tous les dimanches, toute la famille est réunie : frères et sœurs, neveux et nièces, petits et grands. Ca en fait du monde ! On improvise une paillasse de kiné sur la grande table de la salle à manger et c’est parti pour les consultations. Tout le monde assiste au travail, -même moi qui ne connais personne !-, il n’y a aucun problème de pudeur. Chacun en profite pour se faire examiner, Adeline et Erwan se relayant à la tâche.

Pendant ce temps je prends l’apéritif avec le reste de la famille. Tout cela se passe dans la même pièce, c’est une joyeuse cohue ! Lorsque les deux kinés ont terminé leurs manipulations, nous faisons le tour du propriétaire (M. Dieudonné est fier de nous montrer sa réussite matérielle et sociale), puis tout ce beau monde passe à table. Nous avons droit bien sûr à un déjeuner de fête, la table est pleine à craquer de mets divers et variés : crudités, sauces, purées de poisson, boulettes de viande, sans oublier le riz, et fruits à profusion. Bien que je ne connaisse personne chez les personnes qui m’invitent, je passe un très bon moment en compagnie de ces gens extrêmement accueillants, ouverts et pleins de joie de vivre.

 

Nous quittons cette sympathique famille, -qui ne manque de rien pour vivre heureuse-, aux alentours de 16 heures, le ventre plein et le cœur léger. Mais il faut maintenant retourner à la réalité de la vie malgache, qui n’est pas ce que nous avons pu voir aujourd’hui, mais au contraire la pauvreté ambiante, les difficultés et le dénuement…

 

Il est déjà tard lorsque nous descendons du taxi brousse à Mahitsy et nous n’avons pas d’autre choix que de chercher un taxi privé. Comme à chaque fois, je retrouve Faly, un enfant de la rue, qui m’avait aidé lorsque je m’étais trouvée seule un dimanche pluvieux à Mahitsy. Plus nous nous croisons, plus nous nous attachons l’un à l’autre, même si nos échanges ne peuvent jamais être approfondis. Les regards et les sourires suffisent pour que Faly se sente exister, et ce qui me touche, c’est qu’il me parle toujours en malgache, ne connaissant pas le français, même s’il voit très bien que je ne comprends pas. C’est simplement pour entretenir l’échange. Il ne me demande jamais rien, sauf peut être de l’attention, mais fait à chaque fois des pieds et des mains pour me trouver un véhicule.

Toujours est-il qu’Adeline, Erwan et moi nous retrouvons tous les trois coincés à Mahitsy car nous refusons d’accepter les prix que nous proposent les chauffeurs de taxi. Erwan ne supporte pas qu’on essaie de profiter des vazaha en augmentant les tarifs et ça le met vraiment en rage. Pour ma part, je comprends les malgaches, mais ne l’accepte pas pour autant ! Après une longue attente et beaucoup de négociations, nous finissons pas quitter Mahitsy à la nuit tombante dans une 4L dont le chauffeur ne connaît même pas la route ! Il ne va pas être déçu en découvrant l’état de la piste ! Nous sommes obligés de le guider pour passer les énormes trous, mais « mora mora » si tu ne veux pas abîmer ton véhicule ! Je crois qu’il finit par regretter d’avoir accepté la course.

Il fait nuit lorsque nous arrivons à Mahazaza et j’ai à peine le temps d’entrer dans l’appartement qu’un bel orage assorti d’une pluie torrentielle s’abat sur le village. Il aurait été étonnant de ne pas avoir une goutte d’eau aujourd’hui.

 

Je me retrouve seule à Mahazaza, ça me fait bizarre, et pour en rajouter dans mon désarroi, j’ai droit à une longue coupure de courant. Je suis plongée dans le noir, à manger et écrire mon journal de bord à la lueur de ma lampe frontale. Quelle soirée pathétique…

 

 

 

Lundi 19 février 2007-02-22

 

 

 Je commence une semaine un peu particulière : je suis seule à Mahazaza, il fait beau, il n’y a pas de cours car c’est la journée des écoles jusqu’à mercredi matin, puis j’enchaîne sur les vacances.

 

 La matinée est consacrée à l’entretien extérieur du collège. Chaque élève est assigné à une tache : plantations, balayage de la cour, taille des herbes, restauration du verger, réparation des clôtures et préparation du futur terrain de hand ball. Bien sûr, les garçons et les filles ne fournissent pas le même travail, et il est intéressant de voir qu’on retrouve l’organisation typique prédéterminée par la société. En effet, les demoiselles s’attellent entre autres aux activités de nettoyage alors que effectuent les taches nécessitant de la force physique. Nous sommes conditionnés dès notre plus jeune âge… Mais je remarque tout de même des enfants qui ne sont pas très actifs durant toute la matinée, préférant regarder tranquillement leurs camarades en pleine action.

 

 Quant à moi, je commence par récupérer les appareils photos jetables confiés aux élèves de 5°I et 5°II. Evidemment, certains enfants les ont oubliés et je dois les rappeler à l’ordre. Puis je m’installe à la bibliothèque et attends que les élèves viennent me rendre les livres empruntés la semaine dernière. Aujourd’hui, personne ne sort de livre car il n’y aura pas de permanence de la bibliothèque durant nos deux semaines d’absence. Nous ne voulons donc pas que les enfants gardent les livres chez eux car personne ne nous remplace pour contrôler les entrées et sorties des précieux ouvrages.

 Après cela, mon travail est terminé et je me promène à travers le collège, l’appareil photo à la main, pour immortaliser les collégiens jardiniers dans le feu de l’action. Mais je deviens très vite l’attraction pour les enfants, qui délaissent leurs pelles et leurs pioches pour m’encercler, me demander des photos et discuter un peu (dans la mesure de leurs capacités mais je dois dire que je suis épatée). Après mes garçons préférés de 6°, c’est au tour des chipies de 5°III de me tenir aux semelles. Cela se termine en séance de chatouilles, moi qui ai horreur de ça ! Finalement je passe du bon temps avec les enfants et leur permet de faire une petite pause. D’autant plus que ce matin, le soleil tape fort, et très vite je vois la sueur perler sur le front des petits travailleurs motivés.

 M. Julien souhaitait mettre en place un tournoi de football durant l’après midi et les élèves semblaient enchantés ; Mais M. Désiré refuse cette proposition pour la seule raison que les autres professeurs n’ont pas envie de se déplacer cet après midi. On prive les enfants de s’amuser à travers une activité sportive tout cela à cause de la fainéantise des professeurs, c’est un comble ! Donc rien de prévu pour cet après midi, les élèves peuvent rentrer chez eux.

 

 J’ai donc tout mon temps pour flâner, mais étant séparée de Chloé, j’aurai préféré travailler toute la journée. Tant pis, ma situation de célibataire endurcie m’a habituée à m’occuper seule.

 Et je n’ai pas le temps de m’ennuyer car tôt dans l’après midi, je vois M. Ded pointer le bout de son nez dans l’encadrement de la porte. J’ai à peine le temps de réagir qu’il est déjà affalé dans un fauteuil ! Michel suit de près, se doutant que cette visite ne m’enchante qu’à moitié. Je vais encore devoir supporter les monologues sans queue ni tête de M. Ded bourré et ne sait vraiment pas comment je vais m’en dépatouiller. Je ne peux m’empêcher de lui répondre sèchement, oubliant mon amabilité. Puis je parle de ma prise de courant cassée à Michel, qui se lance quelques minutes plus tard dans une réparation de fortune. Il a dégotté une prise neuve et tente de s’y retrouver dans les fils électriques. J’essaie de lui prêter main forte et ma foi je m’épate dans le rôle d’électricienne. En revanche, M. Ded veut absolument mettre la main à la pâte mais reste complètement inutile ; tout ce qu’il va récolter c’est un bon coup de jus dans les doigts. Et puis il me colle devant cette prise électrique, je suis obligée de le repousser à plusieurs reprises. Bat les pattes malotru !

 Après démontage des prises, dénudation et raccordement des fils, une belle prise pend au mur. Après toutes ces manipulations d’amateurs, c’est une chance qu’il n’y ait pas eu d’accident !

 

 Le crépuscule tombe sur le petit village de Mahazaza, nous avons eu une très belle journée. Seulement une petite averse histoire que la pluie s’assure que nous ne l’oublions pas. Je vais m’atteler à ma couture, privée de compagnie, sans même un peu de musique, exceptés les grillons qui fêtent le retour d’un temps plus clément.


Mercredi 21 février 2007

    Le ménage, ce n'est vraiment pas fait pour moi. J'ai fait le grand nettoyage de printemps hier après midi; trois coups de balai et le lendemain je me retrouve bloquée du dos! Mais ce n'est que le début d'une longue journée "pas de chance"...

    Dernière matinée de la journée des écoles. Programme spécial: reboisement. Il est prévu de mettre en terre des plants de pins et d'eucalyptus. Tous les professeurs et les élèves habitant à Mahazaza ont rendez vous à 7h30 au collège pour partir ensemble à pied. Les autres enfants venant des villages alentours rejoindront la troupe en chemin.
    Le lieu du reboisement est un terrain de l'association Le Lémurien qui se trouve à mi chemin entre Mahazaza et Mahitsy. Comme je pars directement sur Tana après cette matinée, je rejoindrai Mahitsy à pied en partant de cet endroit, guidée par M. Julien et Mme Lylie qui se rendent également à la capitale. Je dois donc me charger de toutes mes affaires et régler quelques détails avant d'entamer la randonnée.

    A 7 heures du matin donc, mon sac à dos bouclé, je m'en vais chez Clarinette pour confier le linge sale à Paulette. Mais arrivée chez l'épicière, je ne peux avoir affaire qu'à Edhia, son petit fils, les deux femmes sont absentes. Je veux tout de même déposer mon linge à laver avant de partir en week end, mais celui-ci m'annonce tout bonnement que Paulette ne reviendra jamais! Pour qui pourquoi, je n'en sais rien, mais ce qui est sûr c'est que je n'ai plus de laveuse et cela m'embête beaucoup. Je me vois déjà à l'oeuvre dimanche soir, contrainte de faire toute la lessive avant de partir pour deux semaines de vacances! mais comme les malgaches trouvent toujours des solutions, j'expose mon problème à M. Julien et Mme Volona; cette dernière accepte alors de me trouver une nouvelle laveuse avant dimanche. Elle m'enlève une belle épine du pieds!

    Une fois les ennuis techniques réglés, nous pouvons nous mettre en marche afin de rejoindre les enfants et les autres professeurs. Nous accédons au terrain après une heure de marche à travers la campagne des Hauts Plateaux, entre la piste et les raccourcis. J'avoue que je serai incapable de retrouver seule le lieu! Mon dos me fait souffrir et le soleil devient de plus en plus chaud, mais je me garde bien de me plaindre, je ne suis pas une incapable tout de même!
    Durant ces quelques kilomètres, je prends réellement conscience de ce que les enfants endure chaque jour. Un grand nombre d'élèves font tout ce chemin pour se rendre au collège, la plupart du temps quatre fois dans la journée. Pour l'avoir fait une seule fois, j'ai vraiment du mal à me dire que cela est possible, et encore moins à imaginer une telle situation en France! Mais jamais une plainte ou un signe de faiblesse de la part des enfants, bien que cela se ressente bien sûr dans les résultats scolaires. Mais ne croyez pas qu'après ces efforts les enfants soient épuisés. Non non, en attendant le début des travaux, ils courent dans tous les sens, se poursuivent, sautent, tombent, infatigables. Je me demande où ils trouvent toute cette énergie à revendre...

    Nous passons la majorité de la matinée reboisement à attendre. Mora mora! En effet, il n'a pas été prévu assez de plants et M. Bonheur, accompagné de cinq élèves à vélo, retourne jusqu'à Antanetibe pour s'en procurer de nouveaux. Autant dire que cela prend beaucoup de temps!
    Pendant ce temps, je passe un long moment à flâner avec Mme Volona puis quelques fillettes viennent nous faire la conversation. D'autres collégiennes ont capturé de mini canetons sauvages, ils sont vraiment tous mignons, et nous passons tout un moment à les observer. Puis je sors mon appareil photo, attention je m'expose à l'assaillant! Effectivement, inévitablement un nombre impressionnant d'enfant m'entoure en quelques minutes. J'apprends à Tsiriniana, un garçon auquel je suis très attachée, à se servir de l'appareil photo numérique et lui permets de s'essayer à la photographie. Il comprend très vite le fonctionnement des boutons, je suis impressionnée! Une trace humaine me suit dans mes déplacements, c'est rigolo, mais je suis obligée de limiter les photos ou je ne vais jamais m'en sortir. Njaka, mon deuxième coup de coeur, reste également constamment à mes côtés. Je crois que certains sont tombés amoureux de moi... Quand à Flauers, il boude un peu aujourd'hui; je crois que c'est depuis que je le surnomme Mister Bean.
    Henry vient nous rendre une petite visite, toujours assidu à prendre des photos qui serviront de publicité en France. Nous nous partageons donc les enfants pendus aux deux appareils photos.
  Je termine la matinée à vaquer avec les petits jardiniers qui se mettent à l'ouvrage. Tsiriniana, Njaka, Elkana, Flauers, Charline, Anna, Doudou, ... Les échanges sont maintenant très sympas, et malgré leurs difficultés persistantes en français, ils essaient de faire des efforts et nous passons d'agréables moments à rigoler.

    Mais toutes les bonnes choses ont une fin et tout le monde se quitte en fin de matinée pour rentrer chacun de son côté. Je me mets en route pour Mahitsy avec M. Julien, Mme Lylie et Irina, où nous récupérerons un taxi brousse pour Tana. Il nous faut à nouveau marcher durant deux heures épuisantes, peinant dans les côtes et les descentes à pic, le sac à dos pesant de plus en plus à chaque kilomètre effectué. En plus, je suis en sandalettes, ce n'est pas l'idéal, et j'ai oublié la crème solaire, ce que je regrette vite en sentant mon visage rougir.
  Chloé et moi sommes heureuses de nous retrouver chez M. Julien et Mme Lylie; la petite nénette attendait mon arrivée avec impatience. Nous allons passer la nuit chez le couple de professeurs et rejoindront notre hôtel fétiche demain.

    Dans l'après midi, je dois encore régler des problèmes techniques, ça commence à bien faire. En effet, mon chargeur de portable, neuf de deux semaines, vient de rendre l'âme. Je passe à la boutique Orange espérant me faire échanger l'appareil gratuitement, mais ont me répond avec un grand sourire que ce n'est pas possible, leur stock est écoulé. Je bous litéralement sur place, mais préfère partir avant de m'énerver pour de bon. Il ne me reste plus qu'à trouver un réparateur au noir, qui ne peut que me revendre un chargeur à moindre coût. Je déboursse tout de même encore 15 000 ariary, ce téléphone commence à me coûter cher! Je décide d'aller me détendre un peu sur internet, mais comme un malheur n'arrive jamais seul, je casse ma sandalette en chemin. Vous y croyez vous? Je commence à me demander ce qui va encore m'arriver jusqu'à ce que je me couche. Un accident de taxi peut être? Je ne crois pas si bien dire, nous sommes à deux doigts de tomber en panne lorsque le taxi me ramène à 67 Hectares!

