Madagascar Nantes

Adele et chloe partent enseigner le francais au college de mahazaza

24 février 2007

Vendredi 16 février 2007

 

 

 Je pars sur Tana avec une multitude de choses à faire en tête : banque, poste, chaussures, hôpital, internet, … Mais le temps de trajet en taxi brousse et la pluie, -infatigable, inébranlable, éternellement navrante-, nous retardent et nous ne sommes opérationnelles qu’en fin de matinée. Je pars directement à la BOA (Bank Of Africa) faire une demande de retrait au guichet car je sais que l’opération va nécessiter au moins trois heures d’attente. Chloé se rend à la poste et chez le photographe puis nous prenons notre courage à deux mains pour marcher sous les trombes d’eau jusqu’au marché couvert, où je dois récupérer mes chaussures en réparation. De toute façon nous sommes déjà bonnes à essorer donc il est trop tard pour nous restreindre dans nos mouvements. Chloé a beau avoir prévu l’imperméable, elle est aussi trempée que moi qui n’ai aucune protection !

 

 Le marché couvert porte très mal son nom les jours de pluie car nous n’y sommes absolument pas à l’abri. Les toits de fortune, faits de bâches ou de taules, sont totalement inutiles : ils laissent tomber d’énormes gouttières le long des allées. Il faut alors slalomer entre l’eau qui ruisselle abondamment, les mares d’eau sur le sol, et les gens. Un vrai parcours du combattant !

Plus les minutes passent, plus il pleut fort et plus nous commençons à nous dire que nous allons être bloquées dans notre programme. La pluie à Tana, c’est une calamité, en raison d’un système d’évacuation d’eau déplorable, voire inexistant. Ajoutez à cela une voirie défoncée, et on se retrouve vite les pieds dans l’eau.

 

En sortant du marché couvert, nous n’avons pas le courage de tout remonter à pied, nous prenons un taxi, direction Le Sakamanga (traduction : « le chat bleu » !). Avec ce temps, nous n’avons qu’une chose à faire : se réconforter autour d’un délicieux buffet froid à volonté. Nous arrivons tout de même tôt au restaurant et n’avons pas trop faim. Nous commençons par un ti-punch en guise d’apéritif ; de toute nous avons tout notre temps. Chloé et moi partons dans une grande discussion, on croirait qu’on ne s’est pas vu depuis six mois ! Nous jactons, nous jactons, nous prenons un deuxième ti-punch, nous jactons, nous buvons… Il faudrait peut être commencer à manger où nous allons finir complètement pompettes ! Cet apéritif nous a ouvert l’appétit et nous nous faisons éclater la panse avec plaisir.

 

 Mais l’heure tourne et je réagis un peu tard que j’avais rendez vous à 14 heures à la banque pour récupérer mon argent. Branle bat de combat, nous montons dans un taxi, qui doit d’abord déposer le premier client, donc petit détour. Ensuite le chauffeur se trompe de BOA. Demi tour, et plus une minute à perdre, l’agence ferme à 15 heures. Mais voilà que nous nous retrouvons dans les embouteillages ; « chauffeur, si t’es champion, appuie, appuie,… » (nous adorons chanter ça dans le taxi, ça fait toujours beaucoup rire les chauffeurs). Après cette course effrénée, j’arrive à 14 heures 55 précises à la banque, ouf !

 

Le taxi nous attend pour ensuite nous déposer à l’hôpital de Tana. Je me ballade avec une liasse de deux millions d’ariary dans mon sac, la prudence s’impose ! A l’hôpital Befelatanana, nous nous rendons dans ce qui fait office d’accueil pour nous renseigner. C’est un hôpital ça ? Finalement le service d’ophtalmologie se trouve à l’hôpital Saint Joseph, à quelques rues de là. Notre taxi est déjà parti, nous irons donc à pied. Nous découvrons un quartier de Tana que nous ne connaissions pas encore, et traversons le joli marché aux fleurs, qui regorge de couleurs et de plantes épatantes. Nous trouvons enfin l’hôpital et essayons de suivre les panneaux pour accéder au service que nous cherchons. Nous nous perdons dans les indications, ce qui nous amène à visiter une bonne partie des locaux.

C’est la première fois que nous mettons les pieds dans un hôpital malgache et réalisons très vite que nous n’avons pas intérêt à avoir besoin d’y séjourner. Ces couloirs glauques et insalubres nous retournent le cœur et nous ne nous sentons pas très bien. Nous déambulons à la recherche d’un ophtalmologue mais atterrissons dans le service de chirurgie-traumatologie. Il n’y a pas un personnel hospitalier à l’horizon pour nous guider. Quelques portes ouvertes nous laissent entrevoir des chambres précaires où s’entassent des malades, et des salles de soin totalement dépourvues d’hygiène et de matériel. A la vue de la porte close du bloc opératoire, je n’ose même pas imaginer ce qui se trouve derrière et nous préférons bien  vite rebrousser chemin, et sortir coûte que coûte de cet endroit.

Après un long périple dans ce dédale de couloirs à la quête de renseignements s’avérant plus flous les uns que les autres, nous trouvons enfin le service d’ophtalmologie, qui s’avère en fait se trouver au point de départ de nos recherches… Nous sommes montées au troisième étage (chirurgie), redescendues au rez-de-chaussée, pour nous entendre dire qu’il faut remonter, passées par les urgences, la pharmacie, avons longé la cafétéria, traversé un parking, et nous y sommes enfin ! Nous avons littéralement fait le tour du bâtiment !