Jeudi 22 février 2007

    La poisse me poursuit inexorablement, je commence à être totalement résignée... J'ai prévu me lever tôt ce matin pour me rendre au ministère de l'intérieur régler une bonne fois pour toute cette histoire de prolongation de Visa. Mais bien vite je comprends que ce feuilleton n'en ai pas à son dernier épisode, bien au contraire ce n'est que le début des péripéties!
  Après avoir patienté un bon moment au service qui m'intéresse, je présente mon passeport à la secrétaire et lui explique ma situation: je dois simplement renouveler mon Visa pour une durée de quinze jours avant mon départ. Je crois m'y prendre bien à l'avance pour ne pas avoir d'ennuis. Mais cette dame examine mes papiers et m'annonce que mon Visa est expiré depuis deux semaines, je devrais avoir quitté le pays depuis longtemps et je me retrouve en quelques seconde hors la loi! Il s'avère en fait que je pensais avoir un Visa de six mois, comme j'en avais fait la demande au Consulat, mais on ne m'a délivré qu'un Visa de trois mois transformable. Je tombe litéralement des nues et me retrouve complètement désemparée face à cette nouvelle, ne sachant que faire pour régulariser ma situation. On me dit qu'il faut que je fasse une nouvelle demande de Visa au plus vite, mais je désespère totalement en découvrant la liste faramineuse de pièces à fournir, à certifier par la mairie pour en rajouter dans les complications.  Et bien sûr, il y a certains papiers que je ne possède pas ici, donc je suis dans le caca.
  Ne sachant que faire, je me rends dans un autre service de Visa et explique mon cas. On commence par me dire que je dois rentrer au plus vite en France, à quoi je réponds que c'est totalement impossible, et de toute façon il en est hors de question. Et puis je n'ai pas les moyens de sortir du pays pour y re-rentrer, ce qui est particulièrement coton lorsqu'on se trouve dans une île... Face à mon dénuement, une femme décide de m'aider pour me faciliter mes démarches, me présentant successivement au chef de la police et au responsable du ministère de l'intérieur. Quoi qu'il en soit, je dois constituer un dossier de demande de Visa au plus vite, d'autant plus que nous partons dans le sud du pays dans quelques jours, et sans Visa, aucun déplacement n'est possible.

    Avant, de rejoindre Chloé pour déjeuner et lui annoncer la grosse mauvaise nouvelle, -sachant qu'elle se trouve dans la même situation irréguilière que moi (ça fait bizarre de dire ça!)-, je vais chercher mes chaussures en réparation, mais celles-ci ne sont pas prêtes. Va-t-on enfin arrêter de me mettre des bâtons dans les roues?! Je me retrouve donc à emprunter les tong rouges de Mme Lylie, la clocharde!
    Attablées au Sakamanga, je raconte toutes mes péripéties à Chloé qui, à l'inverse de moi, n'a pas l'air inquiète pour un sou. Se rend-elle compte ce que cela signifie de ne pas avoir de Visa? A partir de maintenant nous avons tout intérêt à ne pas nous faire arrêter. Chloé pense qu'il y a une solution pour se procurer un Visa rapidement grâce à nos relations. Je commence par téléphoner en France au Consul d'Angers et finit par m'engueuler avec lui au téléphone pour en définitive que cette conversation ne serve à rien. Nous contactons ensuite nos parents respectifs pour qu'ils se renseignent en France sur les éventuelles solutions qui s'offrent à nous.
    Nous ne sommes pas encore fixées sur notre sort mais les choses avancent. C'est à M. Désiré, le directeur du collège et donc notre responsable administratif, d'effectuer une demande auprès de la mairire de Mahazaza pour qu'on nous délivre un récépissé nous permettant de circuler librement dans le pays.

    J'arrive enfin à me détendre durant le repas. Cet après midi, j'accompagne Chloé à l'orphelinat où elle effectue son stage, pour découvrir le lieu où elle a passé ces quelques jours. Le personnel a organisé un après midi spécial pour fêter le départ de Chloé ainsi que l'anniversaire de certains enfants. Ces quelques heures sont placées sous le signe de la fête!
    En entrant dans l'orphelinat, je me trouve un peu perplexe devant ce lieu minuscule et vétuste; je ne m'attendais vraiment pas à ça! Nous traversons une ruelle pavée, encadrée de chaque côté par les dortoirs. Excusez moi la comparaison un peu glauque mais j'avais l'impression de voir des baraquements de camp de concentration: des cabanes en bois remplies de lits superposés occupant complètement l'espace. Il n'y a pas de cours, simplement un préau un peu petit pour accueillir la centaine d'enfants résidents. La moitié des enfants vit en permanence à l'orphelinat, alors que l'autre moitié n'est que demi pensionnaire et dort dans leurs familles respectives. Le personnel se compose d'une directrice, un animateur, une cuisinière, une assistante sociale et une institutrice. Deux stagières éducatrices complètement mutiques sont également présentes. Un effectif minimum donc, pour une centaine d'enfants âgés de moins de 6 ans à plus de 18 ans.
    Les festivités commencent par un petit spectacle de cirque, offert par quelques enfants, avec déguisements à la clé. Ils nous présentent une représentation de qualité, rythmée par le djembé endiablé et les applaudissements. Vient ensuite la remise des primes pour les enfants ayant de bonnes moyennes scolaires ou en progrès, ainsi que pour les plus grands qui se sont occupé de façon exemplaire des petits. Les récompenses se traduisent par des cadeaux pour les plus jeunes et de l'argent aux plus âgés. Les heureux lauréats sont vraiment enchantés de ces présents, et ne veulent surtout pas prêter leur trésor!
    Puis nous fêtons l'anniversaires des enfants nés en janvier et février, ce qui représente environ une vingtaine de chanceux. Il ont eux aussi droit à un cadeau: vêtements pour les petits et sous pour les grands. Je me surprends à me trouver toute émue à la vue de ces enfants vraiment comblés par ces présents. Chez nous, les habits sont devenus des produits de comsommation courante, mais pour eux, c'est une richesse incomparable. J'en ai les larmes aux yeux. Tout le monde a ensuite droit à une part de gâteaux et un bonbons, offerts par Chloé, et la journée se finit dans la danse, le chant et la bonne humeur. Ces enfants, en manque flagrant d'affection, sont tellement attachants. Je comprends que Chloé, après quatre jours passés en leur compagnie, ait du mal à les quitter. Elle est au bord des larmes lorsqu'une petite lit, au nom de tous les enfants, une jolie lettre de remerciements. Avant de partir, nous n'échappons pas à la séance photos, obligatoire! Je suis vraiment heureuse d'avoir pu partager durant quelques heures l'expérience que Chloé a vécu pendant quelques jours, ce fut court mais tellement enrichissant.

    Le fin de la journée se résume à un petit moment de pause écriture à l'hôtel, puis un dîner tard au restaurant Tany-a, où nous tombons nez à nez avec Florence, la malgache esthéticienne, accompagnée d'une amie. Elle ont fini leur repas mais restent nous tenir compagnie. Nous discutons toutes les quatre comme de vieilles copines, en particulier des élections présidentielles françaises qui risquent d'être houleuses; nous sommes les seules clientes du restaurant et le patron nous offre des verres à tout va. Quel sens du commerce et de la fidélisation! Nous nous disons peut être qu'à force, il va finir par nous payer le repas entier!

Vendredi 23 février 2007

   
Matinée très importante pour moi: j'emmène Martial, un élève de 6°, chez l'ophtalmologue à Tana. Je rejoint Mme Lylie, qui a généreusement accepté de se déplacer pour faciliter les démarches et les échanges. Nous attendons l'arrivée de Martial, accompagné de son père et de son tuteur, à l'arrêt du terminus de taxi brousse. Je me renseigne sur la situation du petit garçon durant la matinée. Ses parents vivent dans un petit village à quelques heures de Mahazaza, mais le système scolaire y est très précaire, et ceux ci ont donc décidé d'envoyer leur fils aîné vivre chez sa tante pour qu'il puisse bénéficier d'un meilleur enseignement au CEG de Mahazaza. Il a également la chance d'être encadré par un tuteur, qui a l'air vraiment impliqué. C'est d'ailleurs grâce à lui que nous pouvons aujourd'hui prendre son problèpme à bras le corp. Celui ci n'a pas arrêté de me remercier toute la matinée; ils sont heureux que je fasse quelque chose pour Martial car eux n'en ont absolument pas les moyens.
    Nous avons rendez vous à 10 heures à l'hôpital, mais il y a énormément de monde aux consultations gratuites et nous devons patienter plus d'une heure et demi avant d'être enfin accueillis par l'ophtalmologue. C'est un homme ingrat et pas aimable pour un sou. Je sens Martial complètement tétanisé, mais il y de quoi! Il ne fait aucun effort pour m'expliquer les choses en français, je me sens totalement à l'écart, et se permet des réflexions désobligeantes (que Mme Lylie me traduit) du style: "Ah mais il faut en profiter, demandez aux vazaha de vous acheter plein de choses, des tracteurs par exemple". Je suis outrée d'entendre de tels propos, en particulier dans la bouche d'une personne cultivée!
    Le médecin demande à Martial quel est son problème, qui lui répond timidement qu'il ne voit pas de loin. Oui, enfin c'est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus grave que ça! Le spécialiste fait quelques examens et s'aperçoit très vite qu'il y a un gros gros problème. Lui même n'en revient pas de la déficience visuelle de Martial, d'autant plus en apprenant qu'il n'a jamais porté de lunettes. Le garçon voit à peine à deux mètres et il s'avère qu'il a une vision de moins neuf à chaque oeil! Il est sidéré et un peu outré que ses parents ne s'en soient pas inquiété plus tôt. Mais ne comprend-il pas que ces gens sont avant tout limités par l'argent? Il va pouvoir corriger ce handicap grâce à un traitement médicamenteux et  la prescription de lunettes loupes. Je suis contente car ce rendez vous médical est très concluant et Martial va pouvoir être soigné. Nous n'avons donc pas fait tout ce chambardement pour rien!

    Après avoir raccompagné Martial et sa famille au taxi brousse, je quitte Mme Mylie avec mille remerciements et je rejoins Chloé en ville. Nous allons déjeuner puis je me rends à la pharmacie acheter les médicaments pour Martial. Nous discutons avec le pharmacien de notre action et celui ci nous met en garde sur la revente des médicaments. En effet, c'est une pratique courante chez les malgaches dans le besoin et nous allons devoir être très vigilantes sur la bonne prise du traitement de Martial. Nous allons lui fournir les cachets au compte goutte en lui demandant de nous rapporter les emballages vides pour contrôler son assiduité. C'est bête de ne pas pouvoir leur faire confiance mais le pharmacien nous explique que nous ne connaissons pas assez le tuteur pour le laisser gérer cela seul.
    Nous concluons l'épisode "Martial" en allant commander les lunettes chez l'opticien. Les verres coûtent chers car il doit les commander en France et ce sont des verres amincis. Heureusement d'ailleurs, si ça n'avait pas été le cas je n'ose pas imaginer l'épaisseur des culs de bouteilles! Dans quelques semaines, Martial va devoir revenir à Tana avec nous pour choisir les montures et chausser ses nouvelles lunettes qui vont lui rendre, je l'espère, la vie plus belle. Il est vrai qu'actuellement, je le sens complètement dans son monde du fait de son isolement visuel. Plus qu'un confort physique, ces lunettes vont lui apporter une ouverture sur le monde, et c'est très important pour son développement personnel.

    Cet après midi est très productif pour nos projets. Nous rencontrons également l'animateur culturel du CCAC pour finaliser l'organisation de la sortie cinéma avec les deux classes de 4°. Nous décidons de faire des séances privées car les horaires des films proposés ne nous correspondent pas. En plus l'entrée est gratuite, que du bonheur! Les collégiens auront l'occasion de visionner le film français "L'avion", mais nous devons prévoir deux mercredi car la salle est trop petite pour accueillir les deux classes en même temps. Il ne nous reste plus qu'à rédiger une jolie lettre pour demander le feu vert du rectorat. Nous sommes optimistes, ces deux journées sont bien organisées et il n'y a aucune raison que nous essuyions un refus. Les projets avancent, nous sommes au point avant de partir en vacances.

    Nous passons la fin de journée sur internet en buvant apéritifs sur apéritifs. Lorsque nous partons au restaurant avec Adeline et Erwan, nos esprits sont mis en joie par l'alcool euforisant. Nous testons "Le sud", où nous avons le plaisir d'être excellement servis par un super serveur. Nous discutons encore pendant des heures et ne sommes pas couchés avant deux heures du matin, le cerveau en vraque.

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16 février 2007

jeudi 15 février 2007

9h45

 

Henry arrive ! Et je peux vous dire qu’il va être accueilli en grandes pompes. Cela fait deux jours que M. Bonheur et M. Désiré organisent l’évènement ; ils ont prévu de grandes banderoles, un repas de fête, l’invitation du maire, rien ne manquera ! Espérons seulement qu’Henry nous apporte un peu de soleil… Mais déjà sa présence nous enchante tous. Malheureusement il ne reste que deux jours à Mahazaza, et comme Chloé et moi partons à Tana demain matin, nous n’allons pas nous voir longtemps.

 

Cette semaine, ce sont nos derniers cours avant trois semaines de vacances. En effet, à partir de lundi, c’est une semaine un peu spéciale, commençant par la journée des écoles du lundi au mercredi matin. Ces deux jours et demi sont consacrés à l’entretien des abords du collège : restauration des clôtures, entretien des espaces verts et du verger, réparation des tables et des bancs, … Une partie des après midi sont ensuite consacrés à des activités sportives en tout genre, mais j’ai l’impression que personne ne s’en soit occupé, donc nous improviserons. Il n’y a pas de cours le reste de la semaine, c’est un week end prolongé. Sauf que les deux semaines suivantes, Chloé et moi partons en vacances avec ses parents et leurs amis, bien que les cours aient repris. Ne nous plaignons pas !

 

Mais chaque chose en son temps et cette semaine, nous avons travaillé, il ne faut pas croire non plus que nous sommes ici pour buller.

 

 

Lundi 12 février 2007

 

 C’est un lundi comme tous les lundis, mais contrairement à ce que je vis en France, ici c’est une journée que j’aime bien. Je retrouve mes enfants chéris ! Je continue à travailler sur la correspondance avec les 6°, en incluant à cette thématique l’entraînement à la lecture et à la compréhension. Je distribue une lettre d’un collégien français pour chaque groupe, qui en fait une lecture collective pour ensuite remplir un tableau récapitulatif des thèmes abordés dans les courriers, en particulier la vie au collège. Après avoir fait passer un enfant par groupe pour lire oralement devant la classe, laissé les élèves réfléchir par eux même puis remplir le tableau collectivement, c’est à eux de compléter la deuxième colonne du tableau sur le même principe, en transposant les thèmes à leur propre vie au collège de Mahazaza. J’essaie ainsi de développer leur compréhension de texte, leur réflexion et leur expression orale. Je craignais que l’exercice ne soit trop compliqué pour les enfants mais finalement ils s’en sortent bien. Je suis de plus en plus satisfaite du comportement et du travail fourni par mes deux classes de 6°, et cela prouve qu’ils ont la volonté de progresser.

 

 En revanche, je m’étonne de constater que la classe de 6°I est très disciplinée aujourd’hui, ils sont même plus calmes que les 6°II. C’est tellement rare ! Mais j’ai l’impression que les garnements se sont fait remonter les bretelles par Monsieur le Directeur…

 

 

 Entre les deux cours de la matinée, il faut faire vite car la permanence de la bibliothèque c’est aujourd’hui, et les enfants nous attendent de pied ferme à l’entrée. A chaque fois de nouveaux élèves viennent s’inscrire, ça augmente la cohue mais ça fait plaisir à voir.

 A la permanence du midi, nous avons droit à la compagnie des enfants qui restent manger au collège, pendant les deux heures. Ils sont heureux de notre présence et ça leur permet de s’occuper. Ils s’excitent de plus en plus et la bibliothèque devient le théâtre de rires et de chamailleries. Comme à cette heure-ci il n’y a personne, nous les laissons se défouler. Puis Chloé propose un retour au calme et quelques enfants partent avec elle dans une salle de classe, où elle leur lit un livre. Il y en a un qui n’a pas du tout envie de rester sérieusement assis à écouter le récit, et je le vois ressortir bien vite, préférant aller courir dans la cour ! Je reste à la bibliothèque pour assurer les emprunts.

 

 

 Après un déjeuner léger, je m’informe des nouvelles de France en feuilletant le journal « Le Monde ». Je l’achète toutes les deux semaines environ pour me tenir au courant de la vie hors Madagascar, car sans télévision et sans radio, on se retrouve vite coupé du monde. Mais cela me convient très bien, ça me permet de lire un quotidien régulièrement et surtout de choisir quand je désire être informée. Dans nos sociétés occidentales, nous ne nous rendons même plus compte que nous sommes assaillis d’information à longueur de journée, entraînant de la médiatisation à outrance, et engendrant le développement de l’info-poubelle. Cela a pour seules conséquences un désintérêt de la population et un manque d’esprit critique.

 Tout ça pour dire que j’ai opté pour un retour à la presse traditionnelle, au risque de paraître un peu réac. Et non, la télévision ne me manque pas !

 

 Après cette session intellectuelle, je m’accorde une petite sieste, je dois faire reposer mes neurones. Mais très vite le sifflet de M. Nestor me rappelle à l’ordre : c’est l’heure de la dernière permanence à la bibliothèque. C’est reparti pour le grand déballage des élèves, les attroupements, le remplissage des fiches, et l’inévitable grand rangement une fois que tout le monde a débarrassé le plancher. Nous tentons bien de les discipliner à chaque fois mais ce n’est pas une mince affaire !

 

 

 En fin d’après midi, je travaille à l’organisation du rangement des fiches de la bibliothèque. Mieux elles seront ordonnées, plus nous seront efficaces dans notre rôle de bibliothécaires. Mme Volona passe à l’appartement pour nous inviter à manger demain midi et nous propose de venir plus tôt afin de nous offrir un cours de cuisine malgache. Nous acceptons volontier ! Puis c’est au tour de M. Michel de venir se faire soigner chez les vazaha. Nous servons de plus en plus de pharmacie ici ! Le pauvre petit a une ampoule à la main et souhaite du désinfectant. Chloé joue à l’infirmière et soigne le petit bobo.

 

 

 

Mardi 13 février 2007

 

 

 Je suis tellement absorbée par ma couture que j’en oublierai presque mon journal de bord ! Je me suis lancée dans la confection d’un débardeur et voudrais le finir pour ce week end. Chloé est couchée depuis un moment, la pauvre petite est fatiguée en ce moment.

 

 Nous avons pourtant pris notre temps ce matin puisque nous n’avons pas de cours. Couture pour moi, écriture pour Chloé, pas de bousculade ! A 11h30, nous nous rendons chez Mme Volona, la professeur de mathématiques, qui nous a invité à manger. Je ne sais pas comment nous allons tenir à quatre dans son petit deux pièces ! Elle et son mari Martial (et non Marcel comme nous l’avons toujours cru) nous ont concocté du riz,-incontournable-, avec des haricots blancs et de brèdes. Nous déjeunons dans une ambiance conviviale, Mme Volona faisant la traductrice pour son mari qui ne parle pas français. Ce couple est vraiment agréable, avec le cœur sur la main et toujours à rigoler. Martial nous confie d’ailleurs qu’il apprécie beaucoup notre compagnie ; il dit ça tellement solennellement et sincèrement qu’il en a presque les larmes aux yeux ! Nous lui rendons la pareille car réciproquement, nous aimons sa joie de vivre, mais également son côté paternel et protecteur. C’est vraiment dommage que ces deux là ne puissent pas avoir d’enfants, je suis persuadée qu’ils feraient des parents exemplaires. On voit bien que c’est leur grand regret, d’ailleurs ils songent à adopter. Après un délicieux ananas en guise de dessert et un peu de papotage, il est temps pour nous de rentrer au collège car les cours de l’après midi vont commencer. Nous quittons Mme Volona et Martial avec une bouteille de lait sous le bras, un présent provenant des femmes avec qui nous avons fait le repiquage du riz, pour nous remercier des photos que nous leur avons offert.

 

 

 Nous arrivons au collège sous une pluie battante et cela amuse beaucoup les élèves de nous voir courir comme des forcenées pour échapper à l’averse. C’est raté, nous sommes toutes trempées !

 

 Cet après midi, avec les deux classes de 5°, ce sont des cours un peu spéciaux mais très importants. Nous mettons en place le projet photos avec les élèves et les explications d’aujourd’hui sont primordiales pour le bon déroulement des opérations. Tout d’abord nous effectuons le dispatching des appareils photos jetables en divisant la classe en six groupes. C’est un peu compliqué mais soyons claires : un appareil photo comporte 27 poses et sera utilisé par neuf enfants différents, à raison de trois photos par élève. 3x9=27, le compte est bon ! Chaque semaine, trois élèves dans chaque groupe se passeront les appareils pour prendre leurs trois clichés. La semaine suivante, ce sera au tour de trois autres enfants et ainsi de suite. Ouf ! Quelle organisation ! Maintenant espérons seulement que tout le monde a compris ce fonctionnement un peu tordu…

 

 C’est bien joli d’avoir de beaux appareils photos, mais encore faut-il savoir s’en servir ! Nous entamons alors une séance de formation pour les photographes en herbe, avec explications pratiques et théoriques à la clé, schéma de l’appareil et tout le toutti. Un appareil photo jetable, ça a l’air si simple d’utilisation pour nous français qui sommes à la pointe de la technologie ; mais détrompez vous, ce n’est pas le cas lorsque c’est la première fois qu’on en tient un entre les mains !

 

 Nous n’avons maintenant plus qu’à attendre que tous ces apprentis photographes s’en soient donnés à cœur joie avant la grande surprise : le développement des clichés ! Ce projet va se conclure par la fabrication de cadres pour orner ces œuvres photographiques, et la mise en place d’une exposition au sein du collège pour que tout le monde puisse découvrir les travaux des 5°.

 

 Pendant le cours avec les 5°II, Mme Volona passe nous voir et s’avère d’un grand secours en s’improvisant traductrice. Nous réalisons à ce moment-là que beaucoup d’élèves n’avaient pas compris toutes les explications, alors que c’est une étape primordiale pour la suite. Nous n’avons pas eu la précieuse aide de Mme Volona avec les 5°I et avons désormais un peu peur que les enfants fassent n’importe quoi. Nous verrons bien au développement des photos, nous ne pouvons plus rien contrôler maintenant…

 

 

 Lors de la récréation, nous plaisantons avec mes garçons préférés de 6°. Là encore Mme Volona nous aide à communiquer. Je suis contente car j’ai l’impression que ma présence stimule certains de ces enfants, qui ont plutôt tendance à être en échec scolaire. Ils ont envie d’interagir et s’impliquent beaucoup plus en cours. Je l’ai particulièrement remarqué hier avec deux garçons, respectivement en 6°I et en 6°II. Le premier s’est porté volontaire pour lire une lettre à voix haute devant toute la classe, alors que d’habitude il reste effacé et plutôt distrait. Quant au second, qui est d’ordinaire bavard et peu assidu, -voire limite branleur sur les bords-, il est resté très attentif durant tout le cours, et a même demandé le silence de temps en temps ! Si je peux donner à certains enfants l’envie de s’investir, ce sera déjà une grande victoire.

 

 En discutant avec les 6°, Chloé et moi ne pouvons pas nous empêcher de mettre un peu de notre grain de sel dans les décisions du CEG. En effet, comme chaque mardi, M. Julien et Mme Lylie ne sont pas de retour à temps de Tana pour leurs cours. Donc comme chaque mardi, les élèves sont présents au collège mais ne peuvent pas bénéficier de l’enseignement prévu. Or aujourd’hui, ils ont dû marcher sous la pluie, parfois plusieurs kilomètres, ils sont trempés et ont froid. Pourtant on leur demande d’attendre Mme Lylie jusqu’à 17 heures, sachant que les cours terminent à 17h30. C’est ridicule ! Nous négocions donc avec M. Nestor pour qu’il les fasse rentrer chez eux ; ils n’ont peut être pas grand-chose de mieux à y faire mais ça leur évitera une bonne grippe. Nous déplorons cette situation, qui est malheureusement récurrente chaque semaine, mais nous ne pouvons rien y faire.

 

 

 Ce soir, c’est Adèle qui régale : soirée crêpes ! Délicieuses, je suis fière de moi. Il ne nous manque qu’une bonne bouteille de cidre brut, mais nous avons appris à ne pas être trop exigeantes.

 

 Et maintenant, c’est la souris, se baladant toujours nuits et jours, qui me défie du regard. Quel culot ! Mais elle ne croit pas si bien faire en ne semblant pas apeurée ; elle ignore que sous nos airs hospitaliers, nous avons parsemé l’appartement de souricide. Et il nous semble bien que le petit rongeur a déjà goûté au festin empoisonné. Dans quelques jours, ce parasite ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

 

 

 

Mercredi 14 février 2007

 

 

 Nous prenons un bain de foule dès notre réveil en nous plongeant dans la permanence de la bibliothèque. Nous sommes plus courageuses que la semaine dernière, où nous ne nous étions pas réveillées. Le temps d’une récréation, nous en voyons passer des petites têtes noires ! Je ne suis pas très en forme ce matin et tout ce chambardement me donne mal à la tête.

 

 Du coup, pour finir la matinée, je prépare à nouveau des fiches vierges pour les nouveaux arrivants à la bibliothèque, puis me recouche bien vite, toute frigorifiée.

 

 Et c’est reparti pour la permanence du midi. Cette semaine, c’est moi qui m’y colle pendant que Chloé participe au club CArtES. Il n’y a quasiment plus de livres sur les étagères, mais la grande table est surchargée d’un monticule d’ouvrages. Il ne reste plus aux enfants qu’à fouiller, pour ma part je rangerai à la fin, cela ne servirai à rien de le faire maintenant.

 

 

 Je n’ai une fois de plus pas le temps de manger car j’embraye directement sur les cours d’anglais. Je propose un exercice individuel, -qui comme d’habitude s’avère catastrophique dans la compréhension-, et un autre collectif, qui fait beaucoup plus l’unanimité. Normal, les élèves doivent venir dessiner au tableau, tout de suite ça éveille leur intérêt. Les 6°I sont décidément beaucoup plus disciplinés, on sent un grand changement. A la fin du cours, le chef de classe vient même me donner une liste des élèves bavards durant ces deux heures. Mais que veux-tu que j’en fasse mon pauvre, je ne vais tout de même pas les punir ! Et puis ce n’est pas si grave, « tsy maninona », du moment qu’il y a une bonne ambiance.

 

 

 La récréation est consacrée à une réunion des professeurs qui s’éternise, donc pas de permanence de la bibliothèque et une heure de cours en moins pour les collégiens. Ce sont décidément toujours les mêmes qui en pâtissent. L’ordre du jour aborde la journée des écoles et la venue des parents de Chloé, à qui le collège prépare un repas avec tous le personnel. Je ne peux pas en dire beaucoup plus puisque quasiment tous les échanges se sont faits en malgache. M. Julien vient me parler en aparté du tournoi de football qu’il veut mettre en place durant la journée des écoles, mais je ne vois pas très bien où il veut en venir. Il ferai mieux d’en parler à toute l’assemblée ; et qu’il ne compte pas sur moi pour le faire à sa place !

 

 Après la réunion, Chloé et moi restons discuter avec M. Désiré pour finaliser quelques points. Tout d’abord, nous revenons sur la scolarité de deux nouveaux élèves, qui ne pourront continuer à assister aux cours que si quelqu’un leur paye les frais de scolarité, ce que nous acceptons sans hésiter. Mais il y a quelques différents avec le père des enfants : il ne vit pas avec eux et continue néanmoins à régenter leur quotidien. Du coup, il accepte que sa fille aille au collège mais refuse d’y envoyer son garçon. Cela affecte beaucoup M. Désiré mais il n’a aucun pouvoir de décision face à l’entêtement patriarcal. Nous devons nous conformer à la volonté du père et payerons donc la scolarité uniquement pour sa fille car celui si refuse de le faire. Si nous pouvons aider ne serait-ce qu’un enfant, c’est déjà ça.

 Nous faisons également part à M. Désiré de notre volonté, de retour en France, d’aider à financer les études d’un enfant de Mahazaza qui n’aurait pas les moyens de payer le lycée à Mahitsy. Pour cela, l’association Très-d’Unions a besoin de savoir exactement le coût que cela implique, et ça nécessite également d’avoir un référant qui gère les fonds que nous enverrons. Nous pensons donc évidemment au directeur. Mais ce projet n’en est encore qu’au stade d’ébauche et nous devons réfléchir concrètement aux meilleurs moyens de le réaliser.