Nous approchons de l’unique bureau qui meuble le grand hall pour expliquer à la femme (la secrétaire ?) que nous souhaitons prendre un rendez vous pour un petit garçon. Cette dernière nous réclame un carnet. Un carnet de santé ? Non, un simple petit carnet, que nous trouverons en vente à la cafétéria. Et c’est reparti, demi tour, marche ! Après toutes ces péripéties, nous finissons enfin par avoir un rendez vous avec l’ophtalmologue pour la semaine prochaine. La consultation est gratuite, nous aurons simplement à payer la fiche de suivie du médecin moyennant 100 ariary.

 

Nous ne sommes pas mécontentes de sortir de cet hôpital, où les conditions matérielles et sanitaires ainsi que l’ambiance sont tellement inimaginables qu’il est difficile de les décrire. Les peintures qui se décollent, les fils électriques qui pendent, les portes qui ne ferment plus, les lits déglingués, les couloirs déserts, le manque flagrant de personnel hospitalier, les malades totalement démunis, le temps qui semble arrêté …On ne peut pas ressortir indifférent d’un tel endroit et cette « visite » me marquera à jamais.

 

 Nous avons besoin de nous détendre et décidons de rentrer tranquillement. Le taxi nous dépose dans une rue commerçante et nous flânons dans les magasins d’artisanat, malgré la pluie toujours fidèle au poste. L’après midi est déjà bien avancé et nous n’avons que peu de temps pour faire un tour sur internet. Puis je discute en compagnie d’Adeline, Erwan et Noémie autour d’un apéritif. L’Outcool Café se remplie petit à petit, j’aime bien cette ambiance de début de soirée. Quand Chloé se décide à détacher ses yeux de l’ordinateur, nous pouvons partir au restaurant. Adeline et Erwan nous font découvrir le Tany-a, que je classerais en tête du palmarès rapport qualité-prix. La décoration est vraiment sympa, la cuisine excellente et pas chère, un mini orchestre nous ravie les oreilles toute la soirée, et le patron est adorable, -et malgache-, ce qui ne gâche rien.

Nous passons une agréable soirée jusqu’au moment où Chloé fond en armes après avoir eu son chéri au téléphone. Bon gros coup de cafard. Je sens qu’il est temps pour nous d’écourter les festivités et de rentrer nous coucher, Chloé a besoin de reprendre ses esprits au calme et de faire le point. J’essaie de la faire parler pour qu’elle extériorise tout ce mal être et nous passons une bonne partie de la nuit à discuter dans le lit. Cela nous fait beaucoup de bien à toutes les deux.

Chloé vit une situation difficile, loin de celui qu’elle aime pendant six mois, -ce n’est pas rien tout de même !-, et je l’admire beaucoup pour son courage. Elle a la force morale pour s’investir pleinement dans son projet, malgré ce manque ; il est normal et complètement humain qu’elle craque à un moment donné. Et puis en dépit des coups durs, elle a la lucidité d’avoir conscience que cette expérience difficile, tant par les conditions de vie que par l’éloignement de ses proches, n’aura en définitive que des conséquences extrêmement positives pour elle-même et pour la force de son couple.

 

 

 

Samedi 17 février 2007

 

 

 Nous ne sommes pas en avance ce matin. Après un petit déjeuner au Shalimar (cette semaine, pas d’hôtel Colbert, il faut varier un peu), Chloé et moi nous empressons de grimper dans le taxi brousse. Nous devons nous rendre à la bijouterie Ether qui se trouve à Talatamaty, à environ quarante minutes de Tana, afin de récupérer les bijoux que nous avons commandés. Face à la patronne, nous ne nous démontons pas et tentons de négocier les prix que nous trouvons un peu excessifs. Et puis avec tous les articles que nous lui achetons, elle peut faire un geste commercial tout de même ! A Mada, le marchandage est de mise dans toutes les situations et pour n’importe quel achat, même dans un magasin chic.

 

 De retour à Tana en fin de matinée, je me sépare de Chloé qui a rendez vous avec Mme Lylie pour finaliser l’organisation des repas pour l’arrivée de ses parents. En attendant de la rejoindre ainsi qu’Adeline et Erwan pour déjeuner, je passe au CCAC pour communiquer mon nouveau numéro de téléphone à l’animateur culturel avec qui je suis en contact. Puis je vais discuter sur MSN à l’Outcool Café, où nous nous retrouvons tous les quatre pour déjeuner aux alentours de 14 heures.

 

 Je pars ensuite pour Jumbo Score avec Erwan. C’est la première fois que je me retrouve au supermarché avec un mal voyant, et je dois apprendre à guider Erwan pour ses achats. C’est là que je me rends compte qu’il y a toujours une multitude de choix pour un même produit et cela doit être un casse tête pour lui lorsqu’il se retrouve seul face à un rayon ! Je lui énumère donc tout ce qu’il ne peut pas lire et il me suit à travers le magasin.