 

 Pour finir, je discute avec Mme Lylie du « problème Marchel », un élève de 6°I qui a de gros problèmes de vue mais n’a pas les moyens de se soigner, ne serait-ce que pour s’acheter un paire de lunettes. Mme Lylie a rencontré sa tante, chez qui il vit, celle-ci ayant enfin accepté de l’aide. Marchel a en fait une maladie génétique qui fait qu’il voit très mal en plein jour mais beaucoup mieux la nuit. Un vrai chat ! Cette déficience nécessite des examens ophtalmologiques poussés, pour déterminer si le port de lunettes serait efficace ou s’il y aurait besoin d’une intervention chirurgicale. Nous avons donc décidé que j’irai prendre un rendez vous chez l’ophtalmologue de l’hôpital de Tana vendredi, et si tout se passe pour le mieux nous pourrons y emmener Marchel dès la semaine prochaine. C’est un élève brillant et il serait vraiment dommage que ses problèmes de vue le restreignent dans sa scolarité. Alors si je peux faire quelque chose pour lui, j’irai jusqu’au bout.

 

 Après toutes ces mises au point, il est grand temps que je rejoigne les 6°II qui m’attendent depuis une heure pour le cours d’anglais. Par ma faute nous allons prendre du retard !

 

 Après cette journée bien remplie, je me remets vite à ma couture. De toute façon avec cette pluie qui tombe sans interruption depuis ce matin, je n’ai pas grand-chose de mieux à faire. Paulette, notre nouvelle laveuse, vient nous rapporter le linge propre et en profite pour nous demander un médicament pour le mal de tête. Elle s’adresse toujours à nous en malgache, comme si nous étions bilingues, et c’est toute une histoire pour se faire comprendre ! Toujours est-il que nous devenons une pharmacie ambulante ; au moindre bobo on vient s’approvisionner chez nous. Après Martial qui a une angine, c’est au tour de Paulette. Et s’il n’y avait qu’eux ! Mais non, cela devient récurrent, chaque semaine on vient nous réclamer des médicaments. Cela ne nous plaît guère car nous ne sommes pas médecins et il y a une femme au dispensaire de Mahazaza dont c’est le métier. Et plus nous rendons service, plus on vient frapper à notre porte. Dorénavant nous refuserons catégoriquement de donner des médicaments et enverrons les malades chez un professionnel.

 Enfin, Michel vient nous faire un petit coucou et nous emprunter des CD, puis nous vaquons à nos occupations avant de s’attabler pour le dîner. Au menu ce soir : aubergines à la vache-qui-rie. Chloé se remet ensuite à l’ordinateur et moi j’écris, bercée par la musique.

 

 

 

Jeudi 15 février 2007

 

 Comme je le disais plus haut, c’est le grand jour : Henry arrive ! Tout le monde l’attend de pied ferme en fin de matinée, tous les préparatifs sont organisés. M. Désiré vient nous chercher vers 11h30 pour accueillir le président de l’association Le Lémurien, qui est actuellement chez son père. A notre arrivée dans la maison, Henry nous saute presque au cou, heureux de nous voir tout sourire. Nous attendons que celui-ci termine le nœud de sa cravate, il tient absolument à se faire beau pour les photos. Il a encore l’air complètement débordé, a des tonnes de choses à penser mais oublie tout, comme d’habitude (je sais, c’est le poêle qui se moque du chaudron…). Après avoir récupéré tous les panneaux publicitaires, là aussi destinés aux photos, nous prenons la route en direction du dispensaire de Mahazaza, où Adeline et Erwan nous attendent impatiemment. Je joue les reporters en photographiant tout ce beau monde devant le bâtiment : Henry, M. Bonheur, les deux kinés, la médecin, la sage femme, M. Désiré et le Maire. Quelle belle brochette ! Henry accorde une grande importance à la communication des actions de l’association et c’est amusant de le voir se démener à tout un patacaisse officiel ! Puis c’est la visite du dispensaire, photos à la clé, et toute la troupe se rend chez M. Bonheur pour le déjeuner.

 

 Il est 13h30 au moment où nous nous attablons, Chloé et moi étant sensées avoir cours à cette heure-ci avec les 5°III. C’est un peu compromis… Nous qui sommes les premières à désapprouver l’absentéisme des professeurs, nous désertons notre mission pour se prélasser autour d’un repas. Nous n’avons pas de quoi être fières…

 Tantine, la femme de M. Bonheur, nous a préparé un vrai festin. Et ça palabre de tous les côtés, entre les simili discours officiels avec le maire (tout le monde range ses rancoeurs et affiche une belle hypocrisie face à lui) et les séances de rigolade. Le père d’Henry, âgé de 90 ans mais encore en pleine forme, vient également ajouter son grain de sel, on ne peut plus arrêter le moulin à paroles ! Chacun profite de la présence des acteurs officiels, associatifs et professionnels pour faire des mises au point et finaliser quelques projets.

 

 Nous déplorons que Mira, la fille de M. Bonheur, ne fasse aucune apparition durant le repas alors que c’est elle qui a fait quasiment toute la cuisine. La raison ? Elle a eu un enfant hors mariage, ce qui en fait la honte de la famille. Depuis, elle ne sort plus de la maison et ne voit personne. En revanche, les grands-parents arborent fièrement leur petit-fils devant tout le monde, c’est un peu paradoxal. Encore une fois la religion engendre des discriminations, voire même des humiliations, et empêche une pauvre jeune femme de vivre librement, enserrée par les tabous moraux. Quant au père de l’enfant, qui habite à deux pas de là, il poursuit tranquillement sa petite vie d’épicier, à courir les filles, sans que personne ne trouve quelque chose à redire.

 Finalement Chloé et moi nous déplaçons tout de même remercier Mira pour le repas et discuter un peu avec elle.

 

 Après le déjeuner, les visites officielles continuent : tout l’escadron se rend au CEG, où les élèves nous attendent bien en rang pour écouter le discours de M. Désiré. Henry rencontre tous les professeurs et fait le tour des locaux pour constater les récentes rénovations, mais surtout pour que le directeur lui prouve que l’argent a été utilisé à bon escient.

 

 Nous terminons l’après midi dans une ambiance beaucoup moins formelle et bien plus conviviale dans notre petit appartement. Henry, son beau-frère, M. Bonheur, Adeline, Erwan, Chloé et moi nous retrouvons autour d’un thé et d’une tablette de chocolat gracieusement offerte par Henry. L’absence de têtes officielles nous permet de discuter plus librement sur les compétences mais aussi incompétences de certains, ainsi que certains problèmes à résoudre. Adeline et Erwan font longuement le point sur les avancées de leur projet « kiné brousse », qui reste très novateur au sein de l’association Le Lémurien et nécessite donc un suivi particulier pour sa pérennisation à long terme.

 Nous revenons ensuite sur le projet « Zébu », qui s’avère être un grand succès. Un cinéaste a réalisé un cours métrage sur Mahazaza, en suivant notamment la vie d’un élève du CEG et celle d’un paysan. Avec les bénéfices tirés de la vente du DVD, celui-ci souhaite financer l’achat d’un zébu à M. Roland, le monsieur qui l’a accueilli dans sa vie quotidienne. Mais cette « opération zébu » est une telle réussite qu’il reste de l’argent pour acheter un deuxième zébu à un paysan qui serait dans le besoin. Reste maintenant à savoir qui, et comment faire pour ne pas attiser les jalousies. Je soumets l’idée du micro-crédit pour les prochaines opérations « opérations zébus » à venir, ce qui permettrait de responsabiliser les futurs bénéficiaires.

 

 Cette sympathique entrevue se termine par une discussion à bâtons rompus, entremêlée de crises de rires et d’échanges plus sérieux. Henry redéfinit bien les objectifs de l’association Le Lémurien, insistant sur les notions d’échange et de développement humain, que ce soit du côté des malgaches que celui des bénévoles. Nous sommes tous d’accord sur le fait que nous ne sommes pas là pour faire de l’assistanat mais plutôt pour servir de tremplin à l’autodétermination des malgaches. Nous souhaitons de tout cœur qu’il soit clair pour chacun d’entre eux que ce sont eux-mêmes les propres acteurs de leur développement. Les bénévoles sont ici simplement pour donner un coup de pouce, éventuellement apporter des moyens matériels et humains, pour que les malgaches tiennent ensuite les rennes des projets.

 

 Mais n’oublions pas que pour les bénévoles, ces actions menées représentent également et avant tout une formidable aventure humaine. Nous nous retrouvons confrontés à un choc de cultures tellement enrichissant, où il est bon parfois de remettre en question nos points de vue formatés par nos vies occidentales. Nous apprenons à comprendre avant de juger, à avoir un regard vierge et désintéressé envers autrui. Mais nous apprenons également la patience, la générosité de ceux qui n’ont rien, la richesse du cœur, les rapports humains.

 

 Cette journée a été très intéressante sur le plan moral car nous avons pu échanger longuement entre vazaha et malgaches sur toute une philosophie de vie, mais également sur les difficultés auxquelles nous pouvons être confrontés dans ce genre de mission. Cela a engendré chez chacun de nous, novices et précurseurs, -j’en suis persuadée-, beaucoup de réflexions sur soi-même et sur autrui, sur le sens de la solidarité, de l’entraide et de la générosité, et enfin sur les manières intelligentes d’oeuvrer pour un monde meilleur.

 

 

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10 février 2007

Samedi 10 janvier 2007

Salut tout le monde!

Olala, cet internet, on y passe des heures, mais ce cyber déconne un peu alors entre l'attente (pas d'ADSL), les bugs et l'ordi qui se déconnecte tout seul, ça commence à bien faire!

Alors, que je vous raconte ma journée de Vendredi, qui a été aussi chargée en attentes. Tout d'abord, je passe la nuit à attendre car je subie une énorme insomnie et je ne ferme pas l'oeil. Je ne dors même pas quelques petites minutes! Il faut bien que je m'occupe, sans réveiller Chloé, alors je lit un bouquin entier, je triffouille mon téléphone portable, je suis scrupuleusement les déplacements de la souris dans l'appartement, je fais même une séance d'abdominaux. Vous m'imaginez à quatre heures du matin, dans le noir en train de souffler pour me muscler le ventre! Heureusement que nous avons prévu nous lever à cinq heures du matin pour partir tôt à Tana car je n'en peu plus d'être dans ce lit à ne rien faire. C'est incroyable mais Adèle n'est pas bien dans son lit, c'est bien la première fois que ça lui arrive! En tout cas en ce moment je fais à peu près une insomnie par semaine et ça commence à me taper sur le sysytème...

Donc nous nous levons enfin, montons dans le taxi brousse à 6 heures, et tombons sur Adeline et Erwan également en partance pour la capitale. Dès notre arrivée je passe au magasin de produits de beauté à 67 Hectares pour aller me faire tresser les cheveux. Ca y est, je suis décidée! Le jeune homme me dit que ça ne prendra que dix minutes de travail, mais j'ai beaucoup de mal à y croire.  D'accord la dame est une professionnelle et elle tresse vite mais là il lui faudrait carrément des super pouvoirs! En fait, l'attente de dix minutes, c'est le temps que la tresseuse arrive: elle est handicapée et a les jambes complètement atrophiées, donc elle arrive sur le dos de sa fille, qui sert de porteuse. Ca me brise le coeur. Je m'installe dans une maison, assise par terre sur un coussin, et c'est partie pour la séance de coiffure. J'ai un peu peur du résultat, et il ma faudra attendre cinq heures, oui cinq heures, pour voir le résultat. Il faut souffrir pour être belle! N'empêche qu'à la fin, j'en ai vraiment marre. J'ai donc les cheveux longs et tous tressés, ça me change! Je m'habitue petit à petit, et finalement ça ne me va pas trop mal. Résultat des courses, je reste assise à avoir mal aux fesses de 10 heures à 15 heures, sans bouger et sans manger! Dur dur!

Ensuite je rejoins Chloé à l'hôtel pour une petite session repos car ma nuit blanche commence à se faire sentir. Il se met à pleuvoir comme vache qui pisse, excusez moi l'expression. Tient, ça nous manquait la pluie! Puis je rejoins Noémie dans un nouvel atelier de tailleur pour jouer encore une fois au modèle. Essayages, retouches et tout le tralala. Lorsqu'on quitte l'appartement, il pleut tellement que nous ne pouvons pas sortir. Nous décidons donc d'attraper chacune quelqu'un dans la rue qui possède un parapluie pour nous prêter un peu de place le temps de descendre la rue. Je tombe sur un monsieur très gentil et très content de rendre service à une petite vazette! Après un apéritif à l'Outcool en compagnie de Noémie et Olivier, Chloé et moi nous rendons au CCAC assister à un spectacle pour enfants: Hervé Demon et son guitariste. C'est un chanteur français, ancien instituteur, qui a un peu le même style qu'Henry Dès. C'est très sympa et vivant. La salle est remplie de marmaille en délire, nous sommes les deux seules adultes non accompagnées d'enfants! Mais ce soir, ce sont nous les enfants! Nous avons droit à Monsieur l'ambassadeur de France derrière nous, qui s'amuse comme un petit fou à chanter et faire les gestes avec ses deux enfants. Monsieur prout prout s'éclate, c'est marrant à voir!
Pour terminer la soirée, deuxième apéritif au Kudeta puis restaurant "Chez Sucette" avec Adeline et Erwan. Nous faisons traîner le repas en discutant autour d'un bon petit vin rouge d'Afrique du Sud (le malgache est vraiment trop mauvais, désolé Henry!). Nous rentrons vanées à l'hôtel, cette fois ci je ne vais avoir aucun mal à m'endormir!

Ce matin, nous avons rendez vous à 9 heures avec Mme Lylie pour aller faire des achats à la bijouterie. Nous partons en taxi brousse, et forcément il faut qu'il tombe en panne! Je crois que c'est l'embrayage qui a lâché, donc il n'y a rien à faire. Pourtant, le chauffeur s'acharne à essayer de réparer, c'est ça les malgaches! Nous réussissons bien à faire quelques mètres en ne  dépassant pas la première vitesse, mais il doit se rendre à l'évidence, il ne peut pas aller plus loin. Nous terminons donc le trajet à pied. Après quelques emplettes, nous devons faire vite car nous avons rendez vous à l'agence de voyage pour finaliser le contrat des quinze jours de vacances avec papa-maman Bertineaud.

Arrivées à l'agence, ca-ta-strophe! J'ai perdu mon téléphone portable. Adèle-sans-tête ne changera donc jamais! Gros coup de stress, je retourne entièrement mon sac. RIEN! Il paraît que j'ai la pouasse...

Nous allons manger une salade à l'Hôtel de France avec Olivier,puis direction la boutique Orange pour racheter un téléphone. Ca m'enchante! 50 000 ariary de foutu en l'air tout ça parce que je ne fais attention à rien. Bon ben je vous donne mon nouveau numéro alors: (00261) 32.45.625.76.

Ensuite, je me rends au marché couvert avec Adeline et Erwan pour récupérer mes chaussures en réparation et leur faire découvrir le marché. Ils veulent aussi s'acheter des chaussures. Mais comme aujourd'hui, je n'ai décidément pas la chance de mon côté (comme souvent d'ailleurs), l'étal est fermé! Et bien nous n'allons pas en faire tout un plat, nous reviendrons la semaine prochaine. J'ai appris à ne plus m'énerver pour les aléas quotidiens, je me rends à l'évidence: je n'ai pas de chance...

Et me voilà sur internet à vous parler, comme chaque semaine. Le petit rendez vous hebdomadaire que je ne raterais sous aucun prétexte.
Il faut quand même que je vous envoie une photo de ma nouvelle tête...

Allez, assez de lecture pour aujourd'hui. Savez-vous quand même que je me suis chopée une tendinite au poignet à force d'écrire sur l'ordinateur et sur mon carnet de voyage? La vie est dure tout de même...

Bon, Henry on t'attend de pied ferme!

Ah oui! Programme de demain: Courses au supermarché, -il faut absolument que nous trouvions un tapette à souris ou de souricide-, et on rentre dans notre brousse. Nous allons encore poirauter un bon moment à Mahitsy à attendre le taxi brousse, sans être sûres d'en trouver un... La patience, ça s'apprend...

Je vous embrasse fort,
Dona kely ! ("tout nickel")

Bises les petits!

Adèle

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Mardi 06 février 2007

11h00

 

Coucou les amis !

 

 C’est une horreur, j’ai l’impression d’avoir de moins en moins de temps pour vous écrire alors que j’ai tellement de choses à raconter ! Vous me direz, c’est bon signe, c’est que je suis bien occupée. C’est sûre que, malgré nos nombreuses heures de temps libre, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer.

 

 Bien bien… Revenons sur les derniers jours de la semaine dernière… Avant d’entamer celle-ci d’un meilleur pied et d’une humeur beaucoup moins stressée…

 

 

Jeudi 1er février 2007

 

 

 Nous retrouvons notre dernière classe de la semaine, les 5°III, dès 13H30. Comme pour les deux autres classes ils n’échappent pas à la récitation du poème de Prévert, et là encore le bilan est mitigé. Puis nous terminons l’exercice que nous avions entamé la semaine dernière, qui consiste à trouver le verbe dans la phrase et donner son infinitif. En passant dans les rangs pour aider quelques élèves individuellement, comme nous avons l’habitude de le faire, nous réalisons que même le point de grammaire sur l’infinitif n’est pas encore acquis pas les enfants. Il faut vraiment revenir sur les bases ! Alors le mieux est encore de leur faire noter (et apprendre, ce qui va être plus coton) la leçon récapitulative : radical, terminaison, verbes du premier, deuxième et troisième groupe. Puis il faut ensuite d’entraîner pour pouvoir assimiler.

 

 Nous comprenons de plus en plus qu’il ne faut pas chercher la rapidité lors des cours de français, ce qui n’aurait aucun intérêt pédagogique pour les élèves. Il est plus intéressant de prendre le temps d’expliquer les choses, de reprendre les bases non acquises, d’insister sur certains points importants. Et surtout nous ne devons pas hésiter à nous arrêter sur les élèves en difficulté qui n’ont pas l’habitude d’être pris en considération, - les effectifs des classes étant trop élevés -, d’être épaulés individuellement et de faire l’objet d’un intérêt particulier. Pourtant, nous sentons bien qu’ils en ont besoin pour retrouver de la confiance en eux et de l’estime de soi. De plus, nous essayons toujours de baser nos cours sur des thèmes ludiques, faisant intervenir le jeu, la découverte ou la créativité. Mais nous ne pouvons pas dissocier cette optique des apprentissages fondamentaux, et tentons par ce biais amusant d’inclure des notions plus sérieuses de grammaire, de conjugaison ou de compréhension. Bien sûr, toutes les semaines ne se ressemblent pas : certains cours sont plus basées sur la détente et le jeu alors que d’autres demandent plus de travail et d’assiduité.

 

 Dès la fin de notre cours, nous faisons un saut à l’appartement pour récupérer nos sacs à dos et partons directement pour Tana. Le temps de dire au revoir aux élèves que nous croisons et nous nous retrouvons sur la « placette » du village, où deux chauffeurs dorment tranquillement dans le taxi brousse. Nous les réveillons de leur torpeur pour pouvoir grimper à bord, mais ces messieurs nous annoncent qu’ils ne repartent pas sur Mahitsy aujourd’hui. Nous avons beau insister et leur faire les yeux doux, rien n’y fait, « tsy misy » (« il n’y a pas »). Chloé va discuter avec l’épicière pour se renseigner sur les taxis privés pendant que j’échange avec une femme qui souhaite également rentrer sur Tana par tous les moyens. En effet, elle vient acheter des poules à Mahazaza qu’elle revend ensuite à la capitale, elle ne peut donc pas rester ici cette nuit car elle n’a nulle part où dormir. M. Désirer vient nous prêter main forte pour trouver une solution, ça palabre de tous les côtés, en malgache, en français. Très vite, nous devenons l’attraction du moment, tout le monde, petits et grands, s’arrête pour faire leurs curieux. Le peu de taxis privés qui acceptent de faire le trajet Mahazaza-Mahitsy nous annoncent des prix bien trop élevés au téléphone. Nous sommes alors prêtes à emprunter une charrette à zébu, moyennant rémunération bien sûr, mais tous les propriétaires sont occupés au travail dans les champs. Nous devons donc nous résigner à attendre le prochain taxi brousse, sans être assurées qu’il accepte de repartir pour Mahitsy, la journée étant déjà bien avancée. Il va falloir négocier…

 

 Nous restons donc là à attendre, sans savoir combien de temps nous devons patienter et si cela sert à quelque chose. Chloé s’en va rendre visite à Clarinette, et je me lance dans une grande conversation sur la religion avec la vendeuse de poules, qui risque d’être chaotique… Elle commence par être très choquée lorsque je lui annonce que je ne crois pas en Dieu, alors que c’est elle-même qui m’a posée la question ! Mais pour beaucoup à Madagascar cette idée est totalement inconcevable. Puis elle me raconte comment elle s’est mise à croire en m’existence de Jésus, de par son expérience personnelle. Et là je suis assez scotchée par son récit, non pas sur ce qu’elle peut me dire sur sa croyance, mais celui-ci montre ce que les gens, dans un dénuement le plus total, peuvent être amenés à faire et à croire.

 Cette femme s’est retrouvée enceinte alors qu’elle avait déjà un bébé en bas âge et ne voulait pas avoir à supporter cette charge supplémentaire. Elle avait entendu parler d’une femme enceinte qui était tombée et avait dû avorter. En a donc fait en sorte de tomber encore et encore pour qu’il lui arrive le même sort. Elle a fini par tuer son bébé dans son ventre mais ne savait pas comment le faire sortir, ne voulant pas voir de médecin. Pendant plus de quinze jours elle est restée avec cela dans le ventre, à perdre son sang et voir sa fin approcher. C’est là que l’Eglise l’aurait sauvée, grâce aux prières, me dit-elle. Quelques années plus tard, elle m’assure que c’est encore la religion qui l’a sauvée d’un cancer du sein. Elle me montre même son ancien sein malade pour me prouver ses dires. En effet, i rayonne de santé ! Mais je ne suis pas sûre que ce soit réellement un cancer qu’elle a éradiqué…

 Puis la partie à me prêcher la Bible, à essayer de me convertir à sa foi. J’écoute sagement, je ne dis rien et me garde bien de critiquer quoi que ce soit, ce qui serait vain et n’aurait aucune utilité. Je me contente de lui dire que je n’ai pas vécu les mêmes choses et que je n’ai jamais eu besoin de la religion pour avancer et surmonter les difficultés de la vie. Mais elle est tellement convaincue pas ce qu’elle m’avance… C’est là que je prends vraiment conscience de l’extrême importance, du poids vraiment très fort de la religion, quelle qu’elle soit, dans ce pays. Et je comprends mieux pourquoi : les gens croient avoir vécu personnellement et concrètement la preuve de l’existence de Dieu, et cela leur permet de vivre heureux, la plupart du temps considérant qu’il n’y a pas bonheur plus grand que l’amour de Dieu. Et puis dans des conditions de vie si difficiles, ils ont besoin de se raccrocher à quelque chose, comme pas espoir ou faute de mieux. Mais ne se demandent-ils pas pourquoi Dieu ne leur offre pas une vie plus belle ? Je tente bien d’expliquer à cette femme que Jésus n’a pas encore frappé à la porte de mon cœur comme elle dit, mais en vain, elle est convaincue qu’un jour je lui donnerai raison. Si ça peut la rassurer…

 

 Après toutes ces pérégrinations et comme le taxi brousse n’arrive toujours pas, je rejoins Chloé chez Clarinette, qui m’offre un délicieux « ravitoto » (feuilles de manioc pilées) accompagné d’un peu de riz. C’est vraiment une crème cette femme. Nous discutons le bout de gras un petit moment avant d’entendre le moteur du taxu brousse. Nous nous précipitons pour négocier avec le chauffeur. Moyennant 10 000 ariary pour deux, il accepte de nous ramener à Mahitsy. Du coup, tous les malgaches peuvent profiter du véhicule gratuitement, pratique ! Sans ça ils auraient dû marcher à pied. Les petits collégiens d’Antanetibe montent à bord, tous contents de faire le voyage avec les vazaha ! Cristophine, une élève de 5°I, habite vraiment loin de Mahazaza et nous réalisons qu’elle doit effectuer ce trajet quatre fois par jour, le plus souvent à pied. Nous comprenons mieux pourquoi cette petite a des difficultés scolaires, ce paramètre doit jouer énormément sur ses acquisitions.

 

 Dans le taxi brousse de Mahitsy à Tana, Chloé se retrouve aux côtés d’un homme bien bavard, sûrement un peu bourré, qui ne la lâche pas d’une semelle ! Comme il est très insistant, c’est marrant d’entendre Chloé s’inventer une nouvelle vie : elle est mariée, -moi aussi d’ailleurs-, n’a pas de téléphone et loge chez des amis malgaches à Tana. Avec toutes ces fabulations, le monsieur devrait bien lui lâcher la grappe ! Pendant ce temps, la vendeuse de poules, prénommée Rose m’apprend-elle, tente de sympathiser avec moi. Je crois que je vais bientôt la voir débarquer dans notre appartement à Mahazaza, elle s’est littéralement invitée ! Quel trajet haut en couleurs !

 

 Avec tous ces problèmes de transport, qui deviennent décidément récurrents, nous arrivons de nuit à Tana. Le temps de déposer nos affaires à l’hôtel et nous filons prendre un apéritif puis dîner au Kudeta. Chloé et moi nous offrons une petite soirée en tête à tête !

 

 

Vendredi 02 février 2007

 

 J’ai prévu me lever tôt ce matin mais mon réveil ne m’est d’aucune utilité : je n’ai quasiment pas dormi et comme si cela ne suffisait pas, je me fais réveiller pas des hommes dans la rue en pleine conversation sur Johnny Hallyday, ça m’enchante ! Du coup je suis sur le pied de guerre dès 6h30 et j’en profite pour écrire un peu, tranquillement installée dans mon lit.

 

 Je dois ensuite me préparer pour me rendre au Ministère de l’Intérieur faire ma demande de prolongation de visa. J’arrive à 9h00, prévoyant de devoir attendre un certain temps que toute la procédure se fasse. Mais une fois sur place, on m’annonce que le service est fermé exceptionnellement aujourd’hui. Je crois que je suis maudite ! Je rencontre une française qui s’est comme moi cassé le nez, et nous rentrons ensemble en centre-ville par le bus. Une grande première pour moi !

 

 Je fais un saut au CCAC pour m’entretenir avec l’animateur culturel au sujet des séances de cinéma pour la sortie avec les 4°. En effet, les horaires ne collent pas pour les emmener voir un spectacle donc nous nous rabattons sur un film. Il ne peut pas encore me communiquer la programmation des mois de mars et avril, mais m’assure que s’il n’a rien à e proposer, il s’arrangera pour nous organiser une séance spéciale. C’est vraiment adorable de sa part de nous épauler de la sorte. Ce projet est donc en bonne voie, je pense que nous allons organiser quelque chose de bien pour les enfants.

 

 Je retrouve ensuite Chloé et nous partons faire quelques emplettes au marché du COUM. Ca marchande dur et nous rentrons à l’hôtel les bras chargés d’artisanat en tout genre : statuettes, soubik, paniers, bijoux, …

 Nous déjeunons à l’Outcool Café puis Chloé part pour rencontrer la directrice d’un orphelinat dans lequel elle souhaite effectuer un stage. De mon côté, je dois aller retirer de l’argent, faire développer des photos et m’acheter une paire de chaussures car je viens de casser ma deuxième paire en trois mois. Il va vraiment falloir que j’apprenne à marcher…

 

 J’ai rendez-vous à 16h00 avec Noémie pour lui servir de modèle avec les vêtements qu’elle a créés et qu’elle fait tailler. Me voilà donc partie à essayer un pantalon noir. Mais je te préviens Noémie, je n’ai pas la taille standard, et encore moins la taille mannequin ! Je me laisse faire pendant une heure, mesurer, tripoter, tourner, piquer. Une vraie professionnelle ! Pour la veste, je ne corresponds pas aux mesures, il me manque de la poitrine… Moi qui n’aime pas mon corps, je suis bien obligée de me laisser regarder sans complexes, c’est bien, je prends sur moi ! J’essaie aussi un joli dos-nu à capuche pour que Noémie puisse effectuer quelques retouches.

 

 En sortant du tailleur, une pluie battante se met à tomber. L’orage arrive alors qu’il a fait un temps magnifique tout l’après midi. Ca m’a fait du bien de retrouver le soleil, mais je ne suis plus habituée à la chaleur ! Et inévitablement la pluie revient, en cinq minutes je me retrouve trempée jusqu’aux os. J’ai abandonné mon parapluie la semaine dernière, il a rendu l’âme. Du coup, après avoir retrouvé Chloé, nous sommes obligé de nous déplacer en taxi même pour quelques centaines de mètres tellement il pleut des cordes.

 Arrivées à l’Outcool pour pianoter sur internet, nous nous cassons encore une fois le nez : la connexion a été coupée à cause de l’orage. Le sort s’acharne sur moi aujourd’hui, ça commence à me peser sur le moral. Nous nous retrouvons enfermées à l’hôtel, -ça ne change pas beaucoup de Mahazaza-, et j’enrage d’être encore une fois bloquée pas la pluie.

 

 Ce soir nous avons rendez-vous avec Olivier à l’Outcool pour finaliser le programme des vacances de février. Il nous concocte un périple très complet, mais haut de gamme, et j’ai peur que ça n’entre pas dans mon budget. Tant pis, je me mettrai à la diète pour compenser avec le prix des hôtels.