 

 Il est déjà tard lorsque nous sommes de retour au centre ville et il me reste encore plein de choses à écrire sur internet. Mais la ville est plongée dans une coupure d’électricité qui nous bloque littéralement dans nos projets. Nous rejoignons donc Adeline et Chloé à l’hôtel où nous passons un moment à flâner à la lueur de la bougie, en attendant que le courant revienne. Puis nous affrontons de nouveau la pluie pour s’installer devant les ordinateurs de l’Outcool. Il faut en profiter, il y a de l’électricité, mais pour combien de temps ? Je rame complètement sur internet, entre les bugs de l’ordinateur et les coupures, je suis prête à tout laisser tomber. Mais ma persévérance est récompensée : j’ai le plaisir de discuter sur MSN instantanément avec Aurore, Ann et Chloé pour une conversation à quatre totalement délurée. Les grandes copines se retrouvent toutes réunies ! Les deux cocktails que je sirote finissent de me mettre complètement en joie.

 

 Nous terminons la soirée autour d’un dîner au Sakamanga, où Henry nous rejoint pour une bonne partie de rigolade. Nous faisons la fermeture du restaurant ; nous sommes les derniers à quitter les lieux et les serveurs ne sont pas mécontents lorsque nous nous décidons enfin à les laisser tranquille.

 

 

Dimanche 17 février 2007

 

 

Nous n’avons pas eu une goutte de pluie durant toute la journée, incroyable ! Je ne sais pas depuis combien de temps ça n’est pas arrivé mais nous commencions à désespérer, d’autant plus que ces derniers jours la pluie a été particulièrement soutenue. Nous avons donc pu profiter d’un soleil radieux, avec un temps ni trop chaud, ni trop froid ; parfait quoi.

 

Ce matin donc, après un petit déjeuner au salon de thé Blanche Neige, Chloé et moi rentrons tranquillement à l’hôtel en faisant un gros détour pour pouvoir profiter au maximum du soleil revitalisant. Depuis que j’ai mes tresses, les mendiants m’ont baptisée « la rasta », c’est marrant. J’ai vraiment la cote avec eux, ils ne me lâchent plus, mais du coup me réclament aussi beaucoup plus et cela devient pesant. Les rastas auraient-ils la réputation d’être plus généreux que quiconque ?

Mais nous n’avons rien de prévu ce matin et le dimanche tout est fermé. Je ne veux pas rentrer sur Mahazaza dès maintenant car il n’y aura pas de taxi brousse à Mahitsy et je ne veux pas payer un taxi privé pour moi toute seule. En effet, Chloé reste sur Tana cette semaine pour effectuer un stage dans un orphelinat. Elle va loger chez M. Julien et Mme Lylie. Elle décide donc de partir directement chez eux tandis que je reste avec Adeline et Erwan, nous rentrerons ensembles à Mahazaza.

 

Le couple de kinés est invité à Tana dans la famille d’une de leurs collègues médecin, Mme Volonia. Ils doivent prodiguer des soins à plusieurs personnes. Je les accompagne, cela ne posant bien sûr aucun problème. Lorsque nous mettons les pieds dans la maison de M. Dieudonné, nous avons immédiatement l’impression des nous retrouver en France. Nous sommes chez des gens très aisés, il n’y a aucun doute. Voilà un côté de Madagascar que je n’avais pas encore l’occasion de découvrir : la vie de château. Je me demande comment les riches malgaches se positionnent face à toute cette misère qui les entoure, et face au fossé qui existe entre eux et une grande majorité de la population. En quelques jours, j’aurai côtoyé les deux extrêmes : l’hôpital de Tana et la vie de médecins aisés. Cela fait trois mois que je suis immergée dans la vie malgache et cela me fait tout drôle, il y a tellement longtemps que je n’ai pas vu de sol carrelé et parqué, de cuisine à l’occidentale avec tous les appareils électroménagers. Je m’arrête même sur les interrupteurs électriques dernier cri !

Comme tous les dimanches, toute la famille est réunie : frères et sœurs, neveux et nièces, petits et grands. Ca en fait du monde ! On improvise une paillasse de kiné sur la grande table de la salle à manger et c’est parti pour les consultations. Tout le monde assiste au travail, -même moi qui ne connais personne !-, il n’y a aucun problème de pudeur. Chacun en profite pour se faire examiner, Adeline et Erwan se relayant à la tâche.

Pendant ce temps je prends l’apéritif avec le reste de la famille. Tout cela se passe dans la même pièce, c’est une joyeuse cohue ! Lorsque les deux kinés ont terminé leurs manipulations, nous faisons le tour du propriétaire (M. Dieudonné est fier de nous montrer sa réussite matérielle et sociale), puis tout ce beau monde passe à table. Nous avons droit bien sûr à un déjeuner de fête, la table est pleine à craquer de mets divers et variés : crudités, sauces, purées de poisson, boulettes de viande, sans oublier le riz, et fruits à profusion. Bien que je ne connaisse personne chez les personnes qui m’invitent, je passe un très bon moment en compagnie de ces gens extrêmement accueillants, ouverts et pleins de joie de vivre.

 

Nous quittons cette sympathique famille, -qui ne manque de rien pour vivre heureuse-, aux alentours de 16 heures, le ventre plein et le cœur léger. Mais il faut maintenant retourner à la réalité de la vie malgache, qui n’est pas ce que nous avons pu voir aujourd’hui, mais au contraire la pauvreté ambiante, les difficultés et le dénuement…

 

Il est déjà tard lorsque nous descendons du taxi brousse à Mahitsy et nous n’avons pas d’autre choix que de chercher un taxi privé. Comme à chaque fois, je retrouve Faly, un enfant de la rue, qui m’avait aidé lorsque je m’étais trouvée seule un dimanche pluvieux à Mahitsy. Plus nous nous croisons, plus nous nous attachons l’un à l’autre, même si nos échanges ne peuvent jamais être approfondis. Les regards et les sourires suffisent pour que Faly se sente exister, et ce qui me touche, c’est qu’il me parle toujours en malgache, ne connaissant pas le français, même s’il voit très bien que je ne comprends pas. C’est simplement pour entretenir l’échange. Il ne me demande jamais rien, sauf peut être de l’attention, mais fait à chaque fois des pieds et des mains pour me trouver un véhicule.