 La soirée se prolonge au restaurant, nous partons tous les trois découvrir le Chantaco, un excellent petit restaurant malgache à des prix dérisoires. Arrivés là-bas, nous tombons sur Adeline et Erwan en pleine dégustation de cuisses de nymphes (= grenouilles). Nous les invitons à se joindre à nous pour le reste du repas, plus on est de fous plus on rie ! Soirée très conviviale, pleine de discussions autour d’une très bonne cuisine…

 

 

Lundi 05 février 2007

 

 

 Mon rayon de soleil de la journée : j’ai reçu plein de courrier ! Et que des bonnes surprises. Ca me fait vraiment chaud au cœur, d’autant plus que ce sont mes premières lettres depuis trois mois que je suis partie.

 Bien sûr tout ce soleil ne doit se prendre qu’au sens figuré, car après le relatif beau temps de cet après midi, la pluie a repris de plus belle, assortie d’un gros orage.

 

 Je prends de plus en plus de plaisir à retrouver mes classes de 6° chaque lundi matin Les relations sont maintenant faciles, les élèves osent plus et moi aussi sûrement. En plus, ce matin nous travaillons sur la correspondance donc l’ambiance est un peu spéciale, mais très sympa. Chacun « travaille » avec son groupe. Je commence par leur distribuer leurs photos que j’ai faites développer. Ils les comment sur des cartons colorés et, à l’aide de flèches, font correspondre leur personne avec leur prénom. Je leur prête ensuite des crayons de couleur pour qu’ils ornent leurs cadres par des dessins. Pendant ce temps, je prends le temps de passer dans chaque groupe montrer et commenter les photos envoyées par le collège français : le grand CEG, les élèves de 6° (que les malgaches trouvent grands eux aussi !), le jardinage, l’hiver en France, … Certains garçons de 6°I sont ceci dit plus intéressés par les filles… Je dois tout de même faire la police car tout le monde se jette sur moi pour regarder les photos, ils sont tellement curieux et avides de découvrir la France ! Mais je ne veux pas me faire assaillir car je vais vite perdre le contrôle de la situation. Alors tout le monde à sa place, assis, et on patiente que je passe dans chaque groupe un par un ! Je ne peux plus leur enlever les photos des mains… Chacun me pose des questions et cela me fait un immense plaisir : ça y est, ils osent parler français par eux même ! Ensuite nous entamons les présentations individuelles. Là encore je suis agréablement surprise car, comme je l’avais demandé, certains l’ont préparée chez eux. D’habitude ils ne font jamais le travail à fournir à la maison. Il va maintenant falloir faire des phrases et ce sera parfait.

 Je retiens quelques perles : « Je n’aime pas manger le alcool », tu es de toute façon trop jeune, non ? « Je n’aime pas manger le riz », mon pauvre, tu es mal barré, on ne mange que ça à Mada !

 M. Désiré passe pendant les deux classes dans la matinée et a l’air tout a fait satisfait du travail en cours. Je suis moi aussi vraiment contente, les élèves s’investissent complètement dans cet échange et on sent qu’ils prennent vraiment du plaisir. Cette séance me permet aussi de prendre un peu de temps avec chaque groupe, et quelques élèves individuellement. On discute, on rigole, je les aide dans leur rédaction, l’ambiance est très agréable. Et puis je dois avouer que j’ai mes chouchous, -qui ne sont d’ailleurs pas les plus doués en français-, mais bien sûr pas de favoritisme !

 

 Toutes ces belles lettres illustrées vont pouvoir être envoyées par M. Bonheur mercredi, nous avons fait du bon travail. Et puis je sens que ce genre d’activité les fait autant progresser qu’un cours plus traditionnel car ils doivent échanger et rédiger en français. Je pense que c’est même plus bénéfique pour certains enfants, notamment ceux en difficultés, car ils sont intéressés par le cours et s’investissent donc plus. Il faut ajouter à cela que grâce au travail en groupe, ils sont aussi poussés par les autres enfants.

 

 Aujourd’hui, que des récompenses de notre travail par les élèves. Après ces quatre heures très chouettes avec les 6°, c’est au tour de la bibliothèque d’être un vrai succès. C’est l’affluence à chaque permanence, et encore, le mot est faible. La petite salle est pleine à craquer, l’étagère de livres est littéralement prise d’assaut et mise sans-dessus-dessous. Nous testons un nouveau système de fiches nominatives, qui a l’air bien plus efficace. En revanche, nous allons être obligées de limiter le nombre d’entrées lors des prochaines permanences car c’est totalement ingérable dans ces conditions. Tout le monde se pousse, déballe, mais bien sûr ne range pas, ça nous monte dessus, nous sommes complètement compressées par tous ces corps qui s’entassent autour de nous. Nous devons hausser le ton pour ramener un peu de discipline chez les élèves, et finalement arrêter les emprunts avant que tout le monde ai pu s’inscrire.

 Lorsque nous fermons les portes de la bibliothèques, nous retrouvons la salle dans un état invraisemblable : un vrai champ de bataille ! Un ouragan d’enfants est passé par là, il n’y a aucun doute. Il y a des livres partout, dans tous les sens. Sur la table, par terre, à l’envers, en désordre, plus une seule BD sur les étagères. Trois permanences suivies de trois séances de rangement complet des livres. C’est qu’ils nous donnent du travail ces petits ! En même temps nous n’allons pas nous plaindre de leur enthousiasme et de leur curiosité face à tous ces nouveaux livres.

 Du coup, nous allons tenir une nouvelle permanence dès mercredi car beaucoup d’élèves n’ont pas pu sortir de livres du fait de la trop grande affluence. Pour ce qui est d’ouvrir la bibliothèque aux personnes extérieures au collège, nous allons attendre que cette cohue se régule, que nous soyons bien organisées, et nous proposerons sûrement des horaires différents de ceux à la disposition des collégiens.

 

 Nous avons donc du travail pour le reste de l’après midi : confection de fiches car nous sommes en rupture de stock et organisation de boîtes pour ranger les dites fiches. Boîtes de sortie et boîtes de retour, et pour le lundi et pour le mercredi, cela nous donnera ainsi la possibilité de contrôler si les élèves rendent bien les livres à la date prévue.

 

 Dans le même temps, Adeline nous rend visite ; elle fait le facteur. Chouette, du courrier ! Erwan s’octroie une petite sieste donc elle est partie se balader pour prendre des photos et venir discuter le bout de gras un petit moment avec nous. Nous parlons photos, boulot, problèmes d’utérus, que du bonheur ! Quelques élèves viennent faire les petits curieux et j’entame une séance de grimaces avec des garçons de 6° que j’aime beaucoup.

 

 Au dîner ce soir, nous testons les patates douces, très bonnes ma foi, mais le goût se rapproche plus d’un mélange entre les marrons et les lichis (dur à imaginer, je le concède, mais c’est pourtant ça) que des pommes de terre. Enfin, petite séance d’écriture pour Chloé et moi avant de rejoindre nos lits respectifs.

 

 

Aujourd’hui, mardi 06 février 2007

 

 

 Ce matin, nous ne travaillons pas et restons à nous occuper à l’appartement. Dehors, il fait un temps de printemps, comme lorsque les premiers soleils pointent leur nez. Il ne manque que l’odeur de l’herbe fraîchement coupée et je me croirais presque dans ma campagne vendéenne. Tout cela est bien agréable durant ces temps pluvieux qui courent…

 

 Comme chaque mardi matin, cours avec les 5°I et les 5°II. Nous sommes toujours aussi étonnée de constater la différence d’ambiance entre les deux classes, et en particulier aujourd’hui. Les élèves de 5°I sont toujours très enthousiastes, -tout comme ceux de 5°III d’ailleurs-, même si nous devons nous confronter à quelques éléments perturbateurs. En revanche, les 5°II sont tellement calmes qu’ils en sont un peu mous, et c’est parfois un peu désolant…

 Nous commençons encore une fois le cours par une séance de récitation des poèmes, nous ne leur lâchons pas la grappe avec Prévert ! J’explique aux enfants que si nous insistons de la sorte, ce n’est pas pour les embêter mais pour leur apprendre à prendre l’habitude de retenir une leçon. C’est la même chose pour toutes les matières, s’ils se contentent de noter le cours sans revenir dessus par la suite, cela ne sert à rien. J’aimerais vraiment qu’ils comprennent l’importance que cela représente pour leurs acquisitions présentes mais aussi à venir.

 Pour ne pas les dégoûter non plus de la poésie, nous terminons cette séquence par le concours de dessins. Enfin ! Chloé et moi sélectionnons les dix meilleures illustrations que nous accrocherons aux murs pour égayer un peu la classe. Nous offrons ensuite à chaque enfant un bonbon en guise de récompense. Ce geste n’est pas grand-chose mais cela les met complètement en joie et nous sommes contentes de leur faire plaisir.

 

 En deuxième partie de cours, nous proposons aux élèves la lecture d’une histoire du Petit Nicolas, intitulée « Clotaire a des lunettes ». Chloé s’installe sur une chaise face aux élèves et entame le récit, en essayant de le rendre le plus vivant possible avec les intonations appropriées. Et je dois dire qu’elle ne se débrouille pas mal dans l’art de la narration orale. Les élèves écoutent attentivement, captivés par ce flot de paroles, même si nous nous rendons compte que certains ne comprennent pas grand-chose à ce que Chloé leur raconte. Nous faisons un récapitulatif de l’histoire à l’aide de quelques questions de compréhension. Tous à vos cahiers d’exercice ! Le bilan n’est en fait pas si catastrophique que ça et tout le monde assimile les grandes lignes de cette petite nouvelle. La fin du cours sonne donc nous reprendrons les aventures du Petit Nicolas la semaine prochaine et insérerons des exercices de grammaire. En attendant, nous laissons reposer tout ça et se graver dans toutes les petites têtes des enfants.

 

 Après les cours, Michel vient me déposer les présentations individuelles que les 6°I n’avaient pas finies hier et qu’il leur a fait terminer aujourd’hui. Je dois maintenant faire le tri pour les reclasser par groupe et c’est un travail de titan ! Chaque enfant possède au moins deux prénoms, et il faut ajouter à cela qu’ils utilisent parfois un diminutif. Du coup je m’y perds complètement et n’arrive plus à discerner qui est qui ! J’écris ensuite une lettre à l’attention du professeur qui s’occupe de la correspondance dans le collège français avant de me préparer à déposer le tout chez M. Bonheur, qui doit s’occuper de l’envoi demain.

 Mais entre temps, la nuit est arrivée et une grosse pluie s’est mise à tomber. Je tente tout de même une sortie en m’équipant de mon poncho et de ma lampe frontale. Le trajet s’avère être très périlleux, limite parcours du combattant. Je ne vois absolument rien, me cogne dans les bosquets et enfonce mes pieds dans de grosses flaques de boue. A mi-chemin, je perds une chaussure dans la bouillasse et manque de m’étaler littéralement sur le sol. Cela devient vraiment trop dur de progresser dans de telles conditions, j’ai les jambes et les mains couvertes de boue ; je décide donc d’abandonner et de rebrousser chemin. Chloé me découvre dans l’encadrement de la porte, trempée, les tongs à la main et marron de boue de la tête aux pieds. Mon allure doit avoir un effet comique ! J’aurai mieux fait de suivre ses conseils et ne pas sortir par ce temps. Tout ça parce que je ne voulait pas avoir à me lever tôt demain ! Tout ce que j’ai gagné, c’est qu’il ne me reste plus qu’à tout lessiver, corps et vêtements. Et tout ça pour rien puisque je suis toujours en possession des lettres donc je vais me faire réveiller par M. Bonheur demain dès l’aube avant qu’il parte pour la poste à Tana.

 

 Mais aujourd’hui il m’en faut plus pour me mettre de mauvaise humeur et altérer ma sérénité retrouvée. Je me réconforte et me réchauffe autour d’un bon plat de pâtes à la sauce tomate (ça change un peu de la vache-qui-rie !), accompagné du son revigorant de la musique.

 

 

Mercredi 7 février 2007

22h45

 

Bon anniversaire Aurore !

 

 Je me fais réveiller à 6h00 du matin par M. Bonheur qui vient chercher le courrier à poster. Je sors en trombes du lit, dans mon beau short-pyjama, les cheveux en bataille et les yeux embués de sommeil. Quel accueil ! Après quelques brèves explications, je m’empresse de me recoucher bien au chaud pour finir ma nuit. Je ne rouvre les yeux qu’à 8h45, bien tard donc. Sauf que nous devions assurer la permanence de la bibliothèque ce matin pendant la récréation de 9h00 ! Vue l’heure, c’est un peu loupé pour être prêtes à temps… Tout cela manque un peu de sérieux !

 Du coup, cet après midi mes élèves de 6° n’ont pas arrêté de me parler de la bibliothèque donc j’en profite pour leur expliquer que si je dors, il n’y a pas de permanences de mercredi matin et si je ne dors pas, il y en a une. Ca les fait rigoler…

 

 Nous faisons tout de même en sorte d’être prêtes pour la permanence de 11h00. Il y a encore foule aujourd’hui, mais nous régulons les entrées : seulement dix élèves à la fois dans la salle. Nous pouvons ainsi travailler plus sereinement et évitons un bazar incommensurable.

 

 A 11h30 j’abandonne Chloé plongée dans son rôle de bibliothécaire pour rejoindre le club CArtES. Nous nous sommes mises d’accord pour alterner chaque semaine : pendant que l’une s’occupe de la bibliothèque, l’autre participe au club, et cela à tour de rôle. Je suis donc de club aujourd’hui. Nous divisons le groupe d’élèves et les répartissons dans différentes activités. Je m’en vais dans une salle au calme avec une dizaine d’enfants pour leur apprendre le jeu du Jungle Speed. Heureusement, Francia, une élève de 4° qui se débrouille bien en français, est là pour m’épauler dans mes explications en faisant la traductrice. Une fois que tout le monde a compris le principe du jeu, nous pouvons nous lancer dans une partie, et nous rigolons bien. Chacun teste ses réflexes et sa rapidité d’observation, mais certains restent tout de même un peu mollassons.

 

 Après le club je dois faire vite car je dois encore étendre le linge et la classe de 6°I m’attend pour le cours d’anglais. Je n’ai même pas le temps de manger, je suis déjà en retard. C’est la course le mercredi entre la bibliothèque, le club, le linge et les cours !

 

 La leçon d’anglais se passe nettement mieux que la semaine dernière. Nous travaillons sur les positionnements (à côté, devant, derrière, dessus, dessous, etc) et je peux me faire comprendre plus aisément par des mises en situation. Je prends le temps de passer voir quelques élèves individuellement lors d’un exercice de « vrai ou faux » et je rame beaucoup moins pour me faire comprendre que lors du cours dernier. Et puis la complicité s’installe de plus en plus entre les enfants et moi, ce qui a réellement des répercussions positives sur le déroulement des cours.