Toujours est-il qu’Adeline, Erwan et moi nous retrouvons tous les trois coincés à Mahitsy car nous refusons d’accepter les prix que nous proposent les chauffeurs de taxi. Erwan ne supporte pas qu’on essaie de profiter des vazaha en augmentant les tarifs et ça le met vraiment en rage. Pour ma part, je comprends les malgaches, mais ne l’accepte pas pour autant ! Après une longue attente et beaucoup de négociations, nous finissons pas quitter Mahitsy à la nuit tombante dans une 4L dont le chauffeur ne connaît même pas la route ! Il ne va pas être déçu en découvrant l’état de la piste ! Nous sommes obligés de le guider pour passer les énormes trous, mais « mora mora » si tu ne veux pas abîmer ton véhicule ! Je crois qu’il finit par regretter d’avoir accepté la course.

Il fait nuit lorsque nous arrivons à Mahazaza et j’ai à peine le temps d’entrer dans l’appartement qu’un bel orage assorti d’une pluie torrentielle s’abat sur le village. Il aurait été étonnant de ne pas avoir une goutte d’eau aujourd’hui.

 

Je me retrouve seule à Mahazaza, ça me fait bizarre, et pour en rajouter dans mon désarroi, j’ai droit à une longue coupure de courant. Je suis plongée dans le noir, à manger et écrire mon journal de bord à la lueur de ma lampe frontale. Quelle soirée pathétique…

 

 

 

Lundi 19 février 2007-02-22

 

 

 Je commence une semaine un peu particulière : je suis seule à Mahazaza, il fait beau, il n’y a pas de cours car c’est la journée des écoles jusqu’à mercredi matin, puis j’enchaîne sur les vacances.

 

 La matinée est consacrée à l’entretien extérieur du collège. Chaque élève est assigné à une tache : plantations, balayage de la cour, taille des herbes, restauration du verger, réparation des clôtures et préparation du futur terrain de hand ball. Bien sûr, les garçons et les filles ne fournissent pas le même travail, et il est intéressant de voir qu’on retrouve l’organisation typique prédéterminée par la société. En effet, les demoiselles s’attellent entre autres aux activités de nettoyage alors que effectuent les taches nécessitant de la force physique. Nous sommes conditionnés dès notre plus jeune âge… Mais je remarque tout de même des enfants qui ne sont pas très actifs durant toute la matinée, préférant regarder tranquillement leurs camarades en pleine action.

 

 Quant à moi, je commence par récupérer les appareils photos jetables confiés aux élèves de 5°I et 5°II. Evidemment, certains enfants les ont oubliés et je dois les rappeler à l’ordre. Puis je m’installe à la bibliothèque et attends que les élèves viennent me rendre les livres empruntés la semaine dernière. Aujourd’hui, personne ne sort de livre car il n’y aura pas de permanence de la bibliothèque durant nos deux semaines d’absence. Nous ne voulons donc pas que les enfants gardent les livres chez eux car personne ne nous remplace pour contrôler les entrées et sorties des précieux ouvrages.

 Après cela, mon travail est terminé et je me promène à travers le collège, l’appareil photo à la main, pour immortaliser les collégiens jardiniers dans le feu de l’action. Mais je deviens très vite l’attraction pour les enfants, qui délaissent leurs pelles et leurs pioches pour m’encercler, me demander des photos et discuter un peu (dans la mesure de leurs capacités mais je dois dire que je suis épatée). Après mes garçons préférés de 6°, c’est au tour des chipies de 5°III de me tenir aux semelles. Cela se termine en séance de chatouilles, moi qui ai horreur de ça ! Finalement je passe du bon temps avec les enfants et leur permet de faire une petite pause. D’autant plus que ce matin, le soleil tape fort, et très vite je vois la sueur perler sur le front des petits travailleurs motivés.

 M. Julien souhaitait mettre en place un tournoi de football durant l’après midi et les élèves semblaient enchantés ; Mais M. Désiré refuse cette proposition pour la seule raison que les autres professeurs n’ont pas envie de se déplacer cet après midi. On prive les enfants de s’amuser à travers une activité sportive tout cela à cause de la fainéantise des professeurs, c’est un comble ! Donc rien de prévu pour cet après midi, les élèves peuvent rentrer chez eux.

 

 J’ai donc tout mon temps pour flâner, mais étant séparée de Chloé, j’aurai préféré travailler toute la journée. Tant pis, ma situation de célibataire endurcie m’a habituée à m’occuper seule.

 Et je n’ai pas le temps de m’ennuyer car tôt dans l’après midi, je vois M. Ded pointer le bout de son nez dans l’encadrement de la porte. J’ai à peine le temps de réagir qu’il est déjà affalé dans un fauteuil ! Michel suit de près, se doutant que cette visite ne m’enchante qu’à moitié. Je vais encore devoir supporter les monologues sans queue ni tête de M. Ded bourré et ne sait vraiment pas comment je vais m’en dépatouiller. Je ne peux m’empêcher de lui répondre sèchement, oubliant mon amabilité. Puis je parle de ma prise de courant cassée à Michel, qui se lance quelques minutes plus tard dans une réparation de fortune. Il a dégotté une prise neuve et tente de s’y retrouver dans les fils électriques. J’essaie de lui prêter main forte et ma foi je m’épate dans le rôle d’électricienne. En revanche, M. Ded veut absolument mettre la main à la pâte mais reste complètement inutile ; tout ce qu’il va récolter c’est un bon coup de jus dans les doigts. Et puis il me colle devant cette prise électrique, je suis obligée de le repousser à plusieurs reprises. Bat les pattes malotru !

 Après démontage des prises, dénudation et raccordement des fils, une belle prise pend au mur. Après toutes ces manipulations d’amateurs, c’est une chance qu’il n’y ait pas eu d’accident !

 

 Le crépuscule tombe sur le petit village de Mahazaza, nous avons eu une très belle journée. Seulement une petite averse histoire que la pluie s’assure que nous ne l’oublions pas. Je vais m’atteler à ma couture, privée de compagnie, sans même un peu de musique, exceptés les grillons qui fêtent le retour d’un temps plus clément.


Mercredi 21 février 2007

    Le ménage, ce n'est vraiment pas fait pour moi. J'ai fait le grand nettoyage de printemps hier après midi; trois coups de balai et le lendemain je me retrouve bloquée du dos! Mais ce n'est que le début d'une longue journée "pas de chance"...

    Dernière matinée de la journée des écoles. Programme spécial: reboisement. Il est prévu de mettre en terre des plants de pins et d'eucalyptus. Tous les professeurs et les élèves habitant à Mahazaza ont rendez vous à 7h30 au collège pour partir ensemble à pied. Les autres enfants venant des villages alentours rejoindront la troupe en chemin.
    Le lieu du reboisement est un terrain de l'association Le Lémurien qui se trouve à mi chemin entre Mahazaza et Mahitsy. Comme je pars directement sur Tana après cette matinée, je rejoindrai Mahitsy à pied en partant de cet endroit, guidée par M. Julien et Mme Lylie qui se rendent également à la capitale. Je dois donc me charger de toutes mes affaires et régler quelques détails avant d'entamer la randonnée.

    A 7 heures du matin donc, mon sac à dos bouclé, je m'en vais chez Clarinette pour confier le linge sale à Paulette. Mais arrivée chez l'épicière, je ne peux avoir affaire qu'à Edhia, son petit fils, les deux femmes sont absentes. Je veux tout de même déposer mon linge à laver avant de partir en week end, mais celui-ci m'annonce tout bonnement que Paulette ne reviendra jamais! Pour qui pourquoi, je n'en sais rien, mais ce qui est sûr c'est que je n'ai plus de laveuse et cela m'embête beaucoup. Je me vois déjà à l'oeuvre dimanche soir, contrainte de faire toute la lessive avant de partir pour deux semaines de vacances! mais comme les malgaches trouvent toujours des solutions, j'expose mon problème à M. Julien et Mme Volona; cette dernière accepte alors de me trouver une nouvelle laveuse avant dimanche. Elle m'enlève une belle épine du pieds!

    Une fois les ennuis techniques réglés, nous pouvons nous mettre en marche afin de rejoindre les enfants et les autres professeurs. Nous accédons au terrain après une heure de marche à travers la campagne des Hauts Plateaux, entre la piste et les raccourcis. J'avoue que je serai incapable de retrouver seule le lieu! Mon dos me fait souffrir et le soleil devient de plus en plus chaud, mais je me garde bien de me plaindre, je ne suis pas une incapable tout de même!
    Durant ces quelques kilomètres, je prends réellement conscience de ce que les enfants endure chaque jour. Un grand nombre d'élèves font tout ce chemin pour se rendre au collège, la plupart du temps quatre fois dans la journée. Pour l'avoir fait une seule fois, j'ai vraiment du mal à me dire que cela est possible, et encore moins à imaginer une telle situation en France! Mais jamais une plainte ou un signe de faiblesse de la part des enfants, bien que cela se ressente bien sûr dans les résultats scolaires. Mais ne croyez pas qu'après ces efforts les enfants soient épuisés. Non non, en attendant le début des travaux, ils courent dans tous les sens, se poursuivent, sautent, tombent, infatigables. Je me demande où ils trouvent toute cette énergie à revendre...

    Nous passons la majorité de la matinée reboisement à attendre. Mora mora! En effet, il n'a pas été prévu assez de plants et M. Bonheur, accompagné de cinq élèves à vélo, retourne jusqu'à Antanetibe pour s'en procurer de nouveaux. Autant dire que cela prend beaucoup de temps!
    Pendant ce temps, je passe un long moment à flâner avec Mme Volona puis quelques fillettes viennent nous faire la conversation. D'autres collégiennes ont capturé de mini canetons sauvages, ils sont vraiment tous mignons, et nous passons tout un moment à les observer. Puis je sors mon appareil photo, attention je m'expose à l'assaillant! Effectivement, inévitablement un nombre impressionnant d'enfant m'entoure en quelques minutes. J'apprends à Tsiriniana, un garçon auquel je suis très attachée, à se servir de l'appareil photo numérique et lui permets de s'essayer à la photographie. Il comprend très vite le fonctionnement des boutons, je suis impressionnée! Une trace humaine me suit dans mes déplacements, c'est rigolo, mais je suis obligée de limiter les photos ou je ne vais jamais m'en sortir. Njaka, mon deuxième coup de coeur, reste également constamment à mes côtés. Je crois que certains sont tombés amoureux de moi... Quand à Flauers, il boude un peu aujourd'hui; je crois que c'est depuis que je le surnomme Mister Bean.
    Henry vient nous rendre une petite visite, toujours assidu à prendre des photos qui serviront de publicité en France. Nous nous partageons donc les enfants pendus aux deux appareils photos.
  Je termine la matinée à vaquer avec les petits jardiniers qui se mettent à l'ouvrage. Tsiriniana, Njaka, Elkana, Flauers, Charline, Anna, Doudou, ... Les échanges sont maintenant très sympas, et malgré leurs difficultés persistantes en français, ils essaient de faire des efforts et nous passons d'agréables moments à rigoler.