 

 Après un après midi de travail bien rempli, je pars faire quelques courses et croise du monde sur mon chemin : Clarinette, à qui je fais des photos de son intérieur, Mme Volona et son mari, Mme Lylie. Je prends donc le temps de discuter un peu avec chacun avant de rentrer à la maison pour passer une soirée tranquille avec Chloé autour d’une THB, à rigoler et écouter de la musique.

 Puis vient le cadeau d’anniversaire pour Aurore : un coup de fil en direct from Madagascar ! La pauvre, elle ne s’y attendait tellement pas qu’elle en pleure ! Ca me fait un immense plaisir d’entendre le son de sa voix et d’avoir des petites nouvelles fraîches de sa vie. Je vais donc pouvoir me coucher le cœur léger en pensant à mon amie dans l’éternel.

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03 février 2007

mardi 30 janvier 2007

10h30

 

 Ca y est, l’ordinateur continue à ma prendre le chou, rien de tel pour me mettre de mauvaise humeur. Ces histoires de virus commencent à me fatiguer ; heureusement nous avons un antivirus, mais maintenant il y a des dossiers auxquels je ne peux plus accéder. J’essaie d’y comprendre quelque chose dans tout ce réseau informatique mais mes capacités sont quand même assez limitées. Ca me frustre ! Bref, je ne vais pas épiloguer quatre heures sur l’ordinateur, mais ça confirme en tout cas que l’informatique n’est pas pour moi.

 

 Revenons sur ces derniers jours…

 

Samedi 27 janvier 2007

 

 Une petite sortie instructive, ça ne fait pas de mal, et c’est même très agréable. C’est donc la soirée de clôture de la Semaine du Cinéma Documentaire au CCAC, où nous assistons à la projection du film « Reporters », de Raymond Depardon, réalisé en 1981. Un débat très intéressant est proposé après le film. En plus de m’instruire sur l’histoire de la réalisation, des caméras légères, des tournages, des années 1978-1981 et de leur politique, etc, le thème du débat tourne autour de la question de la manipulation du réalisateur envers le spectateur. « Manipulation », « émotion », « subjectivité », nous retrouvons beaucoup de termes utilisés en psychologie et il est justement très intéressant de faire un parallèle entre les deux. Je n’arrive pas à me faire un avis arrêté sur la question de la manipulation, peut être parce que ce mot est ambiguë : il peut être pris dans un sens exclusivement péjoratif, ou bien comme la simple idée de vouloir faire passer une opinion. Et puis la subjectivité pose aussi un problème : il y a celle du réalisateur, inévitable, même dans un documentaire, mais aussi celle du spectateur, qui interprète les images qu’il voit. En conclusion, très bon documentaire et débat ouvrant des questionnements, d’où son intérêt.

 

 Pour finir la soirée, nous testons un nouveau restaurant, la Villa Vanille. Très bonne cuisine, comme d’habitude, et à base de vanille bien sûr, mais je n’arrive pas à retrouver l’ambiance « années folles » et « rétro-vieille-France » dont parle le Guide du Routard. C’est d’ailleurs un peu trop chic à mon goût. Je crois que je commence à me lasser de ces ambiances bobo-friqué qui ne me correspondent habituellement pas ; j’aimerai retrouver un peu de simplicité et de lieux populaires. En revanche, le petit orchestre malgache est effectivement « charmant » et nous ne coupons pas aux reprises de Joe Dassin et compagnie ! La patronne de l’établissement (une vazaha, vous l’aurez deviné) est très (très) présente auprès de ses clients : elle les salue et nous serre même la main en guise d’au revoir. Heu… Elle en fait un peu trop quand même…

 

 

Dimanche 28 janvier 2007

 

 Comme chaque dimanche, sachant que cette journée n’offre jamais grand-chose à faire, nous en profitons pour flâner au lit ; c’est le seul jour de la semaine où nous nous octroyons ce plaisir. Puis nous passons la matinée avec Adeline et Erwan.

 

 En rendant les clés de la chambre d’hôtel, j’en profite pour réserver en vue de la semaine prochaine, afin d’être sûre d’avoir notre chambre préférée numéro 13, au quatrième étage de l’annexe. Nous n’avons même plus besoin de donner notre nom, les employées ont fini par le retenir ! Nous devenons vraiment des habituées du lieu ! Malheureusement, le patron et son amabilité à couper le souffle refuse de nous faire des tarifs préférentiels. Goujat !

 

 Après le petit déjeuner, nous achetons des girolles à un petit vendeur devant l’hôtel Colbert. Elles nous font tellement envie depuis une semaine ! Et puis nous avons promis hier de lui en prendre au petit monsieur. C’est toute une cohue pour acheter des champignons ! Tout le monde nous entoure : vendeurs, rabatteurs, mendiants, … Ils parlent tous en même temps et dans toutes les langues, nous ne savons plus où donner de la tête !

 

 Avant de rentrer tous les quatre sur Mahazaza, nous passons au marché Petite Vitesse pour faire le plein de fruits et légumes, mais je suis déçue, les prix sont vraiment trop élevés. C’est à cause de la pluie nous disent les vendeurs. Mais bien sûr ! Ils pourraient trouver mieux comme excuse, surtout pendant la saison des pluies ! Nous ne traînons pas dans ces dédales d’étalages détrempés et à l’abandon : Erwan étant mal voyant, il est très difficile pour lui de se déplacer en évitant les trous, les caisses et autres nombreux obstacles.

 

 Le dimanche, les rues de Tana sont désertes : les magasins sont fermés et tout le monde assiste à la messe. C’est peut être pour cela que ce jour là, ce qui nous entoure me frappe beaucoup plus, avec violence. Et ce matin, nous croisons plusieurs fois des infirmes, marchant sur les mains en traînant leurs jambes, littéralement mortes. Une boule au ventre me submerge devant tant de misère. Ces vieux en haillons, ces femmes avec cet éternel fardeau sur le dos : leur bébé, ces gamins par milliers mendiant en suivant sur des centaines de mètres les vazaha qui tentent tant bien que mal de ne pas y prêter attention… Pourquoi tout me saute à la figure maintenant alors que c’est le quotidien des rues de Tana ? Sûrement parce qu’aujourd’hui ce sont les seuls qui restent sur le trottoir, laissés pour compte et n’ayant nulle part où aller. Ils ne se fondent plus dans le flot de passants et de marchands qui foisonnent pendant la semaine. L’autre jour, je me suis sentie vraiment mal à la vue d’une femme qui n’avait rien d’autre pour se couvrir qu’une toile de jute toute trouée, qu’elle entourait autour de son corps. Ces images sont dures à supporter, elles touchent au plus profond de l’être, même si c’est un spectacle quotidien. Mais ces images, il ne faut pas les nier, il faut leur faire face, ne pas se rendre aveugle, car c’est la réalité. Elle est dure, mais elle existe, et même si nous ne pouvons pas faire grand-chose à notre échelle d’individu, nous devons tout de même voir, c’est important.

 

 Comment, après cela, reprendre mon récit de manière légère comme j’essaie toujours de le faire ? Pas facile…

 

 Toujours est-il que la pluie tombe, tombe, et fait descendre petit à petit notre moral de plus en plus bas. Pourvu que nous attrapions le taxi brousse pour Mahazaza à Mahitsy ! Plus nous attendons, plus nous perdons espoir. Mais un taxi privé pourra-t-il emprunter la piste, qui devient de moins en moins praticable avec toute cette eau ? En tout cas tous les malgaches nous assurent qu’il n’y a jamais de taxi brousse pour Mahazaza le dimanche. Mais bon sang, je l’ai bien pris il y a deux semaines ! Je ne comprendrai décidément jamais rien à leur organisation ! Nous finissons par nous résigner, nous partons à la recherche d’un taxi privé. Nous négocions comme des acharnés, le prix annoncé est bien trop élevé, et, en raison de l’état de la route, cela n’est pas chose facile. Une fois sur la route, nous ne sommes même pas sûrs d’arriver à bon port, il vaut mieux se préparer psychologiquement à devoir pousser la voiture embourbée. Pour ma part je ne préfère même pas regarder la route pour éviter de me stresser pour rien. Mais le chauffeur connaît ses capacités et celles de son bolide ; il nous ramène sans encombres, bien qu’à vitesse très réduite, à Mahazaza. L’état de la piste est quand même impressionnant, nous ne comprendrons jamais comment les véhicules osent s’y aventurer. Toutes les semaines nous pensons que cette fois ça ne passera pas, il a trop plu, mais si, ne soyons pas défaitistes ça passe toujours !

 

 Et nous revoilà cloîtrées à l’appartement, la vue des paysages environnants des Hauts –Plateaux littéralement bouchée par le mauvais temps. Et comme chaque week-end, M.Désiré a coupé notre compteur électrique, - nous ne voyons vraiment pas l’intérêt, il faudra qu’on nous explique. Et comme chaque dimanche, c’est la surprise : allons-nous devoir passer la soirée à la bougie ou quelqu’un daignera-t-il venir nous remettre le courant malgré la pluie ?

 

 Nous, nous ne rêvons que de deux choses : un feud de cheminée et un bon bain chaud! A la place, et faute de mieux, nous nous faisons plaisir avec une bonne poêlée de girolles à l’ail et au persil, et du fromage d’Antsirabe. Mmmmm ! On se réconforte comme on peut…

 

 

Lundi 29 janvier 2007

 

 Je me sens très stressée depuis ce matin, sans trouver de raison à cette tension qui me ronge. Je me rends compte d’ailleurs que je suis souvent dans cet état le lundi. C’est peut être dû au changement de rythme du week-end ; pourtant j’aime retrouver mes classes de 6° ce jour là, où eux comme moi sortons toujours ravis au bout de deux heur de cours. Toujours est-il que lorsque je suis tendue, je n’arrive pas à écrire, je sèche. Je vais tout de même essayer de faire quelque chose d’à peu près convenable…

 

 Ce matin, la panne d’électricité n’est toujours pas rétablie. C’est dû, paraît-il, à un bâtiment qui a brûlé hier. En fin d’après midi, nous enrageons que le problème ne soit toujours pas résolu, mais M. Désiré nous dit que pourtant tout est rentré dans l’ordre. Quelles cruches ! Nous ne nous sommes pas rendues compte que c’est notre ampoule qui est grillée !

 

 Petit compte rendu des cours avec les 6°.

 

Je continue sur le même thème que la semaine dernière pour terminer ce qui était prévu. Je reprends donc ma petite histoire en images, qui fait toujours autant rire les élèves. Je note ensuite cinq phrases correspondant aux cinq images, mais dans le désordre. C’est alors aux élèves de remettre l’histoire dans l’ordre et de faire correspondre les dessins aux textes. J’en profite ensuite pour vérifier si la leçon sur la négation de la semaine dernière a bien été retenue. Pour chaque phrase, je demande si elle est à la forme affirmative ou négative. Quand c’est une affirmation, un élève vient au tableau ajouter la négation. Ils ont bien assimilé le cours, je suis contente d’eux ! Pour terminer cette séquence sympathiquement, rien de tel qu’un peu d’activité manuelle ! Je leur fais découvrir le principe de l’illusion d’optique avec la construction de l’oiseau en cage : d’un côté un oiseau, de l’autre une cage, et lorsqu’on tourne le papier avec la ficelle, l’oiseau se retrouve dans la cage. Magique ! Tout le monde est émerveillé. Mais bien sûr que vous pouvez emporter le jeu à la maison !

 

 Nous passons ensuite à la mise en place d’une correspondance avec un collège français. C’est une initiative de l’association Amadéa, dont deux représentants sont passés au CEG la semaine dernière pour créer un partenariat ainsi qu’un échange entre les élèves de 6° de Mahazaza et ceux du collège de Saône, dans le Doubs. Nous avons déjà reçu leurs premières lettres, à nous maintenant de leur répondre joliment ! Mais étant donné le nombre d’élèves dans mes classes et leur faible niveau en français, il va falloir s’organiser ! Tout d’abord je leur montre sur une carte de France où habitent leurs chers correspondants, pour qu’ils visualisent un peu. Puis j’organise des groupes de travail de quatre ou cinq personnes, pour faciliter la tâche : il sera plus facile pour eux d’écrire collectivement et je pourrai plus aisément les aider dans leurs rédactions. Je n’ai pas le temps d’en faire plus pour aujourd’hui. Je m’empresse juste de prendre toutes ces petites bouilles en photo par groupe, et de leur demander de préparer une présentation individuelle pour la semaine prochaine. Ouf ! Quelle cohue ! Il va falloir canaliser toutes ces énergies impatientes de faire connaissance avec leurs camarades français. Ils sont vraiment enchantés de cet échange, même si ça les inquiète de devoir écrire en français. Mais je suis là pour vous aider mes chéris !

 

 Après les cours, pas de répit, nous enchaînons sur la permanence de la bibliothèque. Il y a peu de monde car chacun est rentré chez soi pour déjeuner. Chloé et moi en profitons pour terminer la confection des fiches. Mais avant que la reprise des cours ne sonne, nous nous faisons assaillir d’enfants qui veulent emprunter des livres. Nous ne savons plus où donner de la tête ! Il en est de même pendant la permanence de la récréation de 15h30. Cette première journée présage un grand succès de la bibliothèque, et cela nous amène à envisager d’augmenter le nombre de permanences par semaine. Les enfants veulent lire, nous ne pouvons que nous en réjouir ! D’accord, je concède qu’ils privilégient les livres avec des images,- ils font en particulier une razzia sur les BD -, mais c’est déjà ça ! C’est un bon début qui leur donnera peut être envie de découvrir des livres plus compliqués.

 

Nous déjeunons tard, après la permanence, d’une simili fondue savoyarde. Dé-li-cieux ! Cela se prête parfaitement à la météo pluvieuse du jour ! Et puis petite pensée aux français qui sont sous la neige, et surtout à Ann, qui n’a pas arrêté de manger des fondues cet hiver, nouvelle vie dans les Alpes oblige ! En fait, nous faisons simplement fondre le fromage d’Antsirabe dans une casserole, que nous dégustons sur du pain, le tout accompagné d’un avocat histoire de mettre un peu de verdure et de trancher avec le reste bien gras.

 

 L’après midi se cantonne à la préparation des cours à venir, entrecoupée de la permanence à la bibliothèque. La pluie tombe, j’attends (im)patiemment que l’ordinateur se libère, le manioc cuit pour le dîner, je ne pense qu’à une chose : l’arrivée de mon nouveau matelas ! (demain normalement). Toute cette eau me donne envie d’uriner, mais impossible de mettre un pied dehors pour accéder aux toilettes. Tant pis, ce sera pipi dans la douche ! A la guerre comme à la guerre, à Mada il ne faut pas être chochotte !