    Mais toutes les bonnes choses ont une fin et tout le monde se quitte en fin de matinée pour rentrer chacun de son côté. Je me mets en route pour Mahitsy avec M. Julien, Mme Lylie et Irina, où nous récupérerons un taxi brousse pour Tana. Il nous faut à nouveau marcher durant deux heures épuisantes, peinant dans les côtes et les descentes à pic, le sac à dos pesant de plus en plus à chaque kilomètre effectué. En plus, je suis en sandalettes, ce n'est pas l'idéal, et j'ai oublié la crème solaire, ce que je regrette vite en sentant mon visage rougir.
  Chloé et moi sommes heureuses de nous retrouver chez M. Julien et Mme Lylie; la petite nénette attendait mon arrivée avec impatience. Nous allons passer la nuit chez le couple de professeurs et rejoindront notre hôtel fétiche demain.

    Dans l'après midi, je dois encore régler des problèmes techniques, ça commence à bien faire. En effet, mon chargeur de portable, neuf de deux semaines, vient de rendre l'âme. Je passe à la boutique Orange espérant me faire échanger l'appareil gratuitement, mais ont me répond avec un grand sourire que ce n'est pas possible, leur stock est écoulé. Je bous litéralement sur place, mais préfère partir avant de m'énerver pour de bon. Il ne me reste plus qu'à trouver un réparateur au noir, qui ne peut que me revendre un chargeur à moindre coût. Je déboursse tout de même encore 15 000 ariary, ce téléphone commence à me coûter cher! Je décide d'aller me détendre un peu sur internet, mais comme un malheur n'arrive jamais seul, je casse ma sandalette en chemin. Vous y croyez vous? Je commence à me demander ce qui va encore m'arriver jusqu'à ce que je me couche. Un accident de taxi peut être? Je ne crois pas si bien dire, nous sommes à deux doigts de tomber en panne lorsque le taxi me ramène à 67 Hectares!

Jeudi 22 février 2007

    La poisse me poursuit inexorablement, je commence à être totalement résignée... J'ai prévu me lever tôt ce matin pour me rendre au ministère de l'intérieur régler une bonne fois pour toute cette histoire de prolongation de Visa. Mais bien vite je comprends que ce feuilleton n'en ai pas à son dernier épisode, bien au contraire ce n'est que le début des péripéties!
  Après avoir patienté un bon moment au service qui m'intéresse, je présente mon passeport à la secrétaire et lui explique ma situation: je dois simplement renouveler mon Visa pour une durée de quinze jours avant mon départ. Je crois m'y prendre bien à l'avance pour ne pas avoir d'ennuis. Mais cette dame examine mes papiers et m'annonce que mon Visa est expiré depuis deux semaines, je devrais avoir quitté le pays depuis longtemps et je me retrouve en quelques seconde hors la loi! Il s'avère en fait que je pensais avoir un Visa de six mois, comme j'en avais fait la demande au Consulat, mais on ne m'a délivré qu'un Visa de trois mois transformable. Je tombe litéralement des nues et me retrouve complètement désemparée face à cette nouvelle, ne sachant que faire pour régulariser ma situation. On me dit qu'il faut que je fasse une nouvelle demande de Visa au plus vite, mais je désespère totalement en découvrant la liste faramineuse de pièces à fournir, à certifier par la mairie pour en rajouter dans les complications.  Et bien sûr, il y a certains papiers que je ne possède pas ici, donc je suis dans le caca.
  Ne sachant que faire, je me rends dans un autre service de Visa et explique mon cas. On commence par me dire que je dois rentrer au plus vite en France, à quoi je réponds que c'est totalement impossible, et de toute façon il en est hors de question. Et puis je n'ai pas les moyens de sortir du pays pour y re-rentrer, ce qui est particulièrement coton lorsqu'on se trouve dans une île... Face à mon dénuement, une femme décide de m'aider pour me faciliter mes démarches, me présentant successivement au chef de la police et au responsable du ministère de l'intérieur. Quoi qu'il en soit, je dois constituer un dossier de demande de Visa au plus vite, d'autant plus que nous partons dans le sud du pays dans quelques jours, et sans Visa, aucun déplacement n'est possible.