 

 

22h30 (toujours mardi 30 janvier 2007 pour ceux qui ne suivent pas)

 

 Avant de commencer les cours de cet après midi, la matinée n’est pas très palpitante. Je me réveil de mauvaise humeur, comme chaque matin, et Chloé, quant à elle est totalement déprimée. Elle est nulle, moche, ne sert à rien, n’est pas cultivée et pas intéressante. C’est sûre, cette pauvre nana qui passe six moi de sa vie à Mada loin de son chéri pour faire du bénévolat dans l’enseignement, est complètement cruche et sans initiatives ! Il vaut mieux entendre ça qu’être sourd ! Bref, petit déjeuner un peu morose. Nous remarquons sur la table pendant que nous mangeons, des petites miettes marron bizarre. Ca m’a tout l’air d’être des crottes de souris ma chère, je dis à Chloé. Effectivement je vérifie l’hypothèse dans la journée lorsque je vois une minuscule souris noire déguerpir par un trou de la porte de la cuisine. Horreur ! Dès demain nous nous armons de tapettes. D’autant plus que je dors dorénavant par terre sur mon nouveau matelas tant attendu et je ne veux pas avoir de visites indésirables pendant la nuit. Après cette découverte, Chloé s’installe sur l’ordinateur pour raconter ses petits malheurs à ceux qui lui manquent en France (et ailleurs d’ailleurs), pendant que je me prends une petite douchette puis m’en vais brûler la poubelle à papiers. Nous avons également la visite de Michel (le prof de français), qui souhaite que je prépare des exercices pour le futur contrôle aux 6°, et que nous faisions faire des révisions de conjugaison aux 5°, là aussi pour les préparer au prochain contrôle. La matinée passe très vite, comme d’habitude, et il est l’heure de retrouver les 5°I.

 

 Voyons voir si élèves ont appris leur poésie cette fois-ci. Mouai, c’est mitigé tout ça. Pour plaisanter, nous attribuons une note à chaque enfant interrogé. Et plus sérieusement, nous annonçons aux enfants qui ne connaissent pas leur poème qu’ils devront à nouveau s’y coller la semaine prochaine. Et toc, ça leur apprendra à nous tenir tête ! Nous ne lâcherons pas prise tant qu’ils n’auront pas compris qui commande ! Nous sommes peut être cool, mais nous sommes des professeurs qui demandent du travail pour que tout le monde progresse. Le reste du cours se cantonne aux directives de M. Michel : exercices sur l’imparfait et le futur. Et pour beaucoup ces quelques révisions ne font vraiment pas de mal. Pendant que les élèves réfléchissent par eux même aux questions et avant d’entamer la correction, Chloé et moi en profitons pour jeter un coup d’œil aux jolis dessins que les enfants ont faits, en vue d’en sélectionner quelques-uns qui seront les lauréats du concours. Mais nous ne voyons pas les deux heures passer et devons encore une fois remettre la compétition, avec remise de récompenses, à la semaine prochaine. Pas de bonbons tant qu’ils ne connaissent pas leur poésie sur le bout des doigts !

 

 A la récréation, nous avons droit à la visite de M. Bonheur, Adeline et Erwan. Ces deux derniers souhaitent emprunter des documents d’anatomie à la bibliothèque car ils prévoient de former des malgaches à la kinésithérapie. C’est une mine d’or cette bibliothèque ! Il y a même de grand panneaux qui ne servent à personne et qui pourront leur être très utiles. Je laisse Chloé commencer seule le cours avec les 5°II car je dois m’entretenir avec M. Bonheur au sujet de la correspondance avec les 6°. En effet, c’est lui qui a le rôle d’intermédiaire entre Mahazaza et l’association Amadéa. Il me faire part d’idées auxquels lui et le président de l’association ont pensé pour l’échange entre les deux écoles. Mais je lui annonce que j’ai déjà commencé le travail. Puis finalement nous nous rendons compte que nous avions exactement les mêmes projets, à savoir le travail en groupes et les photos. Je l’ai donc devancé dans ses demandes. C’est parfait, nous sommes sur la même longueur d’onde. J’apprends par la même occasion que toutes les dépenses engagées pour la correspondance sont aux frais de l’association Amadéa, je peux donc me lâcher à souhait ! Nous échangeons ensuite au sujet de la bibliothèque. M. Bonheur est ravi que Chloé et moi reprenions le flambeau mais celui-ci s’inquiète de sa pérennisation après notre départ, ne pensant pas que les élèves seraient capables de s’autogérer. Il pense donc exposer la question à l’association Amadéa pour qu’elle embauche une bibliothécaire et construise des locaux. Chloé se demande si cette dépense est vraiment indispensable actuellement, il faudrait plutôt attendre de voir le succès de la bibliothèque à long terme. En revanche, nous pensons, -sous les conseils de M. Bonheur-, ouvrir le lieu à toutes les personnes désireuses d’emprunter des livres, et non le réserver exclusivement aux enfants du collège. Pour cela, nous devons peaufiner notre organisation des prêts avant toute chose, mais d’ici quelques semaines, cette ouverture devrait être possible.

 

 Après toutes ses considérations bien motivantes, je rejoins Chloé en pleine interrogation sur Prévert avec les 5°II. Là aussi le travail des enfants sur la récitation n’est pas très sérieux. Nous faisons évoluer le cours de la même façon qu’avec les 5°I.

 

 Après les cours, je fais un saut chez M. Julien et Mme Lylie pour récupérer mon matelas chéri qu’ils ont ramené de Tana. Je suis impatiente d’installer mon nouveau petit nid, et surtout de le tester !! Avant le dîner, qui se compose d’aubergines à la vache-qui-rie (nous devenons des pro des recettes à la vache-qui-rie), je prépare les exercices pour le contrôle des 6° et continue mon journal de bord. Après ce festin frugal, je m’installe à l’ordinateur, entrecoupant mes rédactions par une chasse à la souris effrénée. Elle a le culot de monter sur la table de la cuisine devant mon nez ! Je protège les denrées primordiales : je mets les gâteaux à l’abris en suspension ! La guerre est déclarée ma belle, et bientôt ton heure va sonner. Vade retro satanas !

 

 

mercredi 31 janvier 2007

23h00

 

 Des nouvelles de mon sommeil, comme tous les jours vous n’y coupez pas ! Et bien bonne nouvelle, je sens nettement la différence dans mon nouveau lit. Quel plaisir ! Je me suis aménagée mon petit coin à moi, ça diminue encore plus la pièce mais peu importe, je dors beaucoup mieux ! Cela dit, je me réveille de meilleure humeur mais ça n’a pas enlevé mon stress inexplicable, présent depuis lundi…

 

 Durant le club CArtES ce midi, les enfants se lancent dans la confection de cartes de vœux pour envoyer au collège de Saint-Jean-de-Monts. Cette année aura été fructueuse en création de correspondances puisque nous en avons mises en place trois différentes : Chloé et les 4° avec le centre de loisir de Marsilly, moi et les 6° avec le collège de Saône, et le club CArtES avec le collège de Saint-Jean-de-Monts. En espérant que tous ces échanges avec les petits français leur soient bénéfiques et perdurent. Aujourd’hui, nous avons fourni à chacun un petit carton qu’ils décorent à leur gré : dessinez, coloriez, écrivez, découpez, collez, faites de jolies choses et faites marcher votre imagination ! Nous ne sommes pas déçus, tous les enfants s’appliquent consciencieusement ; ils vont chercher des fleurs et des feuilles qu’ils collent harmonieusement. Pour une fois nous sommes épatées par leur créativité ! Il ne nous reste plus qu’à envoyer tous ces chef-d’œuvres aux petits vendéens. Seul hic, personne n’a l’adresse du collège ! Je vais remédier à cela en envoyant un mail au responsable ce week-end.

 

 Il y a du changement dans notre organisation des cours : Chloé ne m’accompagne plus pour assurer les leçons d’anglais de l’après midi car elle a accepté de donner des cours de français à Melle Bakory, la professeur d’anglais, et Melle Alliance, la professeur de physique- chimie. Toutes deux souhaitent améliorer leur pratique de la langue. Leur seul créneau disponible est le mercredi après midi donc je pars seule retrouver les 6°. Leçon du jour : révision des aliments et apprentissage de l’utilisation de « like » et « don’t like ». Je propose aux élèves un exercice qui me paraît simple, mais je me rends compte bien vite que cela ne va pas être de tout repos ! D’accord, certains n’y mettent pas du leur et sont un peu fainéants, mais c’est plus compliqué que ça : ils ne comprennent pas ! Et après avoir tenté d’expliquer l’exercice de toutes les façons possibles et imaginables sans succès, je me sens totalement impuissante et démoralisée face à eux. J’avoue que je perds patience au bout d’un moment. La meilleure chose qu’il me reste à faire est d’appeler les élèves en difficulté au tableau. Le cours n’avance vraiment pas vite mais il me tient à cœur que tout le monde ressorte du cours en ayant compris ce que je leur demande, et je prends le temps d’expliquer l’exercice à quelques élèves individuellement.

 

 Tout cela m’épuise et me sape un peu le moral, -qui n’était déjà pas au beau fixe-, j’aimerai tellement avoir l’impression qu’ils progressent ! J’ai un peu ce sentiment avec les cours de français mais la tâche est beaucoup plus ardue avec l’anglais. Et même si je sais pertinemment que les enfants ne seront pas bilingues à mon départ, -ce qui n’est de toute façon pas mon objectif-, je sais que ma présence auprès d’eux ne pourra que leur être bénéfique pour leur apprentissage du français. En ce qui concerne l’anglais, je doute un peu de mon utilité…

 

 Dans la soirée, Michel vient me rendre une petite visite pour que nous discutions ensemble de la correspondance des 6°. Il doit également s’investir dans l’échange car c’est lui qui devra tenir les rennes après mon départ. Je dois réfléchir à un moyen de l’impliquer dès maintenant pour qu’il assume son rôle le mieux possible. Cela devrait ne donner que du positif car il a l’air bien motivé. Il vient aussi chercher conseil auprès de nous pour que nous lui expliquions les démarches à suivre pour monter une association et mettre en place un projet. En effet, il est en relation avec d’anciens bénévoles français et leurs familles, qui souhaitent que Michel monte une association dont ils financeraient les actions. Je veux bien lui être utile pour la réalisation de ses projets mais je n’ai aucune idée de la manière dont on monte une association à Madagascar. Je veux bien lui expliquer quelles sont les démarches à suivre en France, mais pour ce qui est du fonctionnement administratif ici, cela n’est plus de mon ressort. Je réponds tout de même à quelques-uns de ses questionnements et lui assure que si la motivation est présente, on peut arriver à faire beaucoup de choses. Je pense qu’il a surtout besoin d’être rassuré et de savoir que nous sommes là pour le conseiller. Il me fait part des deux projets qu’il souhaite par la suite réaliser : la création d’un planning familial au sein du collège, et l’aide aux familles défavorisées qui n’ont pas les moyens de scolariser leurs enfants. Tout cela est très intéressant, mais pour le moment trop abstrait pour que je puisse l’épauler en quoi que ce soit…

 

 Puis c’est au tour de M. Julien et Mme Lylie de venir frapper à notre porte, pour planifier les séances de club CArtES à venir, ainsi que les futures manifestations prévues au collège. Pour le club, nous avons bien des idées mais il aurait fallu demander aujourd’hui aux élèves de ramener du matériel pour la semaine prochaine. Nous gardons tout de même en tête ces activités, que nous utiliserons pour les semaines à venir. Pour l’heure, nous divisons le club en quatre groupes et suivons les directives de M. Julien. Le premier se lancera dans la fabrication de boîtes qui seront offertes dans chaque classe pour ranger les craies, le deuxième groupe travaillera de la même manière à la confection de boîtes à éponges (pour les tableaux), le troisième se réunira autour d’un atelier jeu de société et apprendra à jouer au ‘Jungle speed’. Quant au quatrième groupe… et bien pas d’idées pour le moment, nous allons chacun réfléchir de notre côté. Mais ne nous relâchons pas, nous avons encore du pain sur la planche car la « journée des écoles » a lieu dans deux semaines, les 19 et 20 février exactement, et nous devons encore prévoir les activités que nous allons mettre en place durant ces deux jours. Tout d’abord, une partie du temps doit être consacrée à l’entretien du collège, c’est-à-dire nettoyage de la cour, entretien des espaces verts et du verger, etc. Puis les élèves auront ensuite la possibilité de se détendre à travers des activités récréatives, mais lesquelles ? Nous organisons un tournoi de football entre les classes, c’est une valeur sûre et même un passage obligé ; les enfants, -garçons et filles-, sont tous très friands de ce sport. Mais comme partout dans le monde, me direz-vous. C’est sûr, on ne peut plus échapper à ce sport qui est pour beaucoup devenu une deuxième religion. Et autant vous dire que la religion a une place de maître dans ce pays ! Ensuite nous hésitons encore : tournoi de ‘Jungle speed’ ou tournoi de pétanque ? (oui oui ils connaissent la pétanque !) Et pourquoi pas les deux ? Et si il pleut ? C’est vrai, M. Julien a raison, nous ne sommes pas météorologues et ne pouvons pas nous arrêter à ce genre d’éventualité, donc nous devons faire comme si il ne pleuvra pas. Ce qui est quasiment impossible !

 

 Avec tout ça la soirée est bien entamée, il est temps de se mettre à table. Ce soir, c’est retour aux habitudes étudiantes avec une bonne platée de pâtes aux champignons et … à la vache-qui-rie ! Ce fromage va avec tout je vous dis !

 

 Nous partons pour Tana dès 15h30 demain après midi, après notre cours avec les 5°III. Ce n’est pas que nous ne nous sentons pas bien à Mahazaza mais je dois allez faire prolonger mon visa. Seule solution : me rendre au ministère de l’intérieur vendredi matin tôt car bien sûr, comme toutes les administrations, c’est fermé l’après-midi et le week-end. Cela nous laissera ensuite le temps de peaufiner les projets de fin d’année, mais également de ne pas être débordées comme le week-end dernier.

 

 J’espère que ces quelques jours à Tana vont me permettre de me détendre. Je ne comprends pas, nous n’avons pourtant pas un rythme effréné, alors quelle est l’origine de ce stress ? Ce n’est même pas une baisse de morale, en ce moment tout va bien de ce côté-là, mais je dois réussir à me détendre, ce n’est pas plus compliqué que ça.

 

 Et vous les occidentaux, comment va la vie, le moral et tout le reste ? Pas trop dur l’hiver ? Et la neige, ça a dû perturber vos petites vies ; un flocon et ça y est, c’est la panique. Racontez moi ça que je rigole un peu.

 

 Je vous envoie pleins de bisous humides, faute de mieux, le soleil n’étant pas au rendez-vous (et puis les quelques rayons qui veulent bien percer, je les garde pour moi désolé !). Bonnes bises à tout le monde.

 

Adèle

 

 

 

 

Posté par frogeradele à 11:41 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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