    Avant, de rejoindre Chloé pour déjeuner et lui annoncer la grosse mauvaise nouvelle, -sachant qu'elle se trouve dans la même situation irréguilière que moi (ça fait bizarre de dire ça!)-, je vais chercher mes chaussures en réparation, mais celles-ci ne sont pas prêtes. Va-t-on enfin arrêter de me mettre des bâtons dans les roues?! Je me retrouve donc à emprunter les tong rouges de Mme Lylie, la clocharde!
    Attablées au Sakamanga, je raconte toutes mes péripéties à Chloé qui, à l'inverse de moi, n'a pas l'air inquiète pour un sou. Se rend-elle compte ce que cela signifie de ne pas avoir de Visa? A partir de maintenant nous avons tout intérêt à ne pas nous faire arrêter. Chloé pense qu'il y a une solution pour se procurer un Visa rapidement grâce à nos relations. Je commence par téléphoner en France au Consul d'Angers et finit par m'engueuler avec lui au téléphone pour en définitive que cette conversation ne serve à rien. Nous contactons ensuite nos parents respectifs pour qu'ils se renseignent en France sur les éventuelles solutions qui s'offrent à nous.
    Nous ne sommes pas encore fixées sur notre sort mais les choses avancent. C'est à M. Désiré, le directeur du collège et donc notre responsable administratif, d'effectuer une demande auprès de la mairire de Mahazaza pour qu'on nous délivre un récépissé nous permettant de circuler librement dans le pays.

    J'arrive enfin à me détendre durant le repas. Cet après midi, j'accompagne Chloé à l'orphelinat où elle effectue son stage, pour découvrir le lieu où elle a passé ces quelques jours. Le personnel a organisé un après midi spécial pour fêter le départ de Chloé ainsi que l'anniversaire de certains enfants. Ces quelques heures sont placées sous le signe de la fête!
    En entrant dans l'orphelinat, je me trouve un peu perplexe devant ce lieu minuscule et vétuste; je ne m'attendais vraiment pas à ça! Nous traversons une ruelle pavée, encadrée de chaque côté par les dortoirs. Excusez moi la comparaison un peu glauque mais j'avais l'impression de voir des baraquements de camp de concentration: des cabanes en bois remplies de lits superposés occupant complètement l'espace. Il n'y a pas de cours, simplement un préau un peu petit pour accueillir la centaine d'enfants résidents. La moitié des enfants vit en permanence à l'orphelinat, alors que l'autre moitié n'est que demi pensionnaire et dort dans leurs familles respectives. Le personnel se compose d'une directrice, un animateur, une cuisinière, une assistante sociale et une institutrice. Deux stagières éducatrices complètement mutiques sont également présentes. Un effectif minimum donc, pour une centaine d'enfants âgés de moins de 6 ans à plus de 18 ans.
    Les festivités commencent par un petit spectacle de cirque, offert par quelques enfants, avec déguisements à la clé. Ils nous présentent une représentation de qualité, rythmée par le djembé endiablé et les applaudissements. Vient ensuite la remise des primes pour les enfants ayant de bonnes moyennes scolaires ou en progrès, ainsi que pour les plus grands qui se sont occupé de façon exemplaire des petits. Les récompenses se traduisent par des cadeaux pour les plus jeunes et de l'argent aux plus âgés. Les heureux lauréats sont vraiment enchantés de ces présents, et ne veulent surtout pas prêter leur trésor!
    Puis nous fêtons l'anniversaires des enfants nés en janvier et février, ce qui représente environ une vingtaine de chanceux. Il ont eux aussi droit à un cadeau: vêtements pour les petits et sous pour les grands. Je me surprends à me trouver toute émue à la vue de ces enfants vraiment comblés par ces présents. Chez nous, les habits sont devenus des produits de comsommation courante, mais pour eux, c'est une richesse incomparable. J'en ai les larmes aux yeux. Tout le monde a ensuite droit à une part de gâteaux et un bonbons, offerts par Chloé, et la journée se finit dans la danse, le chant et la bonne humeur. Ces enfants, en manque flagrant d'affection, sont tellement attachants. Je comprends que Chloé, après quatre jours passés en leur compagnie, ait du mal à les quitter. Elle est au bord des larmes lorsqu'une petite lit, au nom de tous les enfants, une jolie lettre de remerciements. Avant de partir, nous n'échappons pas à la séance photos, obligatoire! Je suis vraiment heureuse d'avoir pu partager durant quelques heures l'expérience que Chloé a vécu pendant quelques jours, ce fut court mais tellement enrichissant.

    Le fin de la journée se résume à un petit moment de pause écriture à l'hôtel, puis un dîner tard au restaurant Tany-a, où nous tombons nez à nez avec Florence, la malgache esthéticienne, accompagnée d'une amie. Elle ont fini leur repas mais restent nous tenir compagnie. Nous discutons toutes les quatre comme de vieilles copines, en particulier des élections présidentielles françaises qui risquent d'être houleuses; nous sommes les seules clientes du restaurant et le patron nous offre des verres à tout va. Quel sens du commerce et de la fidélisation! Nous nous disons peut être qu'à force, il va finir par nous payer le repas entier!

Vendredi 23 février 2007

   
Matinée très importante pour moi: j'emmène Martial, un élève de 6°, chez l'ophtalmologue à Tana. Je rejoint Mme Lylie, qui a généreusement accepté de se déplacer pour faciliter les démarches et les échanges. Nous attendons l'arrivée de Martial, accompagné de son père et de son tuteur, à l'arrêt du terminus de taxi brousse. Je me renseigne sur la situation du petit garçon durant la matinée. Ses parents vivent dans un petit village à quelques heures de Mahazaza, mais le système scolaire y est très précaire, et ceux ci ont donc décidé d'envoyer leur fils aîné vivre chez sa tante pour qu'il puisse bénéficier d'un meilleur enseignement au CEG de Mahazaza. Il a également la chance d'être encadré par un tuteur, qui a l'air vraiment impliqué. C'est d'ailleurs grâce à lui que nous pouvons aujourd'hui prendre son problèpme à bras le corp. Celui ci n'a pas arrêté de me remercier toute la matinée; ils sont heureux que je fasse quelque chose pour Martial car eux n'en ont absolument pas les moyens.
    Nous avons rendez vous à 10 heures à l'hôpital, mais il y a énormément de monde aux consultations gratuites et nous devons patienter plus d'une heure et demi avant d'être enfin accueillis par l'ophtalmologue. C'est un homme ingrat et pas aimable pour un sou. Je sens Martial complètement tétanisé, mais il y de quoi! Il ne fait aucun effort pour m'expliquer les choses en français, je me sens totalement à l'écart, et se permet des réflexions désobligeantes (que Mme Lylie me traduit) du style: "Ah mais il faut en profiter, demandez aux vazaha de vous acheter plein de choses, des tracteurs par exemple". Je suis outrée d'entendre de tels propos, en particulier dans la bouche d'une personne cultivée!
    Le médecin demande à Martial quel est son problème, qui lui répond timidement qu'il ne voit pas de loin. Oui, enfin c'est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus grave que ça! Le spécialiste fait quelques examens et s'aperçoit très vite qu'il y a un gros gros problème. Lui même n'en revient pas de la déficience visuelle de Martial, d'autant plus en apprenant qu'il n'a jamais porté de lunettes. Le garçon voit à peine à deux mètres et il s'avère qu'il a une vision de moins neuf à chaque oeil! Il est sidéré et un peu outré que ses parents ne s'en soient pas inquiété plus tôt. Mais ne comprend-il pas que ces gens sont avant tout limités par l'argent? Il va pouvoir corriger ce handicap grâce à un traitement médicamenteux et  la prescription de lunettes loupes. Je suis contente car ce rendez vous médical est très concluant et Martial va pouvoir être soigné. Nous n'avons donc pas fait tout ce chambardement pour rien!

    Après avoir raccompagné Martial et sa famille au taxi brousse, je quitte Mme Mylie avec mille remerciements et je rejoins Chloé en ville. Nous allons déjeuner puis je me rends à la pharmacie acheter les médicaments pour Martial. Nous discutons avec le pharmacien de notre action et celui ci nous met en garde sur la revente des médicaments. En effet, c'est une pratique courante chez les malgaches dans le besoin et nous allons devoir être très vigilantes sur la bonne prise du traitement de Martial. Nous allons lui fournir les cachets au compte goutte en lui demandant de nous rapporter les emballages vides pour contrôler son assiduité. C'est bête de ne pas pouvoir leur faire confiance mais le pharmacien nous explique que nous ne connaissons pas assez le tuteur pour le laisser gérer cela seul.
    Nous concluons l'épisode "Martial" en allant commander les lunettes chez l'opticien. Les verres coûtent chers car il doit les commander en France et ce sont des verres amincis. Heureusement d'ailleurs, si ça n'avait pas été le cas je n'ose pas imaginer l'épaisseur des culs de bouteilles! Dans quelques semaines, Martial va devoir revenir à Tana avec nous pour choisir les montures et chausser ses nouvelles lunettes qui vont lui rendre, je l'espère, la vie plus belle. Il est vrai qu'actuellement, je le sens complètement dans son monde du fait de son isolement visuel. Plus qu'un confort physique, ces lunettes vont lui apporter une ouverture sur le monde, et c'est très important pour son développement personnel.

    Cet après midi est très productif pour nos projets. Nous rencontrons également l'animateur culturel du CCAC pour finaliser l'organisation de la sortie cinéma avec les deux classes de 4°. Nous décidons de faire des séances privées car les horaires des films proposés ne nous correspondent pas. En plus l'entrée est gratuite, que du bonheur! Les collégiens auront l'occasion de visionner le film français "L'avion", mais nous devons prévoir deux mercredi car la salle est trop petite pour accueillir les deux classes en même temps. Il ne nous reste plus qu'à rédiger une jolie lettre pour demander le feu vert du rectorat. Nous sommes optimistes, ces deux journées sont bien organisées et il n'y a aucune raison que nous essuyions un refus. Les projets avancent, nous sommes au point avant de partir en vacances.

    Nous passons la fin de journée sur internet en buvant apéritifs sur apéritifs. Lorsque nous partons au restaurant avec Adeline et Erwan, nos esprits sont mis en joie par l'alcool euforisant. Nous testons "Le sud", où nous avons le plaisir d'être excellement servis par un super serveur. Nous discutons encore pendant des heures et ne sommes pas couchés avant deux heures du matin, le cerveau en vraque.

Posté par frogeradele à 16:37 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Mana Hoana !

coucou ma belle,
Je vois que tout se passe bien pour toi malgré la pluis, qui je le comprend doit etre vraiment lassante! Je suis fiere de ton implication sanitaire et de ton moral qui a toujours l'air d'aller bien malgré les aléas du voyage!
très bonnes vacances avec la famille de chloé, j'espère pour vous que le cyclone ne sera pas trop violent!
Enormes bisous!!!!!!!!!!!
++ mathilde

Posté par mathilde, 25 février 2007 à 19:50

Bises

Bises de Outcool!!
Veloma tompko

Posté par Lino, 13 octobre 2007 à 17:59

